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Paul St-Pierre Plamondon a sans doute ses défauts, mais il n’est pas idiot. Quoi qu’en dise la première ministre Christine Fréchette, le chef du Parti québécois comprend très bien que le Québec ne peut pas réclamer une compensation en se retirant d’un programme fédéral qui n’existe pas.
Peu importe que le coût d’un TGV soit de 90 milliards ou de 200 milliards de dollars, les contribuables québécois n’auront pas d’autre choix que de payer grosso modo le quart de cette somme si Ottawa décide d’aller de l’avant. Il était d’ailleurs désolant d’entendre Mélanie Joly reprendre le sophisme selon lequel « le Québec ne met pas d’argent » dans le projet. Comme si cet argent ne provenait pas des poches du même contribuable !
Aussi déterminé soit-il, le gouvernement Carney ne passera cependant pas outre les objections du gouvernement du Québec, qui seront manifestement très vives si le PQ est porté au pouvoir le 5 octobre prochain. Et s’il n’y a pas de TGV au Québec, il n’y en aura nulle part : le projet n’a aucun intérêt s’il se limite au segment Ottawa-Toronto.
De toute évidence, M. St-Pierre Plamondon a décidé d’en faire un enjeu des prochaines élections. La Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec et même Québec solidaire ont dénoncé sa position. Seul le Parti conservateur du Québec la partage, semble-t-il, même si son chef, Éric Duhaime, n’a pas donné l’impression d’avoir réfléchi très longuement à la question.
Le chef péquiste a emboîté le pas à son allié du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, dont la position est quand même plus nuancée. Le Bloc s’oppose à « cette version-là » du projet proposé par la société Alto et réclame une pause le temps de mener de « vraies consultations publiques » et une réelle analyse coûts-bénéfices, alors que le PQ rejette l’idée même d’un TGV.
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S’il y a sans doute un mécontentement à exploiter dans les secteurs agricoles qu’il traverserait, notamment en Outaouais et dans la couronne nord de Montréal, où les expropriations qu’a entraînées la construction de l’aéroport de Mirabel ont laissé de douloureux souvenirs, la grogne que l’abandon du projet causerait dans les villes qui bénéficieraient de sa présence pourrait être encore plus coûteuse.
Le bonheur des uns peut faire le malheur des autres. Couper de moitié la durée du trajet entre Montréal et Québec serait assurément bienvenu, dans la mesure où son coût demeure raisonnable, mais qu’arrivera-t-il aux secteurs situés au sud du fleuve où s’arrête présentement le train ?
Le chef du PQ craint surtout que ce nouveau cordon ombilical avec l’Ontario ne nuise au projet indépendantiste, et il a parfaitement raison. Une plus grande proximité ne peut que favoriser l’unité canadienne. Quand il dénonce le nation-building, M. St-Pierre Plamondon reprend simplement l’expression utilisée par M. Carney lui-même et son ministre des Transports, Steven MacKinnon.
Ce projet illustre parfaitement son intention de favoriser une intégration accrue de l’économie canadienne pour contrecarrer les funestes machinations de Donald Trump. Une intégration que souhaitent également le gouvernement Fréchette et le PLQ.
Si Jacques Parizeau était devenu un aussi fervent partisan du libre-échange avec les États-Unis à une époque où le PQ dirigé par Pierre-Marc Johnson s’y opposait, c’est qu’il croyait qu’une dépendance moindre du Québec au marché canadien rendrait la séparation moins inquiétante. On peut comprendre l’actuel chef du PQ de ne pas souhaiter la renforcer.
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L’échéancier du projet de TGV coïncide de façon malencontreuse avec celui qu’il semble avoir en tête pour le référendum. Le début des travaux est prévu pour 2029 ou 2030, soit la période lors de laquelle les Québécois pourraient être appelés à se prononcer sur leur avenir politique. Ce ne serait pas le moment idéal pour leur proposer la séparation.
Bien sûr, rien n’empêche un TGV de traverser des frontières. Si on peut voyager à grande vitesse entre Paris et Bruxelles, Londres ou Barcelone, rien n’empêcherait de le faire un jour de Montréal à Toronto, mais on ne peut pas travailler à un tel rapprochement en même temps qu’on prépare le divorce.
Le Québec n’obtiendra aucune compensation si le TGV est abandonné. En annonçant que son gouvernement s’y opposerait, le chef du PQ envoie cependant le message qu’un Québec souverain utiliserait l’argent qui y serait consacré s’il choisissait de demeurer au Canada à rénover les hôpitaux et les écoles. Ceux qui lui reprochent d’avoir fait virer le PQ à droite devraient se réjouir de le voir privilégier de tels investissements, qui visent davantage l’intérêt du plus grand nombre.
Il y a évidemment un risque de se retrouver Gros-Jean comme devant. Si un gouvernement péquiste n’est pas en mesure de tenir son référendum ou que le Non l’emporte, l’occasion de construire un TGV dont on parle depuis plus de 30 ans aura peut-être été définitivement manquée et les hôpitaux seront toujours en ruines.


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