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Le professeur Barry Gaulton, ses gants blancs souillés de tourbe, balaye du regard le site archéologique de Ferryland. Un lieu qui raconte l’occupation des Béothuks, puis l’arrivée des premiers colons européens venus à Terre-Neuve il y a 400 ans, mais qui risque de disparaître.
Au cours des 15 à 20 dernières années, déjà, on a vu de gros changements, raconte l’archéologue de l’Université Memorial, sous le bruit des truelles de son équipe. Les tempêtes deviennent de plus en plus fréquentes et elles viennent inonder le nord du site, explique-t-il, montrant du doigt les fondations d’anciens commerces et entrepôts de pêcheurs longeant le port.
C’est un des sites les plus importants du 17e siècle à Terre-Neuve, souligne Calum Brydon, étudiant au doctorat, qui a découvert des perles de coquillages autochtones à Ferryland en 2025. [L’eau] continue de monter, explique-t-il. On pense que, dans les 25 à 50 prochaines années, tout ce secteur sera sous l’eau.
D’où l’importance de fouiller les ruines le plus rapidement possible, soutient le chercheur. Il admet que le travail minutieux des chercheurs est péniblement long – les fouilles ont commencé dans les années 1990 et se font seulement l’été – mais le dérèglement climatique pousse l’équipe à augmenter la cadence.

Une grande partie de ce secteur du site archéologique à Ferryland, qui est tout près du port de la communauté dans le sud-est de Terre-Neuve, est souvent inondée pendant l'hiver en raison des tempêtes de plus en plus fortes dans la région.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Chaque année l’érosion s’aggrave, indique Duncan Williams, penché par-dessus un tamis, où il nettoie des morceaux de porcelaine avec un tuyau d'arrosage. Une fois que les artéfacts sont déplacés, on perd beaucoup d’informations.
À quelques centaines de mètres du site, sur l’île Bois, un lieu fortifié par les Britanniques au début du 18e siècle, des canons tombent dans la mer, selon Barry Gaulton. Il y a des endroits sur l’île où on a perdu 20 m de la côte, explique-t-il, montrant du doigt le petit rocher survolé par des goélands.

L'étudiant au doctorat, Calum Brydon, participe aux fouilles à Ferryland, dans le sud-est de Terre-Neuve, le 3 juillet 2026.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
L’érosion côtière menace plusieurs sites archéologiques dans la province, explique le professeur, en ajoutant que la Faculté d’archéologie de l'Université Memorial collabore avec des chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski pour documenter les effets des changements climatiques sur les chantiers de fouilles dans l'est du Canada.
Calum Brydon affirme que de nombreux sites archéologiques à Terre-Neuve-et-Labrador sont particulièrement vulnérables à l'érosion côtière, puisque les peuples autochtones, puis les colons européens se sont souvent établis près de la mer, où ils avaient accès à la pêche.
Les effets de l’érosion se voient à Ferryland, comme à l’île Turpin, où Memorial a organisé une école de fouilles le mois dernier, tout comme sur la côte nord du Labrador.
C’est terrible, affirme Barry Gaulton. Il faut documenter ce qu’on peut avant que cette information disparaisse pour toujours.


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