Les Archives de Lyon ont restauré 22.000 plaques photographiques retraçant le travail du premier laboratoire de police scientifique de France. Ces clichés attestent de "l'usage scientifique" de la photographie pour des analyses graphologiques, balistiques ou anthropométriques.
Cadavres, scènes de crimes, mais aussi fêtes entre collègues : les Archives de Lyon ont restauré 22.000 plaques photographiques retraçant le travail du premier laboratoire de police scientifique de France, fondé au début du XXème siècle. Les clichés attestent de "l'usage scientifique" de la photographie pour des analyses graphologiques, balistiques ou anthropométriques, a expliqué Gilles Bernasconi, photographe, lors d'une conférence vendredi dans le cadre du festival de littérature Quais du Polar.
Ils pouvaient également servir des fins "pédagogiques", par exemple en montrant comment prélever des empreintes, a-t-il ajouté. Conditionnés sous la forme de plaques photographiques - ancêtres de la pellicule -, les photos ont été sauvées d'une épaisse moisissure au prix d'années de labeur et de plus de 40.000 euros d'investissement.
Succès immédiat
Un fond "exceptionnel" pour Virginie Gentien, archiviste, qui est aussi le plus cher et le plus important des archives municipales de Lyon. Il documente le travail du laboratoire de la police locale, fondé en 1910 par un jeune médecin légiste lyonnais, Edmond Locard. Le succès est immédiat, avec une première condamnation en juin 1910 grâce à une empreinte digitale.
Situé au départ sous les combles du palais de justice du Vieux-Lyon et ne fonctionnant qu'avec des moyens rudimentaires, le laboratoire n'acquiert une existence officielle qu'en 1943. Déplacé au gré des déménagements de la police criminelle, le fond refait surface en 2005, quand un dégât des eaux dans le local où il est stocké provoque son transfert aux archives municipales, rare institution à pouvoir absorber un volume de documents aussi colossal.
Les autres plaques cassées ou trop rongées par la moisissure
Longtemps peu valorisé, c'est un deuxième accident - une panne de climatisation - qui oblige, en 2021, les restaurateurs à s'engager urgemment dans un travail considérable de désinfection, de conditionnement, de numérisation et d'analyse du fond. Sur 33.000 plaques, dont les dernières datent des années 1970, seules 22.000 ont été conservées après une restauration à l'oxyde d'éthylène, les autres étant cassées ou trop rongées par la moisissure, a expliqué la restauratrice Béatrice Bert.
Outre les clichés directement liées à des affaires, certains illustrent la participation du laboratoire à des publications scientifiques. Elles sont aussi utilisées à des fins de publicités pour des inventions ou la promotion d'affaires résolues.
Elles illustrent aussi le quotidien des agents. Loin des scènes de crimes minutieusement balisées d'aujourd'hui, sur l'un des clichés en noir et blanc présentés vendredi, des policiers ventrus en complet posent ou roulent négligemment leur cigarette à côté d'un cadavre désarticulé, tombé au bas d'un escalier. Le fond doit encore être analysé en profondeur avant d'être exposé au public.


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