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La journaliste crie-saulteaux Connie Walker, lauréate d’un prix Pulitzer, pilote un projet visant à archiver et à préserver les témoignages de survivants des pensionnats pour Autochtones avant leur destruction, prévue pour septembre 2027.
La collection la plus complète de témoignages de survivants documentant les sévices des pensionnats va être détruite, s’inquiète Mme Walker.
Il y a 38 000 dossiers de survivants qui doivent être détruits, et je pense que beaucoup de gens ne savent pas que ça va se produire, raconte celle qui est aussi membre de la Première Nation Okanese, en Saskatchewan. Même des survivants qui ont fait part de leur récit ignorent que leur témoignage est voué à disparaître s’ils ne font pas de requête pour le préserver.

La journaliste crie Connie Walker a été récompensée pour son travail d'enquête par l'Assemblée des Premières Nations (APN) lors de son assemblée générale annuelle à Halifax, le 11 juillet 2023.
Photo : Radio-Canada / Tehosterihens Deer
Je me dis qu’il faut tout faire en notre pouvoir pour sauver le plus de récits possible.
Mme Walkera remporté un prix Pulitzer grâce à son balado Stolen : Surviving St. Michael’s, qui retrace le parcours et les sévices vécus par son père au pensionnat catholique de St Michael, en Saskatchewan.
La réalisation de ce projet a beaucoup marqué la journaliste, qui espère que les archives qu’elle souhaite mettre sur pied permettent à leur tour aux gens de mieux comprendre le système des pensionnats.
Ordonnance de la cour
Dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats, il y a eu un Processus d’évaluation indépendant (PEI) afin de déterminer, pour chacun des survivants participant au recours juridique, une indemnité. Quelque 38 000 personnes ont témoigné dans le cadre de ce processus enclenché en 2007. C’est six fois plus que le nombre de témoignages reçus lors de la Commission de vérité et réconciliation (CVR).
Or, une fois le PEI terminé, que faire de tous les témoignages recueillis? Le gouvernement canadien et les responsables de la CVR étaient d’avis qu’ils devraient être remis à Bibliothèque et Archives Canada pour être préservés, comme bon nombre d’autres documents historiques.

La Cour suprême du Canada a ordonné que les témoignages soient détruits après plusieurs années pour permettre aux survivants qui le souhaitent de demander que leur témoignage soit conservé.
Photo : La Presse canadienne / Justin Tang
Le Secrétariat d’adjudication des pensionnats, responsable du PEI, l’Assemblée des Premières Nations et plusieurs ordres religieux faisaient plutôt valoir que la confidentialité totale des documents et des témoignages était une condition préalable et incontournable du processus. Conséquemment, ils ne devraient pas être conservés dans les archives nationales ni publiés de quelque façon que ce soit. Seuls les survivants peuvent demander à ce que leurs témoignages soient épargnés.
La Cour suprême a tranché unanimement en ce sens en 2017. À moins qu’un survivant demande expressément une copie de son dossier et/ou qu'il demande à ce qu’il soit remis au Centre national pour la vérité et la réconciliation pour la postérité, son témoignage sera détruit le 19 septembre 2027.
Préserver les histoires, respecter la vie privée des survivants
L’initiative que dirige la journaliste aujourd’hui, l’Indian Residential School Records Project, mettra à profit le travail d’étudiants en droit et en journalisme de l’Université métropolitaine de Toronto pour récolter les histoires destinées à être préservées.
Une fois que les archives auront été créées, ce sont les survivants et leur famille qui auront le fin mot sur la façon dont les témoignages seront conservés et rendus accessibles.
C’est un principe fondamental de ce projet de leur permettre de déterminer comment l’information sera utilisée afin d’essayer, autant que possible, de redonner aux survivants, à leurs proches et à leurs communautés le contrôle sur ces renseignements, explique Mme Walker.
Bien sûr, ce sont les histoires des survivants, mais c’est encore très tangible pour leur famille et les communautés qui, comme on le sait, continuent de vivre avec les effets intergénérationnels des pensionnats. Ces informations pourraient leur être d’une grande valeur.
Les familles de survivants qui sont décédés depuis leur témoignage sans demander que leur dossier soit préservé n’ont pas le droit de présenter de demande aujourd’hui, ce qui rend le travail d’archivage d’autant plus difficile et urgent, précise Connie Walker.
La fenêtre pour faire connaître ces histoires se referme, mais je pense qu’avec elle, la fenêtre pour la justice et la reddition de compte se ferme aussi, croit-elle.
Avec les informations de Samantha Schwientek, de CBC Indigenous


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