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Notes de voyage en Inde, Ladakh, Delhi, Agra, juillet 2026

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Accueil > Voyages > Asie > Notes de voyage en Inde, Ladakh, Delhi, Agra, juillet 2026

J’avais déjà eu l’occasion de visiter en août 2003 l’Inde du Sud (Tamil Nadu, Karnataka, Kerala), dont j’avais tiré non seulement des photos, mais surtout un poème de voyage. Puis en 2017 j’ai visité le Rajasthan, et j’en ai tiré cet article fouillé : « Retour en Inde : au pays des vaches & des couleurs ». En 2026, c’est le Ladakh, auquel s’est ajouté une visite de Delhi et des trois sites les plus célèbres d’Agra, que j’avais déjà visités en 2017, mais de façon superficielle. La présence de guides locaux, dans ce voyage organisé, était fort appréciable.
J’ai entamé cet article en mettant d’abord en ligne quelques vidéos parfois caustiques, complétées par mes élucubrations habituelles.
Mes photos seront prochainement disponibles, quand le site Imgbox, actuellement en panne, sera restauré. Je les ai provisoirement placées sur un album concurrent de « Postimg.cc », en espérant qu’il donne satisfaction.

Ladakh & bouddhisme

Je n’ai pas grand-chose à dire de neuf sur ce voyage dans un pays sur lequel j’ai déjà pas mal écrit. J’ai choisi la destination un peu au hasard, histoire de prendre du large & de l’altitude. En fait, en préparant ma visite guidée du Louvre, je m’étais intéressé aux anciennes grandes civilisations de bâtisseurs, et j’avais été étonné de découvrir que la civilisation de l’Indus s’était fait remarquer pour ses systèmes d’urbanisme.
Certes, c’est la partie basse du fleuve actuellement au Pakistan qui est concernée, mais l’Indus traverse bien le Ladakh, avant de franchir la « ligne de contrôle ». C’était étonnant de voir ce fleuve himalayen trancher la terre désertique des hauts plateaux du Ladakh dans son fourreau de verdure. Le fleuve, qui a donné son nom au pays (l’Inde), prend sa source en Chine (Tibet) à 4200 m, traverse donc le Ladakh à une altitude moyenne de 3500 m (altitude de Leh, au milieu de son parcours au Ladakh), avant de parcourir le Pakistan pour se jeter dans la mer d’Arabie. Ces fleuves sont bordés d’innombrables casernes pour cause de conflit territorial larvé. À mon humble avis les soldats ne sont pas du cru, car ils auraient sans doute tendance à copiner soit avec les Chinois tibétains, soit avec les Pakistanais. En effet, la région est composée d’une population à 40 % bouddhiste tibétaine, à 46 % musulmane. J’ai visité la partie majoritairement tibétaine, avec ses nombreux temples, évidemment plus photogénique et caractéristique.
En parlant d’altitude, heureusement que j’avais choisi chez le voyagiste, qui proposait trois formules dont deux en mode campement sous tente, la formule confort en hôtels. Tout ça pour voir les mêmes paysages ! Cela faisait longtemps que je n’étais pas allé en altitude, où je n’avais jamais eu de problème. C’était surtout à cause des nuits sous tente au froid que j’avais opté pour la formule confort. Mais dès les premières nuits à Leh, j’avais l’impression de manquer d’oxygène, et cela m’empêchait de dormir, sans avoir aucun des autres symptômes du « mal des montagnes ». Grâce aux excellents accompagnateurs de l’agence locale, j’ai pris du « Diamox », le médicament adapté, et cela m’a permis de me réoxygéner. Nous avons eu une seule nuit dans des bungalows, où il faisait assez froid à 4200 m. Pour le reste, à cette altitude, le climat d’été en journée est proche du nôtre, ainsi que la végétation. Le long des vallées, il pousse du blé, des abricots, et tous les légumes qu’on peut trouver en France. Il fait juste froid en altitude, mais à 3500 m, c’est idéal en été. Les bovins dans les champs (mais pas en ville) sont de taille miniature, c’est étonnant. Voyez mes photos. Attention, à la question de l’altitude se mêle une possible allergie au duvet du peuplier baumier, qui neigeait littéralement des arbres en ce mois de juillet. J’ai tâché de prendre des photos de cet arbre à Leh, mais c’est difficile à rendre, en tout cas impressionnant.

Notre ami le Dalaï-lama

J’ai appris sur place que le Dalaï-lama résidait pour deux mois à Leh lors de notre séjour, dans un centre qui ressemble à un stade, à quelques kilomètres de notre hôtel. Il se remet d’une opération au genou, mais c’est une habitude de passer un mois à Leh en été, au frais par rapport à sa base de Dharamsala. Comme il est le chef spirituel de la secte des Bonnets jaunes, peut-être pourrais-je proposer à Sa Sainteté un symposium œcuménique Bonnets jaunes - Perruques jaunes ?! Il a fêté ses 91 ans quelques jours avant notre arrivée, le 6 juillet. Il reçoit sur place, avec parcimonie vu son âge & sa convalescence. Je n’ai pas de respect particulier pour Sa Sainteté. François Asselineau avait publié en 2013 l’extrait d’une conférence intitulée « Le Dalaï-lama : agent américain aux fréquentations douteuses ». Et puis le bouddhisme tibétain, la pseudo-religion préférée des pédophiles avec ses gourous Matthieu Ricard & son père Jean-François Revel, pivot du réseau de la rue du Bac, ne m’inspire aucune confiance. Il est de bon ton dans les milieux gauchistes, de dénoncer les pédophiles du catholicisme, ce qui est factuel, sauf que l’église catholique a été la seule, sans doute parce qu’elle est structurée de façon pyramidale, à faire le ménage dans ses rangs. Les religions sans hiérarchie n’ont pas fait le ménage, que je sache. Pendant ce séjour à Leh, j’ai assisté à une sorte de Dalaï-pride, un défilé de moines à bonnets jaunes juchés sur des voitures ouvertes, que j’ai prise en photo.
Je n’ai jamais été particulièrement intéressé par le bouddhisme. Je rappelle cette note d’un article ancien sur le Myanmar : « Chaque fois qu’un journaliste français évoque le bouddhisme, il n’est question que du bouddhisme tibétain, une des déclinaisons du véhicule de diamant. Dans le grand marché des religions, c’est une marque de prestige, certes, mais c’est le Dior du Bouddhisme, et un journaliste devrait aussi évoquer le tout venant du prêt à porter, qu’on peut trouver sur ce site. Comme l’explique Odon Vallet dans son indispensable Petit lexique des idées fausses sur les religions : « [Le Dalaï-Lama] n’a de pouvoir que sur deux pour cent des bouddhistes : les quatre-vingt-dix-huit pour cent restants ne sont pas plus liés au Dalaï-Lama que les catholiques ou les protestants à l’égard d’un patriarche maronite ». J’ai posé la question suivante à Chat GPT, qui confirme le propos d’Odon Vallet : « Parmi les humains qui se réclament du bouddhisme en France et dans le monde, quelle est la proportion qui sont affiliés au Dalai-Lama, et quelles sont les autres tendances principales ? » Extrait de la réponse : « le dalaï-lama est probablement l’individu bouddhiste le plus connu au monde, alors que la tradition qu’il représente est démographiquement minoritaire. Le Mahayana chinois et japonais et le Theravada d’Asie du Sud-Est représentent l’immense majorité des bouddhistes. »
Bref, parmi les 6 membres de notre petit groupe de touristes, il y avait une de ces bouddhistes bobo, mais elle n’était pas uniquement « tibétaine », elle avait aussi pratiqué le zen japonais. Chacun trouve midi à sa porte, mais en tant que non croyant, je m’étonne que les Français sortis de l’Église qui ont une recherche spirituelle ne se tournent pas prioritairement vers la religion de nos aïeux, qui présente toutes les qualités qu’on cherche en vain dans les bouddhismes à la mode. Il faut faire fi des excès du passé bien entendu, mais ces excès ont aussi existé dans le bouddhisme, ils ne sont pas cantonnés au catholicisme, qui est la seule religion qu’on ose attaquer dans les milieux autorisés où l’on n’ose pas approfondir les liens pourtant explosifs entre islam & pédophilie, et surtout entre judaïsme & pédophilie, comme le révèle l’explosion de l’affaire Epstein, ou les révélations de Francesca Gee sur ce qu’elle a subi dans son enfance.
Je suis béotien et n’ai pas envie d’approfondir le bouddhisme plus que je ne l’ai déjà fait (je ne sais même plus si j’ai lu le Que sais-je ? sur le bouddhisme, mais je commencerais par là). Je trouve que l’iconographie bouddhiste tibétaine, que j’ai déjà entrevue en Chine, au Myanmar, au Vietnam, au Cambodge, en Thaïlande et au Népal, a tout pour séduire le bobo occidental, notamment par son inspiration de l’hindouisme tantrique et son souci de la sexualité. Je vous laisse voir mes photos de voyage. Les squelettes dansant ou les personnages lubriques sont familiers à l’iconographie chrétienne.
Voici la liste des monastères que nous avons visités au Ladakh. Beaucoup sont de l’Ordre Gelukpa, ou « bonnets jaunes », celui du Dalaï-lama. Likir, Alchi, Shey, Thiksey, Diskit, Sumur, Samstanling, Ensa, Takthok (c’est là où j’ai assisté au festival annuel, cf. ci-dessous), Hémis.

Vajrabhairava (ou Yamantaka) avec sa parèdre Vajravetali, monastère de Samstanling, Ladakh.

© Lionel Labosse

Parmi les personnages les plus impressionnants dans cette lignée sexuelle, il y a Vajrabhairava ou Yamantaka « Il foule aux pieds huit déités hindoues, huit mammifères et huit oiseaux. Ici, il est représenté seul mais on le voit souvent avec sa parèdre Vajravetali (Dorjé Rolangma, “Vampire Vajra”) dans la posture du « yab-yum » (époux-épouse). » Cette posture est très évocatrice pour un occidental, mais je suppose aussi pour un local. En voici une photo fort priapique (ci-dessus), prise dans le monastère de Samstanling, dans la vallée de la Nubra. Notre jeune guide, passionnée sinon passionnante, nous expliquait que la tradition veut qu’on ne pose pas de questions sur ce qu’on voit dans les temples. Je trouve d’ailleurs que c’est une religion infantilisante. On vous expose de belles histoires illustrées par de beaux dessins colorés, on vous assoit par terre ; surtout ne pas poser de questions, et on vous donne des moulins à prière à faire tourner en ânonnant le gimmick « Om mani padme hum ». À Leh, j’ai photographié des panneaux peints devant une école, mais aussi devant un hôpital, des pancartes publicitaires. Cela me semble pour l’instant encore pire qu’en France, mais on se met à niveau !

Nœud sans fin, temple de Diskit (Diskit gompa).

© Lionel Labosse

Parmi les statues récurrentes, signalons Avalokiteśvara reconnaissable à ses mille bras. Dans certains temples, on a dans un coin un mandala de sable coloré, symbole de l’impermanence, avec toujours un endroit partiellement effacé. J’en ai photographié un. Le symbole omniprésent est le nœud sans fin, dont voici (ci-dessus) un exemplaire au temple de Diskit (Diskit gompa). Il est plus fréquent que la svastika, toujours dextrogyre, comme je l’avais déjà observé lors de mon voyage de 2017. J’en ai tiré une vidéo moqueuse à l’attention des « fact-shakers » : « un brigittologue en Asie » ! Dans ce temple nous avons eu le privilège de visiter la cuisine, avec ses marmites gigantesques où l’on pourrait mijoter un missionnaire, ornées du fameux nœud sans fin.

De nombreuses statues sont voilées, et dévoilées une fois par an. Je vous laisse apprécier les photos, certaines sexuellement explicites, enfin très modérément par rapport à certains temples hindouistes. Une illustration qui m’a étonné, et que je n’avais jamais remarquée auparavant, est celle des cinq sens (dont il convient de se délivrer comme chacun sait), réunis dans une sorte de cœur. Je dois préciser ici que de nombreux temples, et les plus photogéniques, étaient interdits à la photo ; donc mes photos ne représentent que ce qui était autorisé, pas forcément le plus photogénique. Je me souviens que la plus belle représentation de ce thème des cinq sens était un bas-relief du monastère d’Hémis, hélas interdit à photographier. Voici donc ce dessin qui n’est pas un chef-d’œuvre, mais dont le thème est original.

Les cinq sens, monastère de Likir, Ladakh.

© Lionel Labosse

Sinon, vous avez l’arsenal bouddhiste, le « dorje » ou « vajra », petit sceptre en bronze qui est l’équivalent du foudre de Zeus, et la cloche (ghanta), qui sont empruntés à l’hindouisme.
J’ai tourné une brève vidéo dans un petit temple du monastère de Thiksey (bonnets jaunes), où un jeune moine accroupi faisait retentir son tambour et sa cymbale sous une triade de divinités féroces autant que voilées.

J’ai fait un montage de vidéos du festival du monastère de Takthok auquel nous avons assisté le 23 juillet 2026. Je l’ai aussi mitraillé en photos. Il y avait plusieurs sorties de personnages masqués qui virevoltaient au son des instruments. Un moine avec un masque de lapin demandait du fric en prenant ses « victimes » dans un foulard. Tout cela très bon enfant, avec distribution de thé & de gâteaux dans les travées. Des sièges étaient réservé aux VIP, souvent vides. Non loin du lieu du festival, on visite un monastère troglodyte (photos interdites à l’intérieur).

Le toit du monde

Pour le reste, nous avons parcouru des paysages vastes & désertiques, peuplés seulement sur les rives des cours d’eau, notamment l’Indus & ses affluents, Zanskar & Nubra. J’ai photographié la confluence Zanskar / Indus, où l’on constate la différence de couleur des eaux, plus boueuses pour l’un des deux (le Zanskar je crois, mais c’est peu clair). Voici une vidéo poétique inspirée par le paysage du lac Pangong : « Les piquets du lac Pangong », texte inspiré de « L’Estaca » de Lluis Llach. C’est un lac endoréique (qui ne communique pas avec la mer et se constitue uniquement par précipitations / évaporation) partagé entre la Chine & l’Inde, donc sous tension et interdit à la navigation. Lac salé, quasiment pas de poissons, gelé en hiver. Long de 130 km, large de 5 km au plus. Photogénique mais je n’ai pas envie d’y trainer mes arpions en hiver !

On accède au lac par un des hauts cols du Ladakh, le « Chang la pass », qui culmine à 5360 mètres. Nous l’avons passé à l’aller et au retour. C’est impressionnant bien sûr. J’y ai entamé une carrière de chanteur (ci-dessous), enfin là c’est l’autre col, le Khardung La, aussi haut à 1 m près. En fait j’ai cette tradition de chanter cette rengaine dans les endroits improbables. C’est d’autant plus difficile en altitude. J’étais étonné de pouvoir chanter alors que je manquais de souffle, enfin on s’amuse comme on peut. Comme j’étais dans un petit groupe, il a fallu attendre la 4e tentative pour qu’on me laissât tranquille à l’écart, et que je pusse me filmer, après avoir réussi à mémoriser le début de ce chef-d’œuvre de la chanson française !

Pour répondre à la question posée dans la vidéo, il y a ambiguïté sur l’altitude affichée, qui est plus haute que l’altitude réelle, ce qui est expliqué par Wikipédia. Les routes sont entretenues comme on peut, par des ouvriers bien courageux, qui activent pelles & pioches dans les fossés. Pendant notre séjour, comme il a plu une nuit, un col a été fermé, et nous avons dû intervertir le sens du parcours, en revenant à Leh au lieu de prendre un col direct entre la vallée de la Nubra et le lac Pangong. De même, les vols de l’après-midi entre Delhi et Leh ont été annulés. Ce sont les vagues imprévus de ce type de voyage, qui se déroule dans des lieux extrêmes, malgré les avions modernes.
Lors de notre visite du monastère d’Ensa, nous avons été stoppés sur la route par une chute de blocs de roches, et nous avons dû terminer la route à pied. Le chauffeur nous a fait un demi-tour sans flancher, à moitié sur le vide ! Nous avions un minibus très correct, sans climatisation (inutile à cette altitude). À quelques encablures de ce monastère, nous avons été voir des pétroglyphes, et nous en avons aussi vu dans la vallée de Shara, lors de notre unique randonnée. J’ai photographié d’innombrables pancartes infantilisantes de sécurité (on se croirait sous le covidisme), parce qu’elles avaient un côté rigolo, mais à côté de ça, les deux sièges avant du bus n’avaient pas d’appuie-tête pour le conducteur et la guide. Même pour la partie Delhi-Agra, où cette jeune guide ambitieuse nous avait suivis, avec un bus ultra-moderne, super climatisé & sécurisé, je lui ai fait remarquer qu’elle ne mettait pas sa ceinture, alors qu’elle somnolait souvent. Si la circulation en Inde s’est grandement améliorée depuis mon premier voyage, cela reste un sport dangereux où le klaxon est l’accessoire le plus utile (malgré les panneaux « horn prohibited »), et ne pas mettre sa ceinture a un côté suicidaire… Il n’y a plus de fumée noire sortant des pots d’échappements, comme c’est aussi le cas en France.
Dans les cols, on parcourt les lacets en profitant de la vue vertigineuse sur les cimes enneigées & sur les vallées. On s’amuse des pancartes, on guette les marmottes & les yacks, et les pancartes qui vantent les mammifères & oiseaux locaux, dont j’ai photographié une douzaine, en les laissant avec leur cadrage sportif, alors que j’aurais pu les retrouver sur Internet. En réalité, nous n’avons vu que des yacks, des marmottes et des « pikas » (Ochotona). C’est à Agra & Delhi que nous avons vu écureuils & singes. Le défilé des motos est amusant, mais on croise aussi d’intrépides cyclistes (photo) qui ont bien du courage ! Dans le musée du monastère d’Hémis sont exposés le vélo & les photos d’un moine qui a parcouru la route du Tibet jusqu’au monastère.
La nourriture était souvent semblable, la nourriture indienne standard ; d’ailleurs de nombreux Indiens des plaines travaillent dans la région. À Delhi dans le dernier hôtel nous avons eu droit aux boules indiennes (Gulab jamun), qui se prêtent à toutes les plaisanteries. Le calendrier bouddhiste tibétain court sur deux périodes de 15 jours (Lune croissante & Lune décroissante), avec l’interdiction de servir de la viande tel ou tel jour. Dans les temples, des groupes de 15 baguettes suspendues permettent de savoir quel jour on est (photo). Les employés des hôtels couchent en général à même le sol dans un sac après le départ des touristes du restaurant. Il m’est arrivé de les réveiller par mégarde lors du départ aux aurores à l’aéroport de Leh. Dans la vallée de la Nubra, j’ai photographié des ouvriers, qui s’entraidaient pour manier la pelle, l’un tenant le manche, l’autre une corde reliée au manche.

Comment rouler une pelle au Ladakh, avec une corde accrochée au manche !

© Lionel Labosse

J’ai longtemps été intrigué par l’absence de grue et de camion-malaxeur sur les chantiers, alors que l’on voyait des poteaux avec ferraillage apparent. Il y avait bien une bétonnière sur le chantier, mais comment faisaient-ils ? J’ai eu la réponse lors de mon dernier jour à Leh : ils font un coffrage autour du poteau, et une noria de types apportent des bassines de béton frais sur leur tête, qu’un ouvrier saisit et verse dans le coffrage ! Au lieu de parpaings, on coule des briques de terre ou de béton sur place. Je montrerai ça à mes étudiants à la rentrée. L’Inde reste le pays des contrastes, avec des chantiers ultra-modernes d’un côté et du bricolage malin dans cette région extrême. Au château de Leh, j’ai photographié des tuyaux bricolés à mourir de rire. Vous êtes censés les enjamber. Dans la région d’Agra, des briques rouges sont entreposées dans des camions, sans doute alliant stockage & transport. À Agra, j’ai photographié une route suspendue en arrêt brusque de construction. Il y a de l’artisanal et du pro de haute qualité.

Agra & Delhi

Le circuit complétait ce tour au Ladakh par une visite express des sites principaux d’Agra & de Delhi. En ce qui concerne Agra, j’avais déjà visité les 3 sites en question lors de mon voyage de 2027, mais sans guide, et j’en avais tiré de bonnes photos, à l’époque sur Dropbox (donc j’ai été plus sobre dans mes photos cette année). Il s’agit du Taj Mahal, du Fort rouge, et de Fatehpur-Sikri.
Le Taj Mahal s’élève au cœur d’Agra, au bord de la rivière Yamuna, dans l’État de l’Uttar Pradesh. C’est un mausolée de marbre blanc construit par l’empereur moghol musulman Shâh Jahân (le 5e des six « grands moghols ») en mémoire de son épouse Arjumand Bânu Begam. Je vous laisse lire l’article de Wikipédia. L’endroit est propre est protégé, ce qui laisse rêveur, vu la saleté légendaire de l’Inde. J’ai photographié une grande affiche de propagande prônant le tri des déchets ! Cette saleté est probablement à mettre en rapport avec la persistance de la caste intouchable, car l’Inde est désormais un État moderne qui aurait de quoi mettre en place des services de propreté & d’hygiène. Mais accepter de nettoyer, c’est considérer que l’on fait partie d’une caste infâme. À opposer à la fois au Japon où les personnes âgées & les enfants considèrent comme un honneur de se consacrer à la propreté & aux toilettes publiques, et à la France, où des dirigeants corrompus à tous les sens du terme, détruisent volontairement la beauté de notre pays en utilisant toutes les armes possibles & imaginables.
Avant et après mon voyage, j’ai filmé à deux reprises dans mon quartier les villages de tentes sous le métro aérien, sous le nom de « Mogadiscio sur Seine ». Ce que l’on ne voit plus en Inde depuis mon premier voyage en 2003, les vagabonds qui dorment & défèquent dans la rue, on le voit désormais en France, grâce à la mafia des dirigeants & des associations unis dans le même délire de destruction.
J’ai tourné une vidéo « Marcher dans la rue à Delhi : un défi ! », à prendre avec recul, comme j’ai essayé de l’expliquer dans le feu de l’action. Cela dit, l’Inde a encore du boulot. À Leh, il y a pas mal de bus et pas de tuktuk, mais marcher dans les rues étroites est suicidaire. Je me suis fait toucher par un véhicule qui roulait au pas. À Agra, nous étions logés dans un hôtel de luxe proche des monuments, et j’ai tenté une sortie. C’est insupportable. Vous êtes pris d’assaut par les taxis ou tuktuk, et de toute façon vous ne pouvez rien voir. Il n’y a que des boutiques à touristes, tapis ou objets en marbre (comme on en a visité une). On trouve des boutiques où l’on ne vend que de l’alcool (cela existe aussi en Islande & en Norvège), mais pour celle de Delhi que j’ai trouvée près de l’hôtel, c’était compliqué, on devait demander ce que l’on voulait, sans pouvoir le prendre directement ; difficile ! Dans le quartier des ambassades de New Delhi, des brumisateurs géants étaient installés au milieu des rues, à l’endroit où on a en général ces putain de grilles qui empêchent de traverser, et obligent parfois à faire de longs allers-retours en voiture, car il y a peu de ronds points.

Pour la fin de cette vidéo, je me suis rendu dans un « parc aux daims » à proximité de notre hôtel. J’y ai vu effectivement des daims, et des paons, et c’est là que j’ai vu pas mal de svastikas pour ma vidéo. C’est agréable, dans le boucan infernal de la rue indienne, d’avoir un parc où l’on peut se poser. Hélas, il ne semble pas y avoir un petit café pour prendre un verre ! Ma vidéo commence par une station de métro. Je ne l’ai pas pris, mais ça a l’air moderne et surtout, conditionné ! Sur la pancarte à l’intérieur, le nom de la station est accompagné du logo & du nom de la compagnie « Indian Oil ». Capitalisme !
Puisqu’on en est au chapitre des choses qui fâchent, je complète mon chapitre « Paperassophilie indienne » de cet article de 2017. L’agence de voyage m’a fort heureusement aidé, car en plus de la complexité inchangée depuis dix ans, le site officiel pour obtenir un visa est volontairement rudimentaire (cela aura peut-être évolué quand vous lirez cet article), indigne du top mondial en informatique qu’est devenue l’Inde. Le visa a été encore rendu plus pénible dans les derniers temps par un épaississement du millefeuille. En plus du visa que l’on peut faire un mois à l’avance (prévoir une demi-journée de travail), il faut y retourner dans les 72 h avant l’arrivée en Inde pour établir un bordereau d’arrivée (« Arrival card ») qui précise l’endroit et la date d’arrivée (car le visa est valable six mois). Et depuis juillet 2026, j’ai eu l’honneur d’étrenner un 3e document à faire dans les 24 h précédant l’arrivée, stipulant que vous n’avez pas été en Afrique noire dans les jours précédant le voyage. Vous ne le savez pas avant, mais en fait on peut remplir ce document sur un papelard dans l’avion ; on vous fait même croire que même si vous l’avez déjà imprimé, il faut le refaire, la tête dans le cul à la fin de votre vol de nuit (je fais partie du pourcentage de voyageurs incapables de fermer l’œil en avion même dans un vol de nuit).
Les employés entassent ces papelards mal écrits à la main sur leur bureau. On a même dû le faire une 2e fois dans le vol pour Leh que nous avons eu au petit matin, après six heures d’attente (toujours sans dormir). Tout cela sous le prétexte ridicule de « ebola », alors que l’Inde est toujours un pays de merde où l’hygiène n’existe toujours pas, où les vaches déambulent dans la rue et contribuent avec les chiens à la collecte des déchets (photos), où certaines toilettes publiques constituent un record du monde d’immondice, etc. Je vous renvoie aux propos d’Alexandra David-Néel dans L’Inde où j’ai vécu, que je me suis fait un malin plaisir de lire à mes camarades de voyage. Bref, aller en Inde pour le tourisme vous donne une idée de ce que constitue un dossier de demandeur d’asile en France. Pour la première fois depuis que je voyage, j’ai dû me faire un dossier spécial sur mon ordinateur avec tous les documents, dont les tutoriels réalisés par l’agence de voyage, consciente des difficultés rencontrées par ses clients. J’ignore si au total cela a contribué à diminuer le nombre de touristes en Inde.
Sur les sites, nous étions peu nombreux. J’ai pris plusieurs photos des tarifs différenciés pour Indiens et touristes étrangers, et cela était déjà le cas en 2017. Le record était un ratio de 15 : 600 pour le touriste étranger, 40 pour l’Indien. Cela dit en l’occurrence il s’agit aussi d’un jardin, et l’on peut supposer que le tarif pour l’Indien, mis à part la première visite, permet de profiter du jardin à répétition. Le local qui s’y rend une fois par mois aura bien vite payé plus que le touriste qui visite Delhi une fois dans sa vie. Au Ladakh il y a de nombreux touristes indiens, qui visitent cette région lunaire pour eux.
Sur Agra & Delhi, cela n’est pas forcément représentatif, car nous étions en pleine mousson, saison où en principe on évite de voyager en Inde, sauf que les enseignants et les familles sont bien obligés. Mon premier voyage était un voyage de 3 semaines, donc en été, dans le sud de l’Inde. De toute façon je rappelle toujours que dans ce type de pays, les gens vivent toute l’année ; il faut bien qu’ils se démerdent ! Le climat à Delhi était chaud mais supportable. C’est l’humidité à 100 % qui rend la saison désagréable. En tant que touristes avec minibus climatisé, on n’a rien à dire ! Au Taj Mahal, j’ai tourné cette vidéo intitulée « L’Inde, pays arriéré qui ne sait même pas attacher les bouchons aux bouteilles ! »

Un truc que je n’avais peut-être pas remarqué en 2017, et qui était patent cette année, c’est le goût des Indiens pour se prendre en photo avec des touristes. On l’a remarqué au Taj Mahal massivement, mais c’était déjà le cas plus discrètement au Ladakh, où j’avais par exemple de mon côté photographié un groupe de 3 frères ou amis. Il y avait peu, voire pas de groupes de touristes, à cause de la saison, seulement quelques familles occidentales, et donc on était assez sollicités. Le vieux blanc de 60 ans que je suis était flatté d’être une star. Je n’avais pas le goût d’approfondir, mais en ce qui concerne les hommes seuls, il y avait peut-être un aspect altersexuel. L’Inde reste un pays « patriarcal », et je suppose qu’en l’absence de protection sociale institutionnelle, avoir des enfants constitue la seule assurance retraite. Dans ce pays sale, pollué, inégalitaire, comment expliquer que la démographie soit à ce point galopante, quand on compare à la Chine ? Le fait que ce soit un pays fédéral doit jouer. Chaque État est sans doute moins légitime à instituer des lois liberticides, comme cela se passe dans les pays centralisés comme la France. J’en conclus que l’occidental solitaire d’âge mûr doit constituer une proie tentante, en tout cas c’est flatteur ! Les Indiens sont d’ailleurs une population attrayante (si je compare aux ressortissants de la corne de l’Afrique qui, hélas, ont envahi l’est de Paris où j’habite, et qui ont, révérence parler, des têtes de cul).
Je reviens à nos visites d’Agra & environs. Le Fort d’Agra, proche du Taj Mahal, a été le siège de l’empire Moghol à deux reprises au XVIe siècle et au XVIIIe siècle, au temps de Babur, Humâyûn, Akbar, Jahângîr, Shâh Jahân et Aurangzeb, les six grands Moghols. Il est construit en grès rouge. On voit le Taj Mahal de l’autre côté de la rivière Yamuna, qui se jette dans le Gange 400 km plus loin. Un détail intéressant que l’on peut vérifier sur une de mes photos, est que ce bâtiment, comme son pendant, est nettoyé tous les 10 ans à peu près avec de la boue appliquée sur le marbre (par petits morceaux).
Fatehpur-Sikri est une ville fantôme de l’État de l’Uttar Pradesh, à 40 km à l’ouest d’Agra. Elle fut la capitale impériale de l’empire moghol de 1571 à 1584. Construite par l’empereur Akbar, parfaitement conservée depuis son abandon, elle est un témoignage remarquable de l’architecture indienne du XVIe siècle. Elle contient une grande mosquée, que nous avons également visitée, seule partie actuellement en service, avec le mausolée de Salim Chishti, apprécié des femmes en mal d’enfant. Les gens pique-niquent sur les bords de la mosquée. Selon la longueur de votre short ou jupe pour les femmes, on vous prête un tissu pour couvrir vos pieds.
À Delhi, nous avons fait une visite le dernier jour, qui nous a permis de voir le quartier central et la Porte des Indes (que j’avais déjà vue), mais aussi trois sites très originaux. New Delhi constitue une municipalité de près de 250 000 d’habitants au sein du territoire de Delhi, dont elle est également la capitale et qui compte en tout 35 millions d’habitants. C’est une ville nouvelle créée au début du XXe siècle par la volonté des Britanniques de déplacer la capitale du Raj britannique, alors à Calcutta, vers une position plus centrale et symbolique (Wikipédia). Nous avons visité le Gurdwara Bangla Sahib, le plus grand temple sikh d’Inde. Endroit fascinant, très accueillant (on vous fait juste cacher vos pattes, poilues ou non !). C’est la première fois que j’ai l’occasion de visiter un tel endroit. Les photos sont interdites, sauf dans la cuisine et le restaurant. On passe dans la salle des prières, où des orateurs disent des textes, puis on fait le tour du grand bassin d’ablutions. Il y a un habitacle fermé pour ces dames, mais les hommes & enfants peuvent se plonger dans l’eau sacrée aux yeux de tous. La grande cuisine & salle à manger est ouverte à tous. Des repas gratuits préparés par des bénévoles sont offerts toute la journée. Le lieu est même ouvert paraît-il la nuit (mais pas la cantine). Il y a un monde fou, et il paraît que même les riches (donateurs ?) s’assoient pour partager les repas. C’est impressionnant.

Cantine du Gurdwara Bangla Sahib, temple sikh de New Delhi.

© Lionel Labosse

Nous avons aussi visité la Tombe de Humâyûn (patrimoine mondial Unesco), qui est un complexe funéraire immense, nécropole moghole, modèle du Taj Mahal. Avant d’arriver au bâtiment principal (celui qui préfigure le Taj Mahal), on parcourt un long jardin parsemé de bâtiments. Dans le jardin s’élève un plus petit bâtiment dit « tombe du barbier », dont le guide nous a dit que c’était l’amant de l’empereur. Impossible à vérifier, en tout cas c’est charmant.
Enfin, nous avons visité le Temple du Lotus, situé à Bahapur, un faubourg du sud de la ville, une des 8 principales maisons d’adoration bahá’íes. J’avais déjà entendu parler du bahaïsme, qui se veut une religion universelle, et dont, cela ne vous étonnera pas, le siège social est situé en… Israël. Bref, l’Inde est un grand incubateur de religions. Le bâtiment est en forme de fleur de lotus, il date des années 1980 mais me fait penser aux architectures innovantes en voiles de béton des années 50, comme la Cathédrale du Sacré-Cœur d’Alger ou la Basilique-sanctuaire Madonna delle Lacrime de Syracuse. Le jardin est immense, planté de figuier des pagodes (ah j’ai oublié de dire qu’à la tombe de Humâyûn j’ai photographié un de ces arbres qui étouffe un autre arbre) et de frangipaniers. Je me demande comment dans une telle ville tentaculaire on a pu réserver un terrain désert aussi vaste. Hélas, on ne peut pas fouler ce jardin de la tentation. On doit visiter le temple pieds nus et en silence, assis sur les rangées concentriques de sièges. À Leh, il y a même une « moravian church », ce qui m’a permis d’apprendre que nos amis les Frères moraves ont été de grands pèlerins de la foi, depuis le XVe siècle !

Divers

Le change nous est encore plus favorable qu’en 2017. Avec 1 € vous obtenez 108 roupies, record dans une boutique de change de la rue commerçante de Leh (Paul Merchant) que j’ai photographiée, alors qu’à l’aéroport de Delhi j’avais touche 99 roupies. Les billets sont assez beaux ; j’ai photographié celui de 200 roupies avec Gandhi. Des restaurants proposent le buffet du midi tout compris à 300 ou 400 roupies. Bon, la nourriture indienne standard est vite lassante, mais quand même !
Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu des timbres si bon marché. Il n’en coûte que 25 roupies (moins de 25 cents d’euros) pour affranchir une carte pour la France. Autant dire que je n’ai aucune excuse de ne pas vous avoir envoyé de cartes postales ! J’espère qu’elles vont arriver, ce qui n’est pas encore le cas au bout de 3 semaines. J’ai apprécié de voir dans les rues (comme en Grèce finalement) des boutiques d’outils artisanaux, même parfois fabriqués dans la boutique même, du moins la finition. On trouve aussi des boucheries artisanales, fromageries, boulanger, etc. À l’aéroport de Delhi, j’ai été surpris de constater que les publicités de TotalEnergies étaient omniprésentes. Les véhicules Tata sont aussi omniprésents, mais ils semblent avoir 50 ans d’âge ! Mis à part certains WC immondes dans la pampa, les toilettes des lieux publics sont modernisées, et j’ai même photographié à l’aéroport je crois, une pancarte signalant qu’il n’est plus nécessaire de mettre son papier toilette à côté des WC, question que je m’étais posée. Dans aucun hôtel ou autre lieu je n’ai vu cela demandé.

Fusion, « silicone restauration », Delhi.

© Lionel Labosse

En ce qui concerne le contraste modernité / traditions en Inde, voici la vitrine d’un institut de Delhi consacré à la restauration du corps avec des prothèses en silicone. Un détail au milieu a attiré mon attention : les oreilles. Elles sont censées impossibles à modifier et permettre de reconnaître un Jean-Michel à vie. Et pourtant on peut les restaurer…

Publicité pour le missile russo-indien BrahMos, sur un bus de Delhi.

© Lionel Labosse

Au cul d’un bus, j’ai photographié une publicité incroyable avec la tête du président Modi (et un inconnu du type Hanouna) et le missile russo-indien BrahMos (Il tire son nom du Brahmapoutre, fleuve indien, et de la Moskova, fleuve russe). Selon ChatGPT, il s’agit d’une campagne de publicité pour les 12 ans de pouvoir de Modi, l’indépendance en matière de capacités de défense et la glorification des exportations indiennes. En tout cas on imagine que Notre Fürhoncle & son Chibritte (Je devrais écrire Shibritte) pourraient poser sur les culs des bus pour vanter les drones qu’ils enverront prochainement en Russie…

 Lire aussi « Retour en Inde : au pays des vaches & des couleurs » ; L’Inde sans les Anglais, de Pierre Loti (1903) ; Une Certaine idée de l’Inde, d’Alberto Moravia, et L’Odeur de l’Inde, de Pier Paolo Pasolini ; Bucolique, suivi de Élégiaque, de Robert Vigneau ; L’Inde où j’ai vécu, d’Alexandra David-Néel.

Lionel Labosse

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