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Les ambitions présidentielles de Tucker Carlson

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Cette semaine, le site de paris en ligne Polymarket a vu ses curseurs osciller entre 16 % et 50 % sur la probabilité que Tucker Carlson, porte-voix de la droite radicale américaine, annonce sa candidature à un poste électif aux États-Unis d’ici le 30 juin prochain.

Même si le mois dernier, dans une entrevue accordée à The Economist, l’homme a rejeté l’idée de briguer l’investiture républicaine en vue de la prochaine présidentielle, les ambitions politiques de l’ex-journaliste de Fox News et ex-fidèle parmi les fidèles de Donald Trump refont fortement surface, après sa rupture spectaculaire des derniers jours avec le président américain. Le schisme s’alimente depuis des semaines d’une guerre en Iran dont le lancement et l’enlisement sont mal digérés par plusieurs militants du trumpisme.

« Je crois savoir parfaitement ce qui se trame : il se présente à la présidentielle », a laissé tomber la semaine dernière le commentateur politique américain Scott Galloway dans son balado Pivot, dans la foulée de plusieurs déclarations étonnantes de Tucker Carlson. « À l’heure actuelle, [il] est le candidat républicain le plus probable pour 2028. Mettez-le sur une scène face à [Marco] Rubio [chef de la diplomatie américaine] et [J.D.] Vance [vice-président des États-Unis et favori dans la course à la succession de Donald Trump], et il les mettra en pièces. »

Tucker Carlson semble en effet vouloir placer son incroyable influence auprès de l’électorat de la droite américaine sur une autre trajectoire. La semaine dernière, il a consommé son divorce avec Donald Trump, après plusieurs désaccords exprimés à maintes reprises publiquement depuis la reprise brutale du pouvoir par le populiste, en affirmant qu’il allait être « hanté » longtemps par l’appui qu’il a accordé à l’ex-vedette de la téléréalité dans son ascension vers le sommet de l’État.

Sur les ondes de Fox News, où il a déjà régné en maître quasi absolu, Tucker Carlson a offert un soutien sans retenue à Trump en 2016 contre Hilary Clinton, se faisant un des plus puissants propagateurs des théories complotistes et réalités alternatives ayant ouvert la route du magnat de l’immobilier vers la victoire.

Malgré son départ du réseau Fox News en 2023 et une distance qui s’est installée par la suite entre les deux hommes, Tucker Carlson a repris le bâton du pèlerin de la radicalité pour répandre la parole du mouvement MAGA en 2024 auprès des cinq millions d’abonnés à sa chaîne YouTube. Il était aussi de tous les grands rassemblements politiques républicains qui ont précédé le retour au pouvoir de l’extrême droite aux États-Unis, vantant les « qualités humaines » et la « grande empathie » de Donald Trump, « une personne formidable », selon lui.

« Je tiens à présenter mes excuses pour avoir induit les gens en erreur. Ce n’était pas intentionnel », a dit le 20 avril dernier l’influenceur politique dans son célèbre balado, où il se mettait en scène dans une conversation avec son frère Buckley, ancien rédacteur de discours pour des républicains. « Toi, moi et tous ceux qui l’ont soutenu […] nous sommes assurément responsables de la situation actuelle », a-t-il dit, parlant entre autres de l’affront d’une guerre américaine déclenchée en Iran et de la manière dont Donald Trump se serait fait embarquer dans ce conflit par le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou.

Douleur et trahison

« Ce n’est pas la première fois que Tucker prend ses distances de Trump », résume en entrevue Jason Zengerle, journaliste politique au New Yorker et auteur de la plus récente biographie du trublion de la politique américaine : Hated by All the Right People : Tucker Carlson and the Unraveling of the Conservative Mind (traduction libre : Haï par toutes les bonnes personnes. Tucker Carlson et le délitement de l’esprit conservateur). « En 2020, pendant la pandémie de COVID-19 et les manifestations du mouvement Black Lives Matter, il a confié à son entourage que Trump était une tragédie. Le fait qu’il s’en éloigne à nouveau n’est donc pas surprenant ; ce qui l’est, par contre, c’est la véhémence de ses attaques. »

Un sentiment de trahison face à l’engagement des États-Unis dans la guerre en Iran guide cette nouvelle rupture. Depuis mars dernier, Tucker Carlson se fait ainsi le porte-voix d’une dissidence de plus en plus audible dans le mouvement MAGA qui dénonce le « va-t-en-guerrisme » d’un président qui a pourtant séduit un électorat frustré par la vieille politique en promettant de retirer le pays de conflits lointains pour mieux mettre l’intérêt de l’Amérique et des Américains au premier plan.

« Il croit sincèrement que Trump les a trahis, lui et le mouvement MAGA, en déclarant la guerre à l’Iran », commente M. Zengerle, tout en disant assister actuellement à la mutation du personnage, de figure médiatique à aspirant leader d’un mouvement politique. « Tucker croit que le mouvement MAGA n’est pas fondé sur un culte de la personnalité, celle de Donald Trump, mais sur un régime idéologique doté de principes fondamentaux, dont l’anti-interventionnisme et l’isolationnisme », qu’il pourrait prétendre à l’avenir pouvoir incarner mieux que d’autres.

Vœux renouvelés

En 1999, Tucker Carlson avait déjà songé à prendre part à la course à la Maison-Blanche de l’année suivante, à la tête du parti réformisme. Il avait reculé devant l’ascension de George W. Bush et de faibles perspectives de victoire.

Mettre ses ambitions présidentielles au jour n’est pas un pari sans risque pour l’influenceur, face à un mouvement que les nombreuses scissions internes n’ont jamais vraiment réussi à affaiblir.

La popularité de Trump a légèrement diminué chez les républicains depuis le début de l’année, mais elle reste équivalente à celle exprimée en juin 2023, alors qu’il devenait le premier président inculpé devant la justice américaine, indiquent les données de la Marquette Law School. Ses fidèles ne semblent d’ailleurs pas se formaliser de la guerre ouverte du président avec le pape Léon XIV. À la mi-avril, un sondage de Fox News indiquait que son taux d’approbation restait toujours élevé, à 51 % auprès de l’électorat catholique.

Si la guerre en Iran et ses conséquences néfastes sur les finances des ménages américains devaient perdurer, Carlson pourrait toutefois en tirer profit en affirmant s’y être toujours opposé, face à des candidats comme Marco Rubio et J.D. Vance qui, malgré eux, ont été projetés dedans par Donald Trump. Le vice-président y a même vécu une humiliation de la part des négociateurs iraniens au début du mois, ayant été incapable de trouver avec eux une porte de sortie à cette crise.

« Tucker met aujourd’hui à rude épreuve sa conviction que le mouvement MAGA peut exister sans Donald Trump, dit Jason Zengerle depuis la Caroline du Nord, où Le Devoir l’a joint il y a quelques jours. J’ai peur que cela tourne mal pour lui. »

Et il ajoute : « Mais, en même temps, Tucker a vu juste sur bien plus de choses que moi au cours des dix dernières années, alors je ne me fierais pas trop à ma prédiction. »

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