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Anaïs Maes (Vooruit.brussels) est née et a grandi à Bruxelles. Elle vit dans le quartier des Quais. Dans le collège de la Ville depuis septembre 2023, elle est aujourd'hui échevine de l'Urbanisme, l'Espace public, l'Enseignement néerlandophone et la Mobilité. Depuis son entrée en fonction, elle ne ménage pas ses efforts afin de donner un nouveau souffle à sa ville sur le plan urbanistique, notamment dans le Pentagone. Interview.
Plusieurs projets d'immobilier neuf, avec notamment de nombreux logements, sont en train de transformer le Pentagone. Mais tout cela prend beaucoup de temps…
En fait, pour les chantiers qui se trouvent sur la place de Brouckère et le long du boulevard Anspach, on commence quand même à en voir la fin. Il y a déjà eu les projets "Multi Tower", "OXY". L'hôtel Métropole va ouvrir l'année prochaine. Le projet "Brouck'R" est déjà bien avancé, le projet "The Dome" également. Donc, dans un an, un an et demi, tout cet hypercentre sur cet axe Anspach/De Brouckère va avoir un tout autre aspect. Nous avons été dans des chantiers pendant des années, mais je crois que le résultat va en valoir la peine. On voit la lumière au bout du tunnel.
D'autres grands projets, comme celui du "Lake Side" à Tours & Taxis, prennent beaucoup plus de temps que prévu.
C'est toujours l'impression qu'on a de tous les chantiers. Souvent, cela a l'air d'avancer lentement parce que les travaux préparatoires durent le plus longtemps et sont le moins visibles. C'est comme cela dans des projets d'espace public aussi. On fait d'abord les impétrants (les infrastructures souterraines, câbles et réseaux connectés, notamment, NdlR) avant de refermer le tout. Par la suite, en fait, bâtir quelque chose dans des projets privés ou même publics, c'est la partie du chantier la plus rapide.
"La grande erreur que l'on a faite, par exemple au Quartier Nord, c'est de construire des quartiers mono orientés. Cela ne fonctionne pas."
Pour le projet "Lake Side", on peut avoir l'impression que cela va lentement. C'est un chantier gigantesque, qui va durer des années, mais est en plein essor. Il n'y a pas plus grand projet que le "Lake Side" à Bruxelles. Il bat tous les records, à tous les niveaux. Et sur un projet comme celui-là, il y a toute la préparation, les négociations avec les développeurs qui prennent, en amont, énormément de temps aussi.
La "bête rare", le "joyeux bordel" et "la grande ville de poche": les points à connaître de l'immobilier à BruxellesEn termes de projets neufs, a-t-on atteint une vitesse de croisière qui permettra d'améliorer fortement la situation du logement dans la ville ?
Résoudre la situation du logement, on n'y est pas encore. Mais ce qui me plaît beaucoup dans ces différents projets, c'est qu'on arrive enfin à un objectif urbanistique que je soutiens, celui de la mixité.
Anaïs Maes à propos du projet "Lake Side" à Tour & Taxis: "Il n'y a pas plus grand projet à Bruxelles-Ville. Il bat tous les records, à tous les niveaux". ©lake sideL'histoire urbanistique de Bruxelles n'a pas toujours été belle, si l'on regarde notamment ce qui s'est passé au siècle dernier. La grande erreur qu'on a faite, par exemple au Quartier Nord, c'est de construire des quartiers mono orientés. Cela ne fonctionne pas, il faut avoir des quartiers avec une offre mixte.
Et il faut une offre mixte non seulement dans l'équilibre entre logements, bureaux, services et commerces, mais également dans le segment des logements : cette diversité peut être très large, avec des logements haut de gamme, des logements conventionnés, des logements sociaux, des logements étudiants.
Les Tours Proximus sont (à nouveau) revendues et vont être rebaptiséesEnsuite, cela ne sert à rien de ne vouloir faire que des studios, il faut avoir une diversité d'appartements à une chambre, deux chambres, trois chambres. Cette diversité est une nécessité, aussi bien pour le prix que la gamme d'appartements et leur volume. Et dans les différents projets évoqués, on a obtenu cette mixité.
Cette mixité, devez-vous l'imposer alors que le marché ne la souhaite pas vraiment ?
Il faut négocier. C'est notre rôle en tant qu'institution publique, on doit avoir une vision qui est plus large et qui sert l'entièreté de notre population. Tandis qu'un promoteur, lui, son but c'est d'avoir quelque chose de beau et quelque chose d'intéressant à vendre. Et il faut se trouver dans les négociations. Ce qui fonctionne très bien, c'est quand on négocie et quand on a des allers-retours bien en amont du dépôt du permis. Si l'on doit avoir ces discussions-là en cours de procédure de permis, cela ne fonctionne pas bien. Ce qu'il faut, c'est se voir avant et bien expliquer quelle est la vision de la ville et de la Région, ce que nous attendons pour le quartier concerné.
Les taux d'intérêt élevés jettent un froid sur le marché immobilierPrenez l'exemple du Quartier Nord. Nous ne voyons aucun problème à rénover un building de bureaux, mais il faudra quand même offrir davantage au quartier que seulement du bureau. Il faudra activer le rez-de-chaussée, proposer des logements… Si nous, en tant que Ville et Région, nous ne faisons pas cela, nous allons répéter les erreurs du passé.
Imposez-vous toujours un redimensionnement à la baisse des projets en termes de nombre de logements, comme cela a été fait pour le futur immeuble "Sabon" d'Immobel ?
Non, pas nécessairement. La question n'est pas seulement celle du nombre de logements. Il faut qu'un bâtiment s'intègre dans son tissu urbain. Et d'autre part, il faut que ces logements soient de qualité. La recherche de cet équilibre, l'intégration du bâti dans ce qui existe déjà et la qualité du logement sont définies en cours de route. Et le nombre de logements et de chambres peut être adapté en conséquence lors de ces discussions-là.
Châtelain-Brugmann : le "petit Paris" toujours aussi prisé des Français de BruxellesEn ce qui concerne l'aménagement de l'espace public, quelles sont les zones qui, aujourd'hui, constituent votre priorité ?
Il y a bien entendu le Sablon. Mais il y en a d'autres, notamment dans le Pentagone : le nouveau Marché aux Grains pour lequel le permis a été déposé ; le Marché au Bois sur lequel on travaille pour pouvoir suivre la fin des travaux de la Stib à la gare Centrale par un réaménagement de la surface ; la place du Congrès en vue du Bicentenaire de la Belgique…
Vous travaillez aussi à la verdurisation des quartiers…
Il y a effectivement de nombreux projets de verdurisation. Le réchauffement climatique est là, il faut qu'on attaque cela de toutes les manières possibles. Et depuis mes compétences, la meilleure façon de protéger les habitants de la ville, c'est en faisant en sorte qu'il y ait plus d'arbres, plus de verdure et qu'il y ait davantage de "pleine terre" (un sol naturel en contact direct et continu avec le sous-sol profond, NdlR) parce qu'il n'y a pas seulement le problème de la chaleur, mais aussi celui de la gestion des eaux.
"La population se rend très bien compte qu'un arbre planté ici ou là, cela peut déjà changer beaucoup de choses."
Plusieurs microprojets ont été réalisés dans ce qu'on appelle effectivement des "masterplans verdurisation", notamment à Laeken, densément peuplé mais très sensible aux inondations. Mais dans le quartier européen, des travaux sont aussi menés, par exemple rue Guimard pour planter davantage d'arbres et leur donner plus de place et de "pleine terre".
J'ai également demandé à nos services d'attaquer vraiment le Pentagone, qui est densément peuplé et où il y a encore vraiment des opportunités pour verduriser. On a déjà planté des arbres rue du Boulet, rue de la Braie, au Vieux Marché aux Grains…
Coup dans l'eau des bailleurs dans leur combat contre la grille des loyers à BruxellesEt un plan a été présenté récemment pour le quartier du Marais, entre la place des Martyrs, Pacheco et la petite ceinture derrière City 2. C'est un quartier qui était vraiment monofonctionnel au XXe siècle, un quartier de bureaux. Mais dans les dernières décennies, plusieurs bâtiments de bureaux ont été reconvertis en logements. C'est donc un quartier où il y a de plus en plus d'habitants. Mais l'espace public est encore pensé pour les travailleurs. Nous avons donc proposé un plan de verdurisation pour tout le quartier. Et les réunions avec les riverains ont été fantastiques, alors que ce n'est généralement pas facile. Il y avait 70 ou 80 personnes présentes et toutes hyper enthousiastes, même quand on leur a proposé de supprimer des places de parking pour planter davantage d'arbres. La population se rend très bien compte qu'un arbre planté ici ou là, cela peut déjà changer beaucoup de choses. Et si on multiplie ces efforts, cela peut apporter de la fraîcheur dans les quartiers densément habités.
Dans votre compétence en matière d'urbanisme, il y a évidemment le dossier ultra-sensible des permis. Le marché immobilier se plaint de la lenteur avec laquelle les permis sont délivrés. La Région bruxelloise promet d'accélérer les procédures. Que pouvez-vous faire au niveau de la Ville ?
L'accélération est surtout voulue au niveau de la Région bruxelloise. La secrétaire d'État en charge de l'Urbanisme, Mme Henry, a clairement demandé à son administration, urban.brussels, d'accélérer les procédures. Nous, en tant que Ville, on suit le Cobat (Code bruxellois de l'aménagement du territoire, NdlR). On en suit les règles et les délais. Mais il faut aussi veiller à ce que chaque dossier soit analysé correctement et en profondeur.
Crise du logement à Bruxelles : donnez-nous juste le droit de construire !Si on va trop vite, je crois qu'en fait, on ne va pas gagner du temps parce qu'on va se retrouver avec des problèmes plus tard dans la procédure. Et ce dont je suis convaincue, c'est que le plus gros gain de temps, il est en amont du dépôt du permis : si un promoteur ou même l'institution publique fait des réunions de projet, parle bien avec les administrations, se rend surtout compte de ce qui est réaliste dans son projet selon les règles et écoute bien ce que les administrations lui disent, alors délivrer un permis peut aller comme une lettre à la poste. Mais pour ce faire, il faut que tout soit bien préparé assez tôt et cela se fait en se parlant entre les différents interlocuteurs concernés.
Et enfin, il ne faut surtout pas oublier qu'une grande partie des retards est due aux recours (principalement des riverains, NdlR).
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