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Le moulin à scie Bouchard, l’un des derniers témoins du patrimoine industriel de Charlevoix, se retrouve à un moment décisif de son existence. Le bâtiment historique qui servait de décors au téléroman Le temps d’une paix, la télésérie signée par Pierre Gauvreau entre 1980 et 1986, doit être restauré pour survivre.
La nouvelle détentrice des lieux, Danielle Bouchard, fille du dernier propriétaire de la lignée à avoir exploité le moulin, entend consolider le bâtiment qui tire son énergie du harnachement de la rivière Jean-Noël qui le borde. Elle en appelle au public. « Après la mort de mon père en 1986, le moulin a cessé d’être utilisé. On a continué de faire des visites pour des groupes, mais il s’est dégradé. »
Une partie d’un mur menaçait de s’effondrer ; ce mur de pierres vient d’être refait. Des ouvriers s’activent cette semaine à consolider la charpente. Il faut désormais s’attaquer à changer des poutres de soutènement. « Nous avons obtenu une subvention de la MRC de 50 000 $, mais on en a pour pas loin de 200 000 $ rien que pour la première phase des travaux ! » L’ampleur des travaux à réaliser dépasse largement les capacités d’une seule personne, constate-t-elle.
Consciente de l’importance de ce bâtiment dans l’histoire industrielle de la région, Danielle Bouchard entend assumer une large partie des coûts de sa poche, mais espère, à travers une souscription publique, obtenir 20 000 $ en contribution populaire. « Nous avons un comité pour la sauvegarde du moulin. On a lancé une souscription de 20 000 $ — un GoFundMe — pour essayer de nous aider à relancer les activités. »
Les membres du comité savent qu’ils entreprennent un travail de Sisyphe. Mais pour eux, cet héritage collectif et la préservation du paysage qui borde le moulin font partie intégrante de l’héritage de Saint-Irénée et de Charlevoix, ce qui n’a pas de prix.
L’histoire récente du moulin est celle d’une succession d’efforts de sauvegarde. Il y a plus d’une décennie, Denis Bouchard, le frère de Danielle, soutenu par plusieurs citoyens de la région, avait tenté de mettre sur pied un projet permettant d’assurer l’entretien et la mise en valeur du site. Malgré l’enthousiasme suscité, l’élan s’était graduellement essoufflé, faute de ressources suffisantes.
Une longue histoire
Moulin de pierres construit en bord de rivière, traversé par plus de 165 ans d’histoire, le bâtiment a vu défiler des générations de travailleurs du bois, survécu aux bouleversements économiques et même connu une seconde vie sous les projecteurs de la télévision québécoise en se retrouvant au cœur du téléroman Le temps d’une paix. « En fait, c’était d’abord un moulin à farine. L’équipement a été modifié pour servir dans un moulin à scie. Depuis mon arrière-grand-père, au début du XXe siècle, jusqu’à mon père, on l’a utilisé dans la famille. C’était encore un gagne-pain pour mon père dans les années 1980. Il fournissait le bois aux cultivateurs de la région. Tout est encore là. Ça n’a pas bougé. Même la machine à bardeau est encore sur place. »
Sur plusieurs photographies anciennes conservées par la famille Bouchard, on aperçoit Léonard Bouchard, père de Danielle Bouchard. Léonard fut le dernier de la lignée à faire fonctionner le moulin, pratiquement jusqu’à son décès. Pendant des décennies, le bâtiment a transformé les arbres des forêts avoisinantes en poutres, en planches, en poteaux de clôture, en bardeaux et en fuseaux, participant directement au développement de la communauté.
Situé au 444, rang Saint-Pierre, à Saint-Irénée, le moulin figure au Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Il bénéficie depuis 2012 d’une citation municipale à titre d’immeuble patrimonial. Érigé en 1859 d’abord comme moulin à farine, il rappelle une époque où la force hydraulique obtenue par le harnachement ingénieux de rivières du Québec faisait tourner les roues de bois de ces moulins dont va profiter l’industrie forestière régionale.
Connu grâce à la télévision
Le bâtiment est bien connu du grand public, même si plusieurs ignorent son véritable nom. Pour des milliers de téléspectateurs de la télévision québécoise, il demeure le moulin de Siméon Desrosiers dans le téléroman Le temps d’une paix.
Incarnée par le comédien Paul Hébert, la figure de Siméon Desrosiers était celle d’un homme d’affaires prospère de la région de Charlevoix attaché en politique aux conservateurs. Il est un des principaux opposants de Joseph-Arthur Lavoie, le représentant libéral local, incarné d’abord par Pierre Dufresne, puis par Jean Besré. Avec le vieux moulin de Saint-Irénée en arrière-plan de la série, ce bâtiment a suscité un intérêt qui va bien au-delà des frontières de Charlevoix.
Pour la famille Bouchard, ce moulin est loin d’être un strict élément d’une histoire familiale. C’est plutôt le témoin de tout un chapitre de l’histoire du travail, de la forêt et de la vie rurale québécoise.


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