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Réactions contrastées à l’annonce concernant un nouveau pipeline

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Alors que l’Alberta a dévoilé jeudi des détails concernant un nouveau projet de pipeline, que la première ministre Danielle Smith défend avec acharnement depuis plusieurs mois, les réactions n’ont pas tardé à fuser.

Parmi les organisations et les particuliers qui ont bien accueilli l’annonce figure la Chambre de commerce du Canada, dont la présidente-directrice générale, Candace Laing, l’a qualifiée de bonne nouvelle.

Elle estime qu'un nouveau pipeline signifie une augmentation des exportations de pétrole et de gaz canadiens vers l’Asie, ce qui, selon elle, s’inscrit dans les ambitions du Canada de diversifier ses partenariats.

Candace Laing affirme par ailleurs que l’énergie conventionnelle a toute sa place dans le mix énergétique et dans l’avenir énergétique du Canada.

Abondant dans le même sens, la Chambre de commerce de Calgary a estimé que, dans un contexte d’incertitude géopolitique, la construction d'un nouvel oléoduc offrait au Canada une occasion unique de renforcer son avenir économique.

Le gouvernement de l’Alberta soutient que le futur oléoduc pourrait, par ailleurs, contribuer à atténuer l'écart de prix entre le pétrole brut lourd canadien (le Western Canada Select) et le pétrole de référence américain (le Western Texas Intermediate) de 3 $ US le baril.

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, se tient devant un pupitre tandis que, à sa gauche, se tient debout le premier ministre du Canada, Mark Carney, lors de l’annonce des détails concernant un nouveau pipeline, à Calgary, le 2 juillet 2026.

Si certains s'en réjouissent, d'autres pourfendent le projet de nouveau pipeline que défend bec et ongles Danielle Smith.

Photo : La Presse canadienne / Todd Korol

À ce sujet, Peter Tertzakian, analyste énergétique et économiste, estime que, si le Canada a connu des périodes de différentiels plus importants et préjudiciables au cours des 10 à 15 dernières années, c’est parce que la production a dépassé les capacités d’acheminement, faisant du pays l'otage d’une poignée de raffineries américaines.

Des questions en suspens

Le coût estimé du projet se situerait entre 35,2 et 43,7 milliards de dollars.

Le futur oléoduc, d’une capacité de 1 million de barils par jour, relierait Bruderheim, au nord-est d’Edmonton, au terminal de Roberts Bank, à Delta, en Colombie-Britannique. Ce tracé emprunterait un corridor similaire à celui de l’oléoduc existant, Trans Mountain.

L’Alberta prévoit que sa construction devrait être achevée entre 2032 et 2034.

Plusieurs questions restent cependant sans réponse, du moins à ce stade.

Par exemple, qui prendra en charge les coûts? Danielle Smith a répondu que les modalités de financement et le coût pour les contribuables restent à négocier.

Carte du tracé du futur pipeline qui relierait l'Alberta à la Colombie-Britannique.

Le nouveau projet de pipeline prévoit de suivre le même corridor que le pipeline existant Trans Mountain, mais aboutirait plus au sud.

Photo : Radio-Canada

La société Pembina Pipeline a indiqué qu’elle détiendrait une participation économique de 10 % dans le projet une fois la construction lancée, et peut-être, de 10 % supplémentaires quand l’oléoduc sera opérationnel.

Elle a aussi fait savoir qu'elle disposerait d'un pouvoir discrétionnaire total quant à toute décision finale d'investissement dans le projet.

Une autre question est relative au fait qu’aucun producteur de pétrole ne s’est encore engagé à utiliser ce futur pipeline.

Bien que Danielle Smith assure que des discussions se poursuivent avec les cinq grandes entreprises de l’Alliance des sables bitumineux (anciennement Alliance nouvelles voies), Dennis McConaghy, un ancien cadre de TransCanada, est sceptique.

Selon lui, pour mener à bien un projet d’une telle envergure, il faut nécessairement avoir au préalable l'appui d’entreprises réputées sérieuses, qu’il s’agisse de raffineurs ou de producteurs ayant la capacité financière de prendre des engagements à long terme. Or, note-t-il, ce n’est pas encore le cas aujourd’hui.

Une volée de bois vert

Plusieurs organisations de défense de l’environnement ont, pour leur part, vivement critiqué l’annonce.

Selon Équiterre, plutôt que de s’employer à répondre aux préoccupations liées à la crise climatique, à améliorer la mobilité, à apporter des réponses à la crise du logement ou encore à réparer les infrastructures, Ottawa a préféré miser sur des projets conçus principalement pour enrichir quelques compagnies pétrolières.

Nous en payerons le prix, ajoute l’organisme.

Greenpeace Canada estime que la promotion d'un nouveau pipeline équivaut à sacrifier les engagements climatiques pris par le Canada au profit des pétrolières.

Selon cette organisation, cela réjouit sans doute Donald Trump, car « les quatre plus grands producteurs de sables bitumineux canadiens sont majoritairement la propriété d’intérêts américains ».

La Fondation David Suzuki y va également de ses critiques en demandant à Mark Carney de « revenir à la raison » et de « rejeter la manœuvre de l’Alberta concernant le pipeline ».

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Selon elle, pendant que le reste du monde s’emploie à tirer parti de l’économie des énergies renouvelables, le Canada continue de s’accrocher aux énergies fossiles. Cela se retournera contre le Canada sous la forme d’incendies de forêt extrêmes, de sécheresses et d’inondations.

Environmental Defence renchérit en estimant que la construction d'un nouvel oléoduc est une perte de temps et d’argent, car les pays auxquels le Canada espère vendre ses produits [...] accélèrent à grands pas leur transition énergétique afin d’échapper aux caprices politiques des États pétroliers et aux fluctuations vertigineuses des cours mondiaux du pétrole.

L’organisme exhorte également le premier ministre Carney à rejeter le projet chimérique de Danielle Smith avant que les Canadiens et les Canadiennes n’en payent le prix.

Des responsables politiques tout aussi critiques du projet

Après la réaction de Pierre Poilievre le jour même de l’annonce, les autres responsables politiques lui ont emboîté le pas.

Selon le chef néo-démocrate, Avi Lewis, l'annonce de jeudi montre que le gouvernement libéral protégera par-dessus tout les profits des grandes compagnies pétrolières.

Il estime par ailleurs que, compte tenu de de la structure de propriété obscure et confuse de ce partenariat public-privé, ce sont les contribuables qui en supporteraient possiblement les risques et la majeure partie des coûts.

Le Bloc québécois est du même avis, estimant que les Québécois payeront pour un nouveau pipeline.

Ce parti considère que les libéraux se comportent en pyromanes climatiques.

L’ancien ministre fédéral de l'Environnement, Steven Guilbeault, a également réagi.

D’une part, il considère que le fait que le tracé ne passera pas dans la zone faisant l’objet d’un moratoire est une bonne nouvelle, car cela signifie « moins d’impacts environnementaux et moins d’opposition des peuples autochtones ».

La première ministre du Québec Christine Fréchette.

Sans afficher explicitement son soutien au futur pipeline, Christine Fréchette estime que le Canada doit nécessairement diversifier ses partenariats.

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement de l’Alberta a expliqué qu’il avait choisi de proposer un tracé à proximité de l’oléoduc Trans Mountain afin de limiter les nouvelles perturbations du sol et les impacts sur l’environnement, la faune et les communautés voisines.

D’autre part, M. Guilbeault déplore que l’on annonce un nouveau pipeline alors que des vagues de chaleur frappent de nombreuses régions du globe, et que le nord du Québec connaît quatre fois plus de feux de forêt [qu’à l’habitude].

Pour sa part, sans afficher de façon directe et explicite son soutien au projet de pipeline, la première ministre du Québec, Christine Fréchette, a fait valoir que le Canada doit nécessairement réduire sa dépendance des États-Unis et s’ouvrir vers d’autres marchés. Elle a fait cette déclaration vendredi matin en marge d'une conférence de presse.

Le projet de nouvel oléoduc a été soumis au Bureau des grands projets, qui a jusqu'au 1er octobre pour le désigner ou pas comme projet d'intérêt national.

Avec des informations de Rukhsar Ali, Vincent McDermott, Joel Dryden, Rhianna Schmunk, Tony Seskus et Pierre-Alexandre Bolduc

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