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Dimanche soir, au festival d'Avignon, c'était la colère qui s'exprimait. Devant les 2 000 spectateurs en Cour d'honneur, des artistes réunis sur scène ont dénoncé "des attaques budgétaires d'une brutalité inédite". Le même jour, au théâtre des Doms, de la Communauté Wallonie-Bruxelles (CWB), des artistes belges ont accueilli par une manifestation la visite de la ministre-présidente Elisabeth Degryse (Les Engagés).
L'occasion d'interroger Sandrine Bergot, la directrice des Doms, pour sa deuxième saison à Avignon.
"De fait, l'inquiétude est vive tant en France qu'en Belgique. Tout le secteur a peur et à juste titre. En Belgique, le règlement sur le minerval étudiant concerne aussi les écoles de théâtre et la réforme des pensions va toucher de plein fouet les artistes. "
2025, première saison de Sandrine Bergot au Théâtre des DomsIl y a aussi la peur en France de l'arrivée du RN au pouvoir. "On le sent déjà. La municipalité RN de Castres a censuré un spectacle d'Alexis Michalik centré sur les sans-papiers. Quand on censure un spectacle sur base de son seul sujet, c'est déjà une forme de fascisme."
La situation budgétaire difficile des théâtres en France, avec leurs budgets rabotés par les différentes autorités, a-t-elle un impact sur les achats de spectacles aux Doms ?
Sandrine Bergot, directrice du Théâtre des Doms. ©copyright Barbara Buchmann"Je me suis demandé à quel point les programmateurs français seraient frileux à acheter des programmes belges. C'est trop tôt pour le dire, mais la situation budgétaire de ces théâtres justifie encore plus pleinement d'avoir une tribune belge pendant le festival d'Avignon. Car ces théâtres ne peuvent plus se payer le luxe de se déplacer en Belgique pour voir des spectacles. C'est plus efficace d'être ici, 'à domicile', pour découvrir nos créations."
Un succès constant
Un article dans Le Monde avait salué la différence apportée par les Doms. "Tous les artistes veulent en priorité venir aux Doms, car, alors que jouer au festival d'Avignon coûte très cher, cela leur coûte bien moins s'ils sont sélectionnés aux Doms. Non seulement ils ne doivent pas payer leur participation mais, en plus, on paye une bonne part de leurs frais, et on leur offre des services techniques, de communication, d'affichage, de 'tractage' dans les rues d'Avignon."
Un séjour à Avignon est devenu assez coûteux.
Onze spectacles ont été choisis cette année parmi 170 candidatures rentrées par les compagnies liées à la CWB. "Les candidats doivent s'engager à pouvoir adapter leur spectacle à la scène des Doms et à être disponibles dans les années qui suivent puisque passer aux Doms est une vraie mise en marché et que leur spectacle peut tourner éventuellement les deux ou trois années qui suivent. L'an dernier, La sœur de Jésus-Christ a connu un énorme succès et ils sont partis sur plusieurs années de tournée grâce à leur passage à Avignon."
Qui est Félix Vannoorenberghe, ce comédien belge que la presse française encense à Avignon?En 2002, Philippe Grombeer montait l'escalier des DomsCette année le très réussi seule-en-scène Pepée, une histoire sans chute affiche complet pour une bonne partie du festival, avec chaque jour une file d'attente. "D'autres démarrent très fort, comme Opéra Punk joué dans le jardin, Rumba avec David Murgia, ou Exhibit A."
"Je réveillais ma mère au volant à un feu rouge parce qu'elle était ivre"Le seul nom des Doms attire déjà le public qui vient en confiance, se félicite Sandrine Bergot. "Il y a aussi le bouche à oreille, très important à Avignon, où tout le monde se parle, conseille ou déconseille. C'est assez mignon."
La canicule influence-t-elle le festival ? "Si je compare à l'année dernière qui fut de l'avis de tous à Avignon, exceptionnelle avec une très haute fréquentation, cette année est jusqu'ici, légèrement en dessous. On sent qu'il y a globalement moins de monde à Avignon. La canicule a joué et aussi, peut-être, hélas, le pouvoir d'achat qui a diminué. À Avignon, les loyers ne cessent d'augmenter, les transports sont chers. Un séjour à Avignon est devenu assez coûteux."
Y a-t-il une spécificité du théâtre belge francophone qui attire les programmateurs et le public français ? "Je cite régulièrement le mot 'audace', car, souvent, les créateurs belges osent des formes inattendues, des sujets brûlants d'actualité. Récemment, des Français – programmateurs, journalistes – sont venus avec le mot 'généreux' et c'est vrai qu'il y a une générosité avec un investissement à 300 %. Les acteurs et actrices sur le plateau sont à fond, dans une grande générosité de leur art, de leur implication et cela plaît, car c'est moins courant ou moins visible dans les productions françaises."
Lundi soir, on apprenait la mort d'Hervé Hasquin, l'occasion de rappeler que c'est à son initiative que la Communauté française a acheté le théâtre des Doms ouvert en 2002.
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