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Meurtre d’un moniteur de YMCA : l’accusé coupable, mais le jury rejette la préméditation

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À Toronto, l'individu accusé d'avoir tué un entraîneur de YMCA a été reconnu coupable jeudi soir de meurtre non prémédité après 12 heures de délibérations. Raheem McLaughlin, qui se défendait seul, avait plaidé non coupable d'une accusation de meurtre prémédité à l'ouverture de son procès, à la mi-avril.

Shane Stanford a été tué la nuit du 7 octobre 2020 dans sa voiture par des tirs provenant d'un autre véhicule en mouvement dans lequel se trouvaient l'accusé et un second individu qui n'a jamais été retrouvé.

L'aide de l'« ami de la cour »

Le plaidoyer de l'ami de la cour, qui avait été nommé dans ce procès devant jury pour assister le juge en l'absence d'un avocat de la défense, aura été d'une aide précieuse pour le meurtrier.

L'avocat Douglas Holt, dont le rôle consistait à apporter une expertise juridique neutre et impartiale à la cour, avait réussi à semer un doute dans l'esprit des jurés plus tôt cette semaine.

Il avait rappelé que les preuves de la Couronne se rapportaient davantage au passager du véhicule et qu'il existait de nombreux facteurs inconnus dans cette cause.

Une photo professionnelle de Shane Stanford, un entraîneur du YMCA au centre-ville.

Shane Stanford, 33 ans, était un moniteur de sport au YMCA au centre-ville de Toronto.

Photo : YMCA GTA

Me Holt avait surtout rappelé que personne n'avait vu l'accusé avec une arme cette nuit-là ni remarqué qu'il affichait des sentiments hostiles à l'endroit de quiconque.

Il avait souligné que la Couronne n'avait pas réussi à expliquer au jury la raison pour laquelle l'accusé voulait tuer quelqu'un associé à des logements sociaux  de North York.

Me Holt avait précisé qu'il existait un doute raisonnable que l'accusé ne savait pas que son passager était armé et qu'il allait utiliser son arme de façon spontanée. Il avait demandé au jury d'acquitter l'individu sur toute la ligne.

Question déterminante du jury

Juste avant le souper, le jury était revenu dans le prétoire avec une question sur l'idée de préméditation.

Il voulait savoir si la planification du meurtre de Stanford ne concernait que les actions de M. McLaughlin avant la commission du crime ou si elle touchait aussi la conduite de l'accusé après le délit.

La question allait être décisive pour la suite des délibérations.

Avant de les renvoyer dans leur huis clos, le juge Michael Dineen leur a répondu que seuls les agissements de l'accusé avant la commission du meurtre étaient valables pour déterminer que le meurtre était bien prémédité.

La délibération du meurtre commence bien avant l'exécution du plan, a-t-il déclaré.

Vous avez le droit de déduire en cas de doute et à partir de sa conduite après le crime pour déterminer que le meurtre était prémédité ou non ou encore pour décider s'il s'agit plutôt d'un homicide involontaire, a-t-il ajouté.

Si vous estimez par exemple que M. McLaughlin a tenté de camoufler son crime après coup, alors il peut s'agir d'un meurtre au premier, au second degré ou d'un homicide involontaire, a-t-il conclu. Le procès n'a cependant aucunement montré que l'accusé avait caché son crime.

Seule concession de l'accusé

Dans ce procès, tous admettaient que Raheem McLaughlin était bien au volant de la voiture qui a pourchassé le véhicule de la victime cette nuit-là dans le quartier Lawrence Heights.

Tous les déplacements de l'accusé au volant de son Infiniti avaient été captés par des caméras de surveillance.

Le procès a montré qu'une seule balle à la tête avait été suffisante pour tuer Shane Stanford. La balle avait fracassé le pare-brise arrière de sa voiture.

Une capture d’écran d’une vidéo de surveillance montrant une poursuite en voiture.

La vidéo de surveillance montre la voiture blanche à gauche en train de poursuivre une voiture plus foncée cachée par le buisson à droite, mais dont on voit les phares arrière à travers les branchages.

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

Dans ses arguments finaux, M. McLaughlin avait maladroitement expliqué qu'il n'était pas responsable du meurtre de Shane Stanford, qu'il ne connaissait pas, parce qu'il n'est pas celui qui avait ouvert le feu cette nuit-là.

L'individu, qui n'a aucune formation juridique, avait rejeté la faute sur son passager, qu'il s'est d'ailleurs toujours gardé d'identifier.

M. McLaughlin avait précisé que la Couronne n'avait pas réussi à prouver au-delà de tout doute raisonnable qu'il est celui des deux occupants de sa voiture à avoir tiré les coups de feu en direction du véhicule de la victime.

L'accusé avait surtout mentionné que les comportements après la commission d'un délit peuvent donner lieu à de nombreuses interprétations.

Une photo de la voiture de la victime avec le parebrise arrière en morceaux.

La voiture de la victime de 33 ans a fait une sortie de route après avoir été prise pour cible, selon la Couronne.

Photo : Radio-Canada / Jeremy Cohn

Il avait expliqué qu'il ne savait pas jusqu'à la dernière minute que son passager était en possession d'une arme et qu'il avait l'intention de s'en servir contre un résident d'un complexe de logements sociaux.

Si vous deviez me reconnaître coupable de quelque chose, ce serait d'un homicide involontaire, selon la loi, avait-il conclu.

Date de libération incertaine

C'est une victoire amère pour la Couronne, qui soutenait que Shane Stanford avait été tué par M. McLaughlin.

Elle avait assuré que l'accusé avait planifié le meurtre de n'importe quel résident associé à un complexe de logements sociaux. Elle prétendait que McLaughlin était même le cerveau de l'opération.

La Couronne affirmait que l'individu était armé d'un pistolet chargé lorsqu'il s'est rendu en voiture à plusieurs regroupements d'habitations à la recherche de sa cible.

Une illustration judiciaire du procès.

Le procureur de la Couronne, Matthew Bloch, a présenté ses arguments finaux le lundi 11 mai 2026. L'accusé, Raheem McLaughlin, et l'ami de la cour, Douglas Holt, sont assis derrière.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

L'arme n'a jamais été retrouvée, mais elle a pu être identifiée grâce au chargeur encore à moitié plein, qui était tombé sur la chaussée durant la fusillade.

La date de l'audience sur la détermination de la peine n'a pas encore été fixée. Pour l'heure, Raheem McLaughlin est condamné à la perpétuité sans droit de libération conditionnelle avant 10 ans, soit le minimum.

Un verdict de culpabilité pour meurtre non prémédité ouvre la porte à un droit de soumettre une demande de libération conditionnelle après de 10 à 25 ans.

Une illustration judiciaire du procès.

Le juge Michael Dineen, de la Cour supérieure de l'Ontario, écoute attentivement l'accusé, Raheem McLaughlin, livrer son plaidoyer aux 12 jurés.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Dans ce procès, la nuance est importante parce que l'accusé est en détention préventive depuis son arrestation, le 29 octobre 2020, dans des conditions carcérales difficiles dans une prison provinciale de Toronto.

On s'attend à ce qu'il obtienne un crédit important, qui sera soustrait du nombre d'années de pénitencier que le juge lui infligera à l'issue de la prochaine audience.

Si le magistrat respecte le ratio usuel d'une année de détention équivalant à une année et demie, le crédit devrait atteindre 8 ans et deux mois.

Une illustration judiciaire du procès.

L'accusé, Raheem McLaughlin, et l'ami de la Cour, Douglas Holt, écoutent le réquisitoire de la Couronne le 11 mai 2026.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La Couronne n'a pas encore fait savoir l'année à laquelle le meurtrier pourra être admissible à une telle libération.

Le jury n'a enfin jamais su dans ce procès que Raheem McLaughlin a plaidé sa cause les menottes aux chevilles, par souci d'impartialité.

Un rideau avait été judicieusement placé sur le pourtour de toutes les tables du prétoire — pas seulement la sienne, ce qui aurait éveillé des soupçons — afin d'empêcher les jurés de voir ses membres inférieurs.

Le jury n'a jamais su non plus qu'il avait renvoyé ses deux avocats dans le courant du processus judiciaire, ce qui explique pourquoi il se défendait seul et pourquoi le procès avait été retardé.

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