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Le long métrage indien Satluj, mettant en vedette la superstar sikhe Diljit Dosanjh, suscite un engouement important au sein de la diaspora sikhe au Canada. Récemment banni en Inde, le film fait l’objet de projections publiques dans l’Ouest canadien.
Inspiré de faits véridiques, Satluj raconte l'histoire de Jaswant Singh Khalra, un militant des droits de la personne. Dans les années 1990, ce directeur de banque a commencé à enquêter sur les disparitions forcées et les meurtres extrajudiciaires de civils sikhs commis par la police au Pendjab.
Ses recherches ont révélé l'existence d'environ 25 000 corps non identifiés incinérés secrètement par les forces de l'ordre indiennes. En 1995, Jaswant Singh Khalra a lui-même été enlevé et assassiné par la police à la suite de ses découvertes. Un crime pour lequel cinq policiers ont été condamnés à la suite d'une enquête indépendante.
Lancé sur une plateforme de diffusion numérique en Inde début juillet, le film a rapidement été retiré à la suite de l’intervention du gouvernement.
Une production qui dérange
C'est un film sur un mouvement d'insurgence séparatiste, c'est un peu comme un film sur octobre 70 qui va jouer au Québec, explique le chercheur Mathieu Boisvert, directeur du Centre d’études et de recherches sur l’Inde, l'Asie du Sud et sa diaspora à l’UQAM, pour expliquer la controverse autour du film Satluj.
Initialement sélectionné pour le Festival international de film de Toronto (TIFF) en 2023 sous le titre Punjab ‘95, le film, qualifié de potentiellement incendiaire par le magazine Variety, avait ensuite été retiré de la programmation.

La superstar sikhe Diljit Dosanjh, ici en concert à Vancouver, tient le rôle principal dans le film « Satluj ».
Photo : Radio-Canada / Ben Nelms/CBC
En Inde, le film a eu maille à partir avec le Bureau central de certification des films (CBFC), qui autorise la diffusion à la télévision ou sur grand écran.
Et le gouvernement indien, qui ne reconnaît aucune mouvance séparatiste indépendantiste sur son territoire, va interdire ce film, explique Mathieu Boisvert.
Face à l’impasse, les producteurs ont contourné l'approbation officielle en lançant l'œuvre directement sur la plateforme de diffusion numérique ZEE5, le 3 juillet dernier, sous son nouveau titre, Satluj. Moins de 48 heures plus tard, le gouvernement indien a ordonné le retrait immédiat du film.
Un responsable gouvernemental, cité par le quotidien The Indian Express, a justifié cette directive par des préoccupations de sécurité, alléguant que le long-métrage pourrait raviver les tensions régionales et les sentiments indépendantistes pro-Khalistan.
Le choc du mythe fondateur
Selon Mathieu Boisvert, la trame narrative de Satluj dérange parce qu'elle propose un mythe fondateur de l'histoire récente qui s'oppose radicalement au discours idéologique mis de l'avant par le parti nationaliste au pouvoir, le BJP.
Aux yeux du gouvernement indien, toute portion du territoire indien est insécable explique-t-il. C'est un film sur l'insurrection séparatiste au Punjab indien dans les années 1980 à 1990, et c’est un mouvement qui est considéré comme étant terroriste, antiétatique.
Le journaliste indépendant britanno-colombien Gurpreet Singh rejette toutefois l'argument sécuritaire de l'État indien, affirmant qu'il s'agit d'une campagne de désinformation. Selon lui, le gouvernement cherche plutôt à induire la population en erreur pour cacher une vérité qui ferait mal paraître ses institutions.
Intérêt au sein de la diaspora
Malgré la suppression du film en ligne, des copies piratées ont rapidement été téléchargées et ont commencé à circuler au sein de la diaspora sikhe.
Au Canada, la communauté – la plus importante diaspora sikhe du monde – s'est mobilisée pour organiser des projections indépendantes.
À Surrey, le film sera notamment projeté à l'école secondaire Khalsa et au Gurdwara Nanaksar, où jusqu’à 400 personnes sont attendues samedi.
Un représentant du comité du temple, Amrinder Singh, explique cette initiative par un devoir de mémoire : C'est basé sur les droits de la personne. C’est un film qui est lié à nos racines dans le Pendjab.
Amandeep Ahluwalia, organisateur d’une projection à Edmonton, abonde dans le même sens : C’est notre devoir d'amener la vérité devant la communauté, et la communauté décidera [si ce n'est pas de] la propagande.
L'histoire de Jaswant Singh Khalra trouve un écho d'autant plus particulier au pays, analyse le journaliste indépendant Gurpreet Singh, qu'il entretenait des liens historiques avec le Canada. Son grand-père était à bord du Komagata Maru, navire qui s’était vu interdire l’entrée au Canada alors que ses passagers étaient pourtant des sujets britanniques.
Le militant s'était aussi lui-même rendu au Canada pour dénoncer les violences policières avant d'être enlevé et assassiné à son retour en Inde.

Randeep Sarai est le secrétaire d'État au Développement international.
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
Interrogé sur les projections canadiennes de Satluj, le député fédéral Randeep Sarai estime que la censure a souvent l'effet inverse de celui escompté.
Le Canada est un lieu de liberté d'expression. Nous, nous ne censurons pas les films, a-t-il déclaré. Lorsque l'on tente de bannir de telles œuvres, elles deviennent encore plus populaires.
Avec des informations de Sohrab Sandhu.


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