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Recevoir un message d’annulation d’un traversier de BC Ferries à cause de la météo peut ruiner un week-end, ou pire, quand ces traversées représentent des liens vitaux pour certains clients. Derrière ces annulations, il existe un calcul à enjeux élevés.
Les décisions se dessinent grâce à un centre névralgique de haute technologie, un vétéran ayant passé 28 ans dans la marine et une matrice mathématique stricte conçue pour survivre les eaux changeantes de la mer des Salish.
Elles se déroulent à l'Operations and Security Centre de BC Ferries géré par Jason Boyd. Avant de prendre la barre du centre, il a passé 28 ans dans la Marine royale canadienne sur un navire de guerre et à la tête d’une base militaire.
Dans une pièce à l’éclairage feutré à Victoria, qui est opérationnelle 24 heures sur 24, de grands écrans montrent en temps réel des radars, des cartes de hauteur des vagues et le suivi des navires.
Pour Jason Boyd, la transition vers BC Ferries a été plutôt naturelle.
Chaque jour, en arrivant au travail, on ne sait jamais ce qui va se passer. Ici, tout peut basculer en un coup de téléphone. Mon expérience de marin est très utile. La vie en mer est la vie en mer, et les défis sont les mêmes pour ceux qui travaillent sur des frégates ou des traversiers.
La mission de son équipe est une connaissance totale de la situation. En vertu de la loi de 2001 sur la marine marchande du Canada, le mot final revient au capitaine du bateau qui a les yeux sur la mer.

Jason Boyd, de l'Operations and Security Centre de BC Ferries, explique comment son équipe travaille avec les capitaines de traversiers pour décider s'il est sécuritaire de prendre la mer ou non.
Photo : Radio-Canada / Gian-Paolo Mendoza
Or, ces capitaines ne travaillent pas seuls.
Lorsqu’une tempête approche, le centre des opérations fait le lien entre les données météorologiques brutes et les navires en mer. Souvent, ils travaillent avec Environnement et Changement climatique Canada pour comprendre les prévisions sur certains trajets.
Ils sont à un coup de téléphone rapide [...] Ils savent que, lorsqu'un système [météorologique] arrive, nous allons les appeler.
BC Ferries utilise un code couleur strict adapté aux limites spécifiques de chaque navire pour traduire ces prévisions : la matrice des limitations opérationnelles.
Vert : la météo ne pose pas de risque, le traversier peut naviguer.
Rouge : l’amarrage est dangereux ou la stabilité est compromise. Donc le navire reste amarré.
Orange : les conditions météo sont entre deux, et c’est là que les observations en temps réel et l'expérience humaine entrent en jeu.

Une file d'attente au terminal de Tsawwassen. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ben Nelms
Pour prendre ces décisions, il faut concilier la conception des navires, les conditions de la mer et les limites physiques des quais en béton. L’un des terminaux les plus exposés est Tsawwassen, à Delta, dans le sud-ouest de la province, explique Jason Boyd.
En hiver, nous avons souvent des vents du sud-est assez forts là-bas. Selon le sens de la marée aussi, si elle est dans le sens du courant, cela amplifie les choses. Si elle est contraire au courant, cela introduit d'autres difficultés.
Différentes coques réagissent également différemment, comme les traversiers Spirit Class et ceux de Coastal Class.
Cela peut créer un paradoxe frustrant pour les passagers. Des conditions calmes au terminal peuvent coïncider avec un détroit de Georgia sécuritaire ou tempétueux, ainsi qu’une houle à un quai exposé rendant un accostage trop dangereux.
Tout réside dans l'équilibre, explique Jason Boyd.

Des difficultés d'amarrage peuvent annuler une traversée, même si les conditions météo sont meilleures dans d'autres parties du trajet. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Les côtes de la Colombie-Britannique sont connues pour être complexes, avec notamment des vents tourbillonnants, du brouillard et des chutes de température spectaculaires sur de très courtes distances.
Des prévisions à long terme certaines sont rares dans la région, c’est pourquoi BC Ferries se repose sur les connaissances locales quand les technologies atteignent leurs limites.
Parfois, les prévisions sont mauvaises. [...] Les modèles annoncent une chose, le prévisionniste maritime principal confirme, et nos capitaines constatent une réalité totalement différente sur le terrain. C'est donc une science, mais ce n'est pas une science exacte.
Jason Boyd explique que le rôle du centre est de soutenir les capitaines de traversiers et que personne n’aime annuler des traversées.
Navires modernes
Les changements climatiques amènent désormais des épisodes venteux plus violents et fréquents, ce qui pousse une flotte vieillissante à ses limites.
Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), les changements climatiques à grande échelle devraient interagir avec la topographie régionale et les contrastes terre-eau pour créer des modifications des schémas de circulation atmosphérique dans le nord-ouest du Pacifique.

Une vue sur le traversier de BC Ferries entre Vancouver et Victoria, le 8 décembre 2023.
Photo : Radio-Canada / Mélinda Trochu
Le PDG de BC Ferries, Nicolas Jimenez, pense que la présence de bateaux modernes supplémentaires pourrait être utile.
En théorie, ces navires [modernes] vont non seulement fonctionner plus efficacement en matière d'économie de carburant, mais également avoir une plus grande tolérance aux conditions combinées du vent, des vagues et des marées.
De son côté, Jason Boyd aimerait que le public comprenne les efforts calculés à l'origine de chaque annulation de traversier.
Nous sommes très rarement surpris par les événements, et si l’impression est que l'on prend des décisions de dernière minute, c'est parce qu’on espère toujours maintenir le service autant que possible, assure-t-il.
Avec les informations (nouvelle fenêtre)de Johanna Wagstaffe


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