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TRIBUNE - À l’occasion de la campagne nationale sur les maladies cardiométaboliques, du 30 mars au 19 avril 2026, l’Institut hospitalo-universitaire ICAN (IHU ICAN) lance un cri d’alarme : la prévention est devenue indispensable pour alléger le poids de ces maladies sur la santé des Français et le système de soins.
Le Pr Stéphane Hatem est le directeur général de l’IHU ICAN (Institut de Cardiométabolisme et Nutrition), Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris.
Il n’y a plus le choix. Face au vieillissement de la population et à une hygiène de vie dégradée chez beaucoup, la seule façon de préserver la santé des Français des maladies cardiométaboliques et de préserver le système de soins, est de prévenir la survenue de ces maladies et de leurs complications. L’IHU ICAN se veut un moteur pour cette transition indispensable vers le préventif. En janvier 2026, il a réuni pouvoirs publics, chercheurs, médecins, représentants de patients et industriels lors d’un colloque au ministère de la santé pour progresser dans cette direction. Et il mène une campagne active d’information et de sensibilisation à l’occasion de la semaine nationale des maladies cardiométaboliques en ce mois d’avril. L’enjeu est considérable : chacun sera concerné un jour ou l’autre.
Le concept de maladies cardiométaboliques met en lumière une réalité encore trop peu connue : les troubles métaboliques tels que l’hypertension artérielle, l’obésité, les dyslipidémies, le diabète ou la stéatose hépatique métabolique (MASH) constituent un ensemble de pathologies étroitement liées qui favorisent la survenue d’accidents cardiovasculaires. Ces derniers comptent les accidents vasculaires cérébraux, infarctus du myocarde, accidents ischémiques ou encore insuffisances cardiaques, et sont la deuxième cause de mortalité en France. Ils sont responsables de près de 500 000 hospitalisations par an et 5,5 millions de personnes en France vivent avec des séquelles souvent graves : déficits neurologiques, paralysies, dépendances... Pourtant, les progrès médicaux ont été remarquables aux XXe et XXIe siècles avec un nombre de décès par accidents cardiovasculaires qui s’est effondré de 320 cas pour 100 000 habitants en 1955 à une soixantaine en 2022. Mais la chute est désormais enrayée et la mortalité ne diminue plus. En outre, l’Assurance maladie consacre environ 45 milliards d’euros par an à la prise en charge des maladies cardiométaboliques et leurs complications, soit environ 20 % de son budget. C’est deux fois plus que pour le cancer.
La prévention primaire est destinée à prévenir l’apparition des maladies cardiométaboliques, la secondaire à empêcher la survenue de leurs complications, et la tertiaire à lutter contre les récidives en cas d’accident cardiovasculaire
Peut-on faire mieux ? Évidemment, grâce à la prévention, qui fait l’unanimité des acteurs de soins. Il est urgent d’activer très fortement ce levier et à toutes les étapes de progression de ces maladies. En effet, elles forment un continuum, elles sont intriquées et évolutives. Ainsi, la prévention primaire est destinée à prévenir l’apparition des maladies cardiométaboliques, la secondaire à empêcher la survenue de leurs complications, et la tertiaire à lutter contre les récidives en cas d’accident cardiovasculaire. Ce virage doit mobiliser toutes les parties prenantes pour développer des campagnes et des programmes soutenables financièrement. Et il s’agit d’une affaire aussi bien individuelle que collective.
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La prévention primaire consiste à modifier ses comportements pour cibler une santé cardiométabolique idéale. Les recettes sont connues : activité physique régulière, alimentation équilibrée, sevrage tabagique, limitation de la consommation d’alcool, de sel et de sucre ajouté, sommeil suffisant... Un grand nombre de Français connaît les recommandations mais ne parvient pas à les suivre.
Des maladies intriquées et contrôlées par des signaux communs
Lorsqu’une maladie cardiométabolique est diagnostiquée, l’objectif est d’en rechercher une autre associée car ces maladies sont intriquées et contrôlées par des signaux communs, par exemple hypertension et diabète ou hyperlipidémie. À la prévention primaire, s’ajoute alors la prévention secondaire destinée à contrôler cette ou ces maladies pour prévenir le risque de complications, tels que l’accident vasculaire cérébral ou l’infarctus du myocarde. Pour cela, pas d’autre choix que d’atteindre les objectifs thérapeutiques fixés dans le cadre de recommandations de bonne pratique. Le but est de protéger l’ensemble des organes impactés par ces facteurs de risque cardiovasculaires. On sait en effet que l’atteinte d’un organe accroît le risque de dysfonctionnement d’un autre organe : cœur, vaisseaux, reins, foie... Or, des études montrent que les objectifs thérapeutiques sont rarement atteints (glycémie, cholestérol, pression artérielle, etc.), représentant une perte de chance pour les patients. Alors que l’hypertension est responsable de 40 % des accidents vasculaires cérébraux et de 45 % des maladies ischémiques, à peine un quart des patients hypertendus est traité de façon efficace afin de ramener les chiffres tensionnels aux objectifs . Médecins et patients doivent mieux comprendre les bénéfices d’une prise en charge beaucoup plus ambitieuse.
De même, après un premier accident cardiovasculaire, le risque de récidive est important. La prévention tertiaire vient en complément de la prévention primaire et secondaire pour réduire ce risque, nécessitant le plus souvent une prise en charge médicamenteuse intense. Là encore, l’atteinte des objectifs de prise en charge recommandés par les sociétés savantes est nécessaire. Ils sont basés sur des preuves établies dans le cadre d’essais cliniques rigoureux.
Pour favoriser cette prévention au long cours, adaptée à toutes les trajectoires de vie et aux profils de chaque patient, l’IHU ICAN préconise la mise en place d’un parcours de soins cardio-métabolique-rénal coordonné et personnalisé. Développer la prévention des maladies cardiométaboliques et rénales nécessite d’investir collectivement dans des projets de recherche innovants pour découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques, notamment grâce à l’intelligence artificielle, et pour créer de nouveaux parcours de soins adaptés.


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