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Le 28 février 2026, Israël et les États-Unis lançaient conjointement l'opération "Epic Fury" contre l'Iran. Près de 900 frappes ont été menées en douze heures. Un tel volume d'opérations aurait normalement exigé cinq heures de travail continu rien que pour être autorisé par un opérateur humain. Sans intelligence artificielle (IA), cette cadence n'aurait tout simplement pas été possible.
Sans l'appui de l'IA pour identifier et valider les cibles, les forces israélo-américaines n'auraient vraisemblablement atteint que 5 à 10 % de leurs objectifs en Iran en 2025 et 2026.
Cette guerre pourrait bien marquer un tournant en matière d'IA militaire. Flux de drones, imagerie par satellite, renseignement électromagnétique, interception de télécommunications… Les systèmes d'IA transforment désormais d'immenses volumes de données en résultats algorithmiques instantanés, permettant de renseigner, coordonner et agir plus vite qu'aucune chaîne de commandement humaine ne le permettrait. Selon une analyse du Jerusalem Post, sans l'appui de l'IA pour identifier et valider les cibles, les forces israélo-américaines n'auraient vraisemblablement atteint que 5 à 10 % de leurs objectifs en Iran en 2025 et 2026.
Puissance algorithmique
Deux systèmes d'IA interviennent dans le cadre du conflit. Le projet Maven, programme phare du département américain de la Défense opéré par l'entreprise Palantir, constitue l'interface de commande via laquelle les recommandations générées par l'IA sont soumises aux opérateurs humains.
La plateforme Claude, développée par Anthropic, a également été intégrée via Palantir pour filtrer et analyser des données provenant de satellites, drones, communications interceptées et capteurs au sol. Non seulement pour cartographier les mouvements de l'adversaire, mais également anticiper les contre-mesures et affiner les stratégies dans tous les domaines d'attaque : aérien, naval, terrestre et cybernétique. Le PDG d'Anthropic, Dario Amodei, a néanmoins refusé d'accorder au Pentagone un accès illimité à sa plateforme, insistant sur deux lignes rouges : pas d'utilisation pour la surveillance domestique de masse des Américains, et pas d'armes entièrement autonomes sans surveillance humaine. En réalité, Claude est déjà si profondément intégré à certains systèmes du Pentagone qu'il faudrait des mois pour le remplacer. Ce désaccord a valu à l'entreprise de se retrouver sur la "liste noire" des entreprises représentant un "risque pour la sécurité nationale".
Deux systèmes d'IA interviennent dans le cadre du conflit : le projet Maven opéré par Palantir et la plateforme Claude développée par Anthropic.
Face à cette puissance algorithmique, l'Iran dispose de capacités considérablement plus limitées. Les sanctions internationales lui ont fermé l'accès aux semi-conducteurs avancés, entravant le développement de son infrastructure. Ses recours à l'IA se concentrent essentiellement dans des opérations de sabotage et de désinformation en ligne. "Les serveurs deviennent donc des cibles très stratégiques. Raison pour laquelle l'Iran bombarde ce type d'infrastructures dans les monarchies pétrolières au Moyen-Orient", note Sébastien Santander, qui enseigne les relations internationales à l'ULiège et dirige le Center for International Relations Studies (CEFIR).
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Derrière cette efficacité se profile un risque profond : celui de la compression de la décision. La machine génère des recommandations de ciblage à un rythme qui dépasse structurellement la capacité des opérateurs humains à les évaluer de manière critique. Ce phénomène "reflète une logique structurelle intégrée dans la doctrine militaire américaine", estime dans un article de recherche Zaza Tsotniashvili, recteur de l'Université de Gori en Géorgie. Et "quand la vitesse est doctrine, les pressions temporelles qui dégradent le jugement humain délibératif [deviennent] des conséquences prévisibles", et non des effets de bord.
Quand la vitesse est doctrine, les pressions temporelles qui dégradent le jugement humain délibératif [deviennent] des conséquences prévisibles.
Ce biais d'automatisation, le risque d'accepter sans réfléchir les recommandations générées par la machine, est déjà documenté. Dans la bande de Gaza, les forces de défense israéliennes ont recours aux systèmes Gospel et Lavender. Le premier génère des recommandations de cibles militaires. Le second a identifié jusqu'à 37 000 suspects comme cibles potentielles. "Des enquêtes ont révélé que les opérateurs humains consacraient généralement une vingtaine de secondes à chaque cible avant de donner leur autorisation, s'assurant principalement que la personne signalée par l'IA était bien un homme, tout en sachant que les recommandations du système comportent un taux d'erreur de 10 %", note Zaza Tsotniashvili.
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Pour Sébastien Santander, parler de "guerre algorithmique" serait réducteur. Il préfère le terme de "guerre hybride". "Les offensives restent le résultat de décisions politiques et humaines. Mais il est vrai que depuis 2010, la guerre conventionnelle se repose de plus en plus sur les IA, qui permettent de multiplier la vitesse et la précision des frappes." Il avertit du "risque de déshumanisation de la guerre. L'humain se repose de plus en plus sur des recommandations qui viennent de l'IA, qui peut pourtant commettre des erreurs. On observe un aveuglement par rapport à son efficacité."
L'humain se repose de plus en plus sur des recommandations qui viennent de l'IA, qui peut pourtant commettre des erreurs. On observe un aveuglement par rapport à son efficacité.
À plus long terme, c'est la capacité même à juger qui est en jeu. Les systèmes d'IA assument une part croissante des tâches cognitives dans les opérations militaires, tandis que les opérateurs humains "deviennent moins équipés pour identifier les erreurs d'IA, remettre en question les recommandations algorithmiques, ou appliquer le raisonnement moral contextuel quand cela compte le plus", écrit Zaza Tsotniashvili. La Croix-Rouge avertit qu'un "passage du jugement dirigé par l'humain à un jugement assisté par l'IA pourrait éroder la capacité des commandants à assumer pleinement la responsabilité morale de leurs décisions".
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Le conflit en Iran a également mis en lumière les limites béantes de l'éthique d'entreprise comme mécanisme de gouvernance. Les défaillances techniques des systèmes d'IA, comme les hallucinations, biais, dérives, "sont des propriétés de la technologie elle-même plutôt que de son cadre de gouvernance", souligne Zaza Tsotniashvili. Elles ne se règlent pas via l'adoption de chartes de bonne conduite.
Sur le plan international, le vide demeure presque total. Aucun instrument contraignant n'existe au sein des Nations Unies. Seule l'Union européenne a adopté un cadre législatif, "l'IA Act". Mais "le projet était plus ambitieux que celui adopté, se diluant en fonction des intérêts des uns et des autres", souligne Sébastien Santander, pour qui "le droit international est malheureusement fort affaibli" à l'échelle mondiale. "Toutes les grandes puissances ont aujourd'hui tendance à dire que le multilatéralisme les limite dans leurs marges d'action."
Céder le contrôle humain sur les décisions concernant qui vit et qui meurt priverait les gens de leur dignité intrinsèque.
Human Rights Watch, organisation de défense des droits humains, appelle à "maintenir le contrôle humain sur l'utilisation des armes", au nom d'un "impératif moral" : "Céder le contrôle humain sur les décisions concernant qui vit et qui meurt priverait les gens de leur dignité intrinsèque."
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