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De l'autre côté de l'Atlantique, là où tout s'est décidé, on appelle ça un "shitstorm". La fédération belge (RBFA) s'y attendait en lançant la nouvelle à 14h33 sur les réseaux sociaux lundi. Rudi Garcia n'est plus le sélectionneur des Diables rouges et les réactions des supporters sont quasiment toutes allées dans le même sens, de part et d'autre de la frontière linguistique et avec plus ou moins de virulence : pourquoi ?
Populaire par ses résultats qui ont rempli les objectifs fixés et par sa communication, largement plus joviale que celle de son prédécesseur, l'entraîneur français savait que son sort était scellé, même après avoir fait souffrir le futur champion du monde espagnol à Los Angeles en quart de finale.
La sympathie qu'il recevait de l'extérieur n'était pas la même au cœur du réacteur. Une distance s'était créée entre Garcia et ses joueurs, son staff (en dehors de sa garde rapprochée française) et sa direction. C'était déjà le cas avant la Coupe du monde et cela ne s'est pas arrangé aux États-Unis, loin de là.
Dans son communiqué officiel, la RBFA ne justifie pas sa décision, se contentant de formules de politesse. Mais elle est finalement assez simple à expliquer : le directeur sportif Vincent Mannaert n'imaginait pas construire le futur des Diables avec Garcia. Un choix qu'il a notamment fait après avoir pris le pouls de plusieurs joueurs importants.
Van Bommel? Deux ans qu'il est cité à chaque C4 mais il n'est jamais pris.
La question n'est de toute façon plus pourquoi mais qui. Qui à la place de Garcia pour entamer la nouvelle phase de Nations League, avec un premier déplacement le 25 septembre en Italie avant de recevoir la France de Zinédine Zidane au Heysel trois jours plus tard ? Qui deviendra le 32e sélectionneur de l'histoire des Diables ?
Le suspense ne durera pas des semaines, même s'il faudra attendre le mois d'août et les différents retours de vacances pour valider la décision de façon formelle. Mannaert, aidé par Simon Mignolet, son nouveau bras droit dans le management de la fédération, ne compte pas traîner dans une recherche qui a déjà commencé, avant le départ officiel de Garcia. L'idée est de laisser un maximum de temps au nouveau sélectionneur pour lancer son ère avant le premier rassemblement.
Le nom de Mark van Bommel est directement sorti. Au point d'être déjà choisi ? Pas encore, en tout cas. "On cite van Bommel à chaque licenciement d'un coach dans le top-6 belge et néerlandais depuis deux ans mais il n'est jamais pris", sourit un habitué dans les coulisses. Le Néerlandais de 49 ans, champion avec l'Antwerp en 2023, est en tout cas candidat. Il a joliment progressé au golf depuis la fin de son mandat à l'Antwerp mais il a très envie de retrouver un job qui lui plaît.
Désaccords internes, critiques et manque de vision : les raisons qui ont mené au départ de Rudi GarciaConceiçao mieux armé que les Belges
Van Bommel pourrait rentrer dans un budget salarial qui ne permettra pas d'attirer les noms les plus ronflants. Mannaert et Mignolet ont aussi d'autres pistes mais savent que le mercato des entraîneurs est volatile, lui aussi. N'oublions pas qu'avant d'engager Garcia, la fédération espérait boucler la signature de Sergio Conceiçao, jusqu'à ce que l'AC Milan rentre dans la danse et ne fasse tout capoter. Le Portugais est aujourd'hui libre et le challenge peut encore l'intéresser.
Et les Belges ? Pile dix ans après le renvoi de Marc Wilmots, pourrait-on retrouver un sélectionneur noir-jaune-rouge ? Les chances sont faibles, même si Hein Vanhaezebrouck a ses partisans au sein de la fédération. Philippe Clement veut rester dans le foot de clubs et les autres (Sébastien Pocognoli, Karel Geraerts, David Hubert…) n'ont pas encore assez de planches. Et ceux qui rêvent de Vincent Kompany peuvent continuer à dormir.
Ce que la RBFA vise, ce n'est pas une nationalité mais un bâtisseur. Un sélectionneur qui prendra le temps de s'investir (idéalement en habitant toute l'année en Belgique, contrairement à Garcia et Tedesco) et qui sera prêt à tourner pour de bon la page de la génération dorée en vue de l'Euro 2028 puis du Mondial 2030.
Garcia veut surfer sur la vague
Cela ne signifie pas que les glorieux anciens ne feront plus partie du projet mais ils n'en seront plus le centre. Entre un Lukaku diminué, un De Bruyne usé et un Meunier relégué sur le banc, l'influence du noyau dur a considérablement diminué pendant la Coupe du monde. Seul Courtois a encore eu une grande influence sur le jeu mais son cas est à part. Il sera l'un des premiers dossiers sensibles du futur coach mais chaque chose en son temps.
Le futur sélectionneur devra trouver un nouvel équilibre autour des joueurs centraux d'aujourd'hui. Les Tielemans, Doku, Onana, Raskin, Debast, Ngoy, De Ketelaere et quelques autres sont les vrais cadres sur lesquels le nouveau cycle sera lancé. Un cycle où il faudra aussi laisser une belle place aux jeunes, comme Moreira, Godts, Fofana et De Cat (liste non exhaustive).
Pendant ses dix-huit mois chez les Diables, Garcia avait rendu les clefs aux anciens. À juste titre. Il ne voulait pas tomber dans le même piège que Tedesco avec une nouvelle génération encore trop tendre pour répondre aux attentes. Mais même s'il s'en défend (en réécrivant parfois l'histoire), le Français n'est pas un spécialiste pour lancer des jeunes.
Mark van Bommel avait fait une apparition au tournoi des stars du Soudal Open de golf le 20 mai dernier. ©PDVL'équipe nationale belge est à un tournant de son histoire et pas grand-monde ne voulait le prendre avec Garcia au volant. Même le principal intéressé n'était pas vraiment convaincu par un séjour prolongé. Il voyait les Diables comme une façon de goûter au football international sans s'enfermer dans ce rôle si particulier. Il n'avait d'ailleurs jamais demandé de clause de prolongation dans son contrat en cas d'objectif atteint, ce qui aurait été le cas avec le top-8 mondial.
Libre à présent, Garcia espère surfer sur ses bons résultats pour retrouver un défi. Soit sportif, soit financier. L'Italie, la France ou son vieux rêve espagnol. À moins d'une destination exotique, éventuellement même pour reprendre l'équipe nationale locale. La séparation à l'amiable de lundi convenait à tout le monde. Et tant pis pour le "shitstorm" des dernières heures.
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