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Le meurtrier Clinton Gayle n’est pas prêt pour être libéré, dit un tribunal administratif

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La Commission des libérations conditionnelles du Canada a remis ses raisons pour lesquelles elle a refusé pour la quatrième fois de libérer le meurtrier Clinton Gayle. Elle explique que l'individu représente toujours un danger pour le public, au Canada comme en Jamaïque, et que son éventuelle réinsertion sociale dans son pays natal ne pourra pas être soumise à une surveillance en bonne et due forme.

Le Jamaïcain a été entendu le 31 juillet au cours d'une longue audience de la Commission dans une prison de Colombie-Britannique. Il avait déjà été entendu devant en 2019, 2021 et 2024.

Clinton Gayle a seulement réussi au fil des années à être transféré d'un pénitencier à sécurité maximale à un établissement à sécurité moyenne avant d'aboutir dans une prison à sécurité minimale.

Des bâtisses derrière une double clôture de barbelés avec en arrière-plan une montagne couverte de forêt.

La prison Mission, en Colombie-Britannique, où Clinton Gayle suit depuis deux ans des programmes de réinsertion sociale; il avait complété son secondaire dans un autre pénitencier.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Le meurtrier de 58 ans a été condamné en 1994 à la perpétuité sans droit de libération conditionnelle avant 25 ans pour le meurtre prémédité de l'agent Todd Baylis et de tentative de meurtre contre le coéquipier de la victime, Mike Leone, à Toronto.

Les deux policiers étaient une patrouille dans un complexe de logements sociaux de Toronto, lorsqu'ils sont tombés sur Clinton Gayle, un trafiquant de drogues.

Le procès avait montré que le vendeur de crack ne voulait pas que les deux policiers découvrent qu’il avait été libéré sous caution, qu’il lui était interdit de posséder une arme et qu’il faisait l’objet d'un avis d'expulsion des autorités de l'immigration après avoir été passé inaperçu pendant des années.

Après son procès, le meurtrier avait perdu son appel. Pendant des décennies, il a soutenu en vain qu'il avait agi par légitime défense.

Raisons du tribunal administratif

La Commission explique que Clinton Gayle conteste toujours le témoignage du policier survivant et les preuves de la Couronne présentées lors du procès devant jury.

Elle l'accuse d'avoir à nouveau changé sa version des événements en présentant une nouvelle explication des faits du 16 juin 1994.

Vous avez affirmé que les victimes s’étaient ruées sur vous et que vous vous êtes enfui. Vous avez déclaré qu’une altercation avait éclaté et que vous aviez réussi à vous échapper après avoir eu l’impression d’avoir été atteint par balle dans le dos. Vous avez alors dit que vous aviez commencé à tirer à l’aveugle dans leur direction, résume-t-elle.

À sa première audience, Clinton Gayle a admis pour la première fois qu’il avait paniqué en ouvrant le feu sur les deux policiers.

Un portrait de Cory (à gauche) et de Todd Baylis.

Cory Baylis avait affirmé lors de l'audience du 31 juillet 2026 qu'il ne connaîtra jamais les enfants de son frère, qu'il ne pourra non plus lui rendre visite à Noël et qu'il a même oublié à quoi il ressemblait sans l'aide de photos.

Photo : Avec l’autorisation de Cory Baylis

Deux ans plus tard, il est revenu à sa thèse initiale du procès, selon laquelle il s’agissait d’un acte de légitime défense.

À son avant-dernière audience, il avait déclaré qu’il ne voulait pas que la police le surprenne avec de la drogue en sa possession et qu’il avait donc tiré par impulsivité et sans réfléchir.

Clinton Gayle a dernièrement affirmé qu’il pensait que sa vie était en danger et qu’il se croyait justifié d’ouvrir le feu sur les deux agents.

Retour impossible en Jamaïque

La Commission affirme ensuite que Clinton Gayle représente toujours un danger pour le public, au pays comme en Jamaïque, et que son risque de récidive, bien que faible, demeure.

Elle cite particulièrement son manque d'introspection pour expliquer que le meurtrier n'est pas tout à fait prêt à obtenir une libération conditionnelle, même une semi-liberté de jour.

En ce qui concerne votre prise de conscience des faits, la Commission est très préoccupée par les explications divergentes que vous avez fournies au sujet des infractions à l'origine de votre incarcération, mentionne-t-elle.

La Commission rappelle qu'elle préfère se rapporter aux conclusions du tribunal de première instance et de la cour d'appel, qui sont plus fiables et plus convaincantes que sa dernière version des faits.

Le corridor d'une prison avec à gauche un gros plan sur les barreaux d'une cellule.

Clinton Gayle pourra à nouveau formuler une demande de remise en liberté complète devant la Commission dans deux ans.

Photo : Radio-Canada

Vous acceptez la responsabilité des conséquences de vos actions, mais les explications divergentes que vous avez fournies rendent très difficile, voire impossible, pour la Commission, d'évaluer si vous comprenez les raisons pour lesquelles vous avez agi ainsi, souligne-t-elle.

La Commission écrit qu'elle doit aussi prendre en compte la protection de la société jamaïcaine dans l'éventualité où Clinton Gayle était libéré et renvoyé chez lui, même si elle dit apprécier le soutien de sa famille sur place.

Les conditions que la Commission impose ne sont pas exécutoires en Jamaïque… force est de constater que l’effet dissuasif d’un retour en prison, en cas de non-respect d’une condition ou d’adoption d’un comportement à risque, est tout simplement inexistant en Jamaïque, déclare-t-elle.

Un homme regarde des photos de famille éparpillées sur une table.

Cory Baylis, que l’on voit chez lui en 2019, affirme que Clinton Gayle a plongé sa famille dans le désespoir et la détresse. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Kelda Yuen

La protection de la société est primordiale et l'emporte à l'heure actuelle [sur tout autre facteur se rapportant à votre dossier], déclare-t-elle.

La Commission note ainsi que les conditions particulières qu'elle lui imposerait à sa sortie de prison ne seront pas applicables s'il devait être expulsé en Jamaïque, puisqu'aucun agent de probation canadien ne peut y assurer un suivi au sujet de sa réinsertion sociale.

En pratique, vous serez remis en liberté sans surveillance officielle de l'État ni condition particulière, dit-elle.

Les inquiétudes de deux familles

La Commission rappelle, enfin, à la relecture des lettres des familles des victimes que le crime de Clinton Gayle a eu un impact dévastateur et persistant sur elles et qu'elles s'opposaient à toute forme de remise en liberté.

La famille Bayliss et Mike Leone avaient affirmé, lors de la dernière audience, que le meurtrier n'avait toujours pas changé et qu'il ne fait toujours preuve ni de prise de conscience ni de remords.

La douleur, la colère, le sentiment de perte et la tristesse qu'éprouvent la famille Bayliss et Mike Leone restent vifs et accablants plus de trente ans plus tard, précise le tribunal administratif indépendant.

La Commission conclut qu'il subsiste un risque de danger et de récidive malgré les progrès significatifs qu'il a montrés en détention ces dernières années.

En cas de semi-libération conditionnelle, vous présenteriez un risque inutile pour la société en récidivant et votre libération ne contribuerait pas à protéger la société en favorisant votre réinsertion comme un citoyen respectueux des lois, écrit-elle.

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