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McKenna tire à boulets rouges sur les dirigeants des pétrolières canadiennes

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Des « gras durs » proches de Donald Trump qui nous prennent pour « des imbéciles » et qui font des « profits faramineux » avec la guerre en plus de « nourrir la crise climatique », de mettre « l’économie en péril » et de « demander des subventions ». Voilà comment l’ancienne ministre fédérale de l’Environnement Catherine McKenna a décrit les dirigeants de l’industrie pétrolière canadienne dans une entrevue accordée à La Presse canadienne.

Un autre ancien ministre, Steven Guilbeault, a de son côté dénoncé le double discours de ces dirigeants.

En marge du Sommet Climat Montréal, jeudi, La Presse canadienne a demandé à Catherine McKenna de réagir à l’inventaire officiel des gaz à effet de serre (GES) du Canada, publié cette semaine.

Cet inventaire montre qu’encore une fois en 2024, la production de pétrole et de gaz était le seul secteur industriel au pays à avoir augmenté ses émissions de GES.

C’est révoltant, a lancé l’ex-ministre, en ajoutant que les Canadiens s'attendent à ce que tous fassent leur part, mais les compagnies pétrolières et gazières, majoritairement américaines, ne font pas leur part. Leur seule contribution consiste à augmenter nos émissions et à réclamer des subventions.

Une raffinerie.

L'ancienne ministre de l'Environnement Catherine McKenna estime que les pétrolières et gazières n'en font pas assez pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Celle qui a été députée fédérale de 2015 à 2021 a également dit que ces entreprises exigent que les contribuables canadiens paient la facture du nettoyage de la pollution qu’elles engendrent et de la construction d’oléoducs dans lesquels elles refusent d’investir leurs propres fonds.

Son sentiment de mécontentement contre les pétrolières et gazières canadiennes est profond, et sa liste de doléances est longue.

Elles engrangent des profits colossaux grâce à la guerre illégale menée par la Russie contre l’Ukraine, et maintenant grâce à la guerre contre l’Iran. Mais que font-elles de ces profits? Elles les redistribuent à des dirigeants gras dur [fat cats CEO], qui les reversent ensuite à leurs actionnaires, majoritairement américains et partisans de Donald Trump, soit dit en passant.

Inquiète pour l’économie

Depuis 1990, la production des sables bitumineux a augmenté de plus de 900 % au pays, selon l’inventaire officiel des gaz à effet de serre du Canada.

Accroître la production de gaz et de pétrole année après année n’est pas la direction que le reste du monde prend.

D’un point de vue environnemental, c’est absurde, et d’un point de vue économique, encore plus, selon elle.

Les chocs énergétiques, qui renvoient aux changements soudains des prix de l'énergie, provoqués notamment par les guerres, accélèrent la transition énergétique des pays du monde entier vers les énergies renouvelables, moins chères et plus propres, a souligné Catherine McKenna, qui dit s’inquiéter pour le Canada.

Des éoliennes le long de la route 3 à proximité de Pincher Creek, en septembre 2024.

Selon des experts, les énergies renouvelables sont devenues une option plus sûre en raison de la guerre en Iran.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Un récent rapport de l’International Renewable Energy Agency montre qu'en 2025, les énergies renouvelables représentaient 85,6 % de l'expansion totale des capacités électriques mondiales.

Pourquoi nos fournisseurs d'énergie ne nous permettent-ils pas, à nous, Canadiens, d'installer des panneaux solaires et d'être rémunérés pour cela?

Les solutions existent, et nous devons absolument aller de l'avant. Il ne s'agit pas tant d'accessibilité financière que de la compétitivité économique du Canada, aujourd'hui et demain, et, bien sûr, d'un meilleur avenir pour nos enfants.

Lors de l’entretien avec La Presse canadienne, Catherine McKenna a fait référence à une analyse publiée par le Centre canadien de politiques alternatives sur les récents profits réalisés par les pétrolières.

Les entreprises canadiennes de cette industrie engrangent chaque jour 170 millions $ de profits supplémentaires grâce à la guerre menée par les États-Unis et Israël en Iran, qui a fait grimper les prix mondiaux du pétrole de plus de 50 %, soutient l’analyse publiée la semaine dernière.

Manque de sérieux

L’Alliance des sables bitumineux, qui s'appelait jusqu'à récemment l’Alliance nouvelles voies, est un consortium composé des entreprises Canadian Natural Resources, Suncor, Cenovus, L’Impériale et ConocoPhillips. Ce consortium fait la promotion, depuis des années, du projet Pathways, qui a pour objectif de rendre carboneutre la production des sables bitumineux d’ici 2050 en captant et en séquestrant le CO2.

Lorsque j’étais ministre, ils avaient un discours qui disait qu'ils voulaient réduire [les GES] et qu'ils voulaient faire leur part, mais, dans les faits, on ne sentait pas de volonté, a déclaré un autre ancien ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, à propos des dirigeants des entreprises des sables bitumineux.

Un portrait de Steven Guilbeault.

Steven Guilbeault a été ministre fédéral de l'Environnement de 2021 à 2025.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

En marge du Sommet Climat Montréal, Steven Guilbeault a expliqué à La Presse canadienne qu’il entend parler du projet Pathways depuis ses débuts en politique.

Ce que l’on constate, sept ans plus tard, après que le fédéral, avec Christia Freeland comme ministre des Finances, a octroyé des crédits d’impôt pour la séquestration du carbone, c’est qu’ils ont investi plus en publicité pour parler de leur projet que dans la réalisation de ce projet-là. Alors moi, je constate un manque de sérieux, puis un double discours de la part des pétrolières sur cette question-là, a ajouté Steven Guilbeault.

La Presse canadienne a sollicité une entrevue avec un représentant de l’Alliance des sables bitumineux afin d'obtenir ses commentaires par rapport aux propos de l’ancienne ministre McKenna et à l’inventaire des GES, mais au moment d’écrire cet article, l’agence n’avait pas obtenu de réponse.

Le Canada a légèrement baissé ses émissions de GES en 2024 en produisant 685 mégatonnes d’équivalent CO2. De cette quantité, 208 mégatonnes (Mt) proviennent de la production de pétrole et de gaz. Les transports (151 Mt), nourris par l’industrie du pétrole et du gaz, sont le deuxième secteur le plus polluant.

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