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Malgré plus de 400 000 euros récoltés, la cagnotte destinée à Sonia reste difficile d’accès en raison de contraintes de sécurité et de blocages administratifs.

Captures d’écran Sept à Huit
Dix ans après les attentats, Sonia vit toujours sous protection et sans accès clair à la cagnotte créée pour l’aider.
La cagnotte dépasse les 400 000 euros. Mais Sonia, témoin clé des attentats du 13-Novembre, n’en a toujours pas vu la couleur. « Ce n’est pas une vie, c’est de la survie », confie-t-elle. « Depuis 2015, je ne dors quasiment pas », confie-t-elle dans un entretien diffusé dans l’émission Sept à Huit ce dimanche 29 mars. « À rien », répond-elle aussi lorsqu’on lui demande à quoi ressemble sa vie aujourd’hui.
Créée pour soutenir cette mère de famille, qui a permis de localiser le terroriste Abdelhamid Abaaoud en 2015, elle a été alimentée par des milliers de donateurs. Pourtant, plusieurs semaines après les annonces d’un déblocage, l’argent reste inaccessible. Cette cagnotte, explique-t-elle, lui « redonne un goût à la vie » et « l’impression d’exister ».
En cause, un problème central : l’impossibilité de lui attribuer un RIB sans compromettre sa nouvelle identité. « On me dit qu’on ne peut pas faire fuiter ma nouvelle identité », explique-t-elle. « Ce que je peux comprendre, c’est pour notre sécurité aussi. » « Les autorités craignent qu’on puisse remonter jusqu’à moi », résume-t-elle.
Placée sous protection depuis dix ans, Sonia vit sous une identité d’emprunt. Les autorités redoutent qu’un compte bancaire permette de remonter jusqu’à elle, alors qu’elle reçoit encore des menaces de mort. « J’en reçois quand même », dit-elle. « C’est la vie. »
« C’est filtré. Il y en a qu’ils reçoivent eux, et d’autres que je reçois moi », précise-t-elle.
À cette contrainte s’ajoute une autre inquiétude : le versement de la cagnotte pourrait entraîner une remise en cause de l’aide mensuelle qu’elle perçoit. Aujourd’hui, Sonia vit avec environ 1 500 euros par mois pour faire vivre sa famille. Une situation qu’elle décrit comme précaire. « C’est vivre sous le seuil de pauvreté », explique-t-elle. « Pour l’administration fiscale, vous n’existez pas. Pour les aides sociales, vous n’existez pas. »
« J’ai été obligée de m’endetter pour subvenir aux besoins de mon foyer », ajoute-t-elle, évoquant le loyer, les factures ou encore l’alimentation.
Dans ce contexte, la cagnotte devient un enjeu paradoxal : une aide financière importante, mais susceptible de fragiliser encore davantage sa situation.
« Le livre ne se referme pas »
Depuis 2015, Sonia vit cachée, contrainte de changer d’identité, de déménager régulièrement et de renoncer à une vie normale. « C’est faire attention à tout ce qu’on fait, surveiller si on n’est pas suivi. En fait, c’est perdre l’innocence qu’on avait avant », décrit-elle.
Son quotidien est marqué par l’isolement et l’instabilité. « Dans chaque conte de fées, il y a toujours une belle fin de l’histoire. Mais là, j’ai l’impression que le livre ne se referme pas. La page se réécrit, c’est pour découvrir un nouvel obstacle. [...] Je regarde la télé. Je vais marcher, mais le soir, parce que la nuit, vous vous dites que personne ne va vous reconnaître », raconte-t-elle aussi. « J’ai toujours hâte que la soirée arrive. »
Au cours des 10 dernières années, ses enfants ont grandi dans cette clandestinité forcée. « Un de mes enfants m’a dit que notre vie ressemblait à une vie de bohème. […] “Maman, on est devenus des voyageurs.” »
Mais malgré les difficultés, elle affirme ne rien regretter. « Je ne regretterai jamais d’avoir parlé. Et si je devais le refaire, je le referais. [...] Ma France, c’est mon pays, je l’aime », ajoute-t-elle.
En février dernier, l’exécutif assurait pourtant que la situation allait se débloquer rapidement. Fin mars, aucune solution concrète n’a encore été mise en œuvre.
Ce dimanche soir, Arthur Dénouveaux, président de l’association Life for Paris (une des associations de victimes des attentats du 13 novembre 2015) et lui-même survivant de l’attentat du Bataclan, à l’origine de la cagnotte, a toutefois affirmé sur X que « la cagnotte a bien été versée ». Une déclaration qui n’éclaircit pas, à ce stade, les conditions concrètes d’accès à ces fonds.


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