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”Ils veulent tout casser” : les commerçants bruxellois craignent de nouveaux pillages ce week-end

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Ce mercredi matin, une atmosphère particulière, presque lourde, se dégage de la rue Neuve à Bruxelles. Sous un ciel gris, ce mercredi, des employés de magasins installent des panneaux en bois sur leurs vitrines. "On dirait que c'est en travaux ou fermé. Heureusement que j'ai vu la petite affiche invitant à entrer dans le magasin sinon je n'y aurais pas mis les pieds", observe un touriste québécois tandis qu'il se tient devant le magasin de beauté Yves Rocher. Le Canadien n'est manifestement pas au fait de l'actualité sociale lourde qui secoue la Belgique depuis quelque temps et qui a entraîné dans son sillage des dégradations de certaines enseignes.

Les commerçants du centre de Bruxelles se barricadent car ils redoutent une nouvelle journée chargée de violence ce samedi 24 octobre.

La rue Neuve saccagée et pillée samedi prochain en marge de la manifestation? Des enseignes s'y préparent, l'échevin du Commerce réagit

Pas de manifestation prévue

Pour l'heure, aucune demande officielle de manifestation n'a été déposée pour ce jour-là, affirme le cabinet du bourgmestre de Bruxelles-Ville, Philippe Close (PS). Mais selon les commerçants que nous avons rencontrés, des appels anonymes à se rassembler circulent sur les réseaux sociaux. "J'ai vu sur TikTok que certains jeunes appellent à se rassembler ce samedi à la gare centrale, pour se diriger vers la rue Neuve ensuite. Ils veulent tout casser", déplore une vendeuse d'Yves Rocher. La Libre n'a néanmoins pas pu identifier la source de ces appels aux troubles.

Rue Neuve, les commerces se protègent avant la manifestation de ce samedi 24 octobre.Les magasins doivent afficher qu'ils sont ouverts sur leur devanture au risque de perdre de la clientèle. ©Ennio Cameriere

De telles invitations avaient déjà circulé les week-ends du 9 et 17 octobre. Le week-end passé, des débordements dans le centre de Bruxelles, notamment à la rue Neuve avaient conduit à l'arrestation de 19 suspects, dont 8 mineurs, selon le parquet de Bruxelles. Les magasins de mode sportifs Nike et JD Sports ont été vandalisés et pillés. "C'est très triste car cela n'a rien à voir avec les manifestations et les revendications qui secouent la France et la Belgique. Les casseurs sont surtout des jeunes mecs qui veulent se défouler", constate une vendeuse d'Yves Rocher. Tandis que les employées de la bijouterie Pandora, à quelques pas de là, dressent le même constat. "Nous n'avons pas encore eu de problème. Les bijoux de femmes, cela ne les intéresse pas. Ces casseurs ne s'attardent pas sur nous, et c'est tant mieux !", constate l'une d'entre elles.

Une nouvelle manifestation ce samedi 24 octobre à Bruxelles ? Des appels anonymes de rassemblements circulent sur les réseaux sociaux

Un manque à gagner

Le week-end dernier, Yves Rocher a été victime de groupes de jeunes qui voulaient forcer la porte du magasin. "La police nous a mis en garde contre le fait que ces jeunes pilleurs se focalisent surtout sur les magasins de mode type JD Sport, Nike ou encore Courir. Mais les magasins de cosmétiques sont sujets au vol de caisse aussi. Donc on n'a pas d'autre choix que de se montrer prévoyant", explique le gérant. Son magasin est donc barricadé, ne laissant visible que la porte d'entrée. Ce qui fait perdre à la boutique énormément de clientèle. Le gérant estime ainsi à 15 % la baisse de son chiffre d'affaires depuis samedi dernier, date à laquelle il a dû fermer ses portes une grosse partie de l'après-midi. "On sera ouvert ce samedi, même si l'équipe n'est pas forcément à l'aise à cette idée. Il y a beaucoup de stress. Mais on avisera."

L'enseigne de vente de chaussures et vêtements sportifs JD Sport confirme avoir été vandalisée le week-end dernier. Ses employés sont sommés de ne pas faire de commentaires à ce sujet à la presse. Mais les vendeurs confient tout de même que l'atmosphère est lourde dans le magasin. "Pour ce samedi, on a prévu d'augmenter la sécurité avec plus d'agents. Et si besoin, j'irai leur filer un coup de main", confie un employé anonyme.

Installé à quelques pas de là, le magasin Nike affirme avoir également été victime de vandalisme et de pillage. "On nous a dérobé plus de soixante articles", déplore un employé, Junior, qui fera également appel à des agents de sécurité supplémentaires ce samedi. "Et ce, jusqu'après la fermeture", complète-t-il. Son magasin est lui aussi barricadé, freinant l'entrain de certains clients. "On subit des milliers d'euros de perte par jour à cause de cela. Imaginez les touristes qui viennent dans cette rue et ne connaissent pas encore le quartier. Ils n'ont pas envie de rentrer dans notre magasin. C'est très triste."

Solidarité entre commerçants

Pour ce week-end et pour beaucoup d'autres, Junior compte sur la solidarité entre les commerçants locaux. "On communique énormément entre nous, on essaie aussi de s'entraider. Mais je crains quand même pour la sécurité de mes employés, ajoute-t-il, tandis qu'il témoigne de la solidarité déjà bien présente au cœur de son quartier. On s'appelle, on s'informe mutuellement sur l'évolution de la situation et, au besoin, on file un coup de main aux confrères."

Et les vendeuses de chez Pandora d'enchérir : "Lorsqu'il y a des manifestations ou des événements particuliers, les vigiles ont toujours tendance à passer nous voir pour être certains que tout va bien. Il y a une vraie entraide. Enfin, on peut être rassurées car nos portes et vitres sont très résistantes. Dans le pire des cas, on fermera nos portes. Et puis, on a une sortie de secours pour quitter les lieux au besoin", confient-elles avec un sourire ne dissimulant pas leur désarroi.

Une nouvelle manifestation ce samedi 24 octobre à Bruxelles ? Des appels anonymes de rassemblements circulent sur les réseaux sociaux

Quelles réponses ?

L'échevin du Commerce de la Ville de Bruxelles, Didier Wauters (Les Engagés), s'est exprimé sur ces appels à une nouvelle manifestation que les réseaux sociaux qualifié d'"Acte II". "Le droit de manifester est un droit fondamental", a indiqué l'échevin à Belga. Mais cela ne peut en aucun cas être interprété comme le droit de vandaliser l'espace public, de s'en prendre à l'intégrité physique ou aux commerces des entrepreneurs."

La zone de police Bruxelles Capitale Ixelles, de son côté, communique très sobrement sur les craintes des commerçants. "Nous prenons tous types d'appels au sérieux. Que ce soit à manifester ou à venir casser. Et en fonction, nous adaptons notre stratégie", nous écrit-elle.

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