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Le pipeline Keystone XL refait surface dans les tensions entre le Canada et les États-Unis

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Dans le cadre des négociations douanières avec le Canada, Donald Trump brandit à nouveau la résurrection du défunt projet Keystone XL, aujourd'hui réincarné à travers un projet similaire, mais plus modeste : le Prairie Connector.

Mardi soir, sur sa plateforme Truth Social, le président américain a affirmé qu'un accord commercial permettrait au pipeline Keystone XL, tué il y a longtemps par Joe Biden, de ressusciter d'entre les morts.

Ce nouveau projet d'oléoduc transfrontalier est géré par South Bow Corp., issue de la scission de TC Énergie en 2024, et par l’américaine Bridger Pipeline LLC.

Du côté américain, Bridger Pipeline envisage de construire un pipeline de 1038 km à partir du comté de Phillips, au Montana, vers la ville de Guernsey, dans le Wyoming.

Du côté canadien, le pipeline réutiliserait environ 150 km de canalisations déjà posées et autorisées en Alberta et en Saskatchewan lors du chantier initial de Keystone XL.

L'oléoduc entier acheminerait 550 000 barils de brut lourd par jour de l’Alberta vers le Wyoming.

Le permis transfrontalier de Briger a été signé par Donald Trump en avril 2026 et qualifié par son propre personnel de semblable à l’ancien Keystone XL.

De son côté, le premier ministre canadien Mark Carney s’est réjoui mercredi sur les réseaux sociaux des progrès importants accomplis dans le cadre des négociations bilatérales. Il affirme que le pays se dirige vers un accord garantissant les meilleures conditions possibles dans chacun des secteurs stratégiques les plus importants pour le Canada et en apportant davantage de certitude quant à [ses] futures relations commerciales.

Prudence et scepticisme

Malgré l’enthousiasme politique, le scepticisme domine chez les investisseurs canadiens.

Dennis McConaghy, ancien dirigeant d’entreprise énergétique canadienne, affirme : Il y a toujours de l’imprécision lorsque Donald Trump s’exprime.

Le souvenir de l’annulation de Keystone XL par Joe Biden en 2021, qui a laissé une ardoise d'environ 2,2 milliards de dollars à TC Énergie et environ 1,3 milliard de dollars aux contribuables albertains, reste vif.

Charles St-Arnaud, économiste en chef de Service Credit Union, affirme que tout promoteur privé va demander des garanties que le projet ne sera pas annulé une nouvelle fois, rappelant qu’il ne reste que deux ans au mandat de Donald Trump avant une possible alternance démocrate.

Gitane De Silva, directrice de l’École de politique et de démocratie de l’Université de l’Alberta, dit pour sa part : La question est vraiment de savoir ce que les Américains sont prêts à faire, si les États soutiennent un nouveau tracé et s’ils peuvent obtenir les permis et le construire rapidement.

Contacté à ce sujet, le porte-parole de Bridger Pipeline, William Salvin, a refusé tout commentaire, se limitant à déclarer qu'il s'agit d'une histoire politique entre deux nations souveraines.

Défis juridiques et rentabilité

Le projet doit encore surmonter des défis juridiques et commerciaux similaires à la pluie de poursuites et de recours environnementaux qui a harcelé Keystone XL durant des années, comme l'affirmait en avril James Coleman, professeur de droit de l’énergie à l’Université du Minnesota.

South Bow Corp., qui prévoit une décision définitive d’investissement l’an prochain, se concentre pour l’instant sur l’affinement des coûts et l’obtention de permis durables, selon son directeur général, Bevin Wirzba.

Au-delà de la politique, c’est la rentabilité même du projet qui suscite des doutes.

Pour justifier un nouvel oléoduc de cette capacité, la production canadienne de brut lourd doit augmenter considérablement.

Or, les géants des sables bitumineux, comme Suncor et Canadian Natural Resources, privilégient désormais la discipline financière plutôt que des projets d’expansion coûteux.

De plus, de récentes infrastructures comme Trans Mountain se disputent déjà les volumes existants, ce qui pousse l'économiste Charles St-Arnaud à s'interroger sur la capacité du Canada à accroître suffisamment sa production pour assurer la rentabilité de tous ces pipelines concurrents.

Selon lui, les États-Unis cherchent stratégiquement à garantir leur approvisionnement, leurs propres réserves ne représentant qu'environ 10 ans de production au rythme actuel.

Gitane De Silva estime que le projet est tout à fait possible si le président américain met tout le poids de sa fonction derrière lui pour que ce pipeline zombie sorte enfin de terre.

Avec les informations de La Presse canadienne, de l'agence Reuters, de Kyle Baxx et de Julia Wong

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