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La Grande Barrière blanchit sur 344 000 km² et les biologistes qui la réensemencent avancent hectare par hectare

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Le titre n’exagère rien : la Grande Barrière de corail s’étend bien sur 344 000 kilomètres carrés, la surface du parc marin protégé au large du Queensland. Mais ce chiffre trompe qui ne le regarde pas de près. Sur cette immense étendue, les récifs coralliens eux-mêmes ne représentent qu’environ sept pour cent de la surface totale du parc, le reste étant composé de fonds sableux, d’herbiers et de mangroves. la vraie cible des biologistes qui réensemencent le corail se compte en dizaines de milliers de kilomètres carrés, pas en centaines de milliers. C’est déjà un gouffre entre l’ambition et les moyens déployés.

À retenir

  • Les récifs coralliens représentent seulement 7 % de la surface du parc marin protégé de 344 000 km²
  • Les biologistes récoltent des dizaines de millions de larves de corail une nuit par an lors de la ponte de masse
  • Les taux de survie des coraux ensemencés varient de 13 à 91 % selon le site et l’espèce après un à deux ans
  • La Grande Barrière a connu 6 épisodes de blanchiment massif depuis 2016, affectant des milliers de kilomètres carrés chaque fois

Sommaire

  1. Une nuit par an, un nuage de gamètes à récolter
  2. Ce que disent les compteurs, un an et deux ans après
  3. Le dénominateur qui écrase l’arithmétique
  4. Acheter du temps, pas sauver le récif

Une nuit par an, un nuage de gamètes à récolter

La ponte de masse sur la Grande Barrière se produit généralement sur deux à trois nuits principales, durant deux ou trois cycles lunaires, à la fin du printemps et en été austral. Ce soir-là, des centaines d’espèces de coraux libèrent au même moment leurs ovules et leur sperme, empaquetés dans de minuscules sphères. La plupart des espèces sont hermaphrodites et projettent leurs gamètes dans la colonne d’eau, où les paquets flottent jusqu’à la surface avant de se disloquer et de féconder. C’est ce court instant que guettent les équipes de plongeurs, filet en main, pour capter le nuage avant qu’il ne se disperse.

Une fois récoltées, les larves passent quelques jours en bassin. Le Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO), avec l’université Southern Cross, a mis au point une méthode testée à Lizard Island en 2024 : des boîtes en plexiglas transparent, appelées larval seedboxes, remplies de larves puis posées sur le fond dégradé.

Chaque campagne permet de collecter des dizaines de millions de larves de corail issues de cultures massives. Les larves sortent ensuite des boîtes à leur rythme, dérivent avec le courant et se fixent naturellement sur le substrat. Une seule boîte peut ainsi ensemencer plus de deux hectares de récif. En 2018 déjà, le projet piloté par le chercheur Peter Harrison de la Southern Cross University visait à restaurer des centaines de mètres carrés, avec l’objectif d’atteindre à terme des kilomètres carrés. Sept ans plus tard, cet objectif reste un horizon, pas un acquis.

Ce que disent les compteurs, un an et deux ans après

Les chiffres de succès existent, et ils sont solides scientifiquement. Le premier essai à grande échelle des seedboxes a montré une fixation de corail jusqu’à 56 fois supérieure, sur des milliers de mètres carrés de récif. C’est un résultat net, mesuré, publié.

Mais la suite du parcours reste rude. Sur les tuiles de fixation classiques, les jeunes recrues subissent une mortalité rapide d’environ 80 % durant la première année, avec un taux de survie qui continue de chuter ensuite. Une étude publiée en 2025 sur les dispositifs d’ensemencement observe qu’après un an et demi à deux ans, le rendement varie fortement selon le site et l’espèce, atteignant au mieux 32 % à Moore Reef et descendant à 13 % ailleurs. Un autre travail, mené la même année sur des coraux Acropora digitifera, note qu’après un an, plus de 60 % des dispositifs comptaient encore du corail vivant, avec un rendement de 83 à 91 % sur les sites les plus exposés à la houle.

Ces taux ne sont pas mauvais. Ils sont même encourageants pour une technique jeune. Le problème n’est pas la biologie, c’est l’échelle à laquelle elle est appliquée.

Le dénominateur qui écrase l’arithmétique

Face à ces hectares patiemment ensemencés, la surface qui blanchit se compte en milliers de récifs. L’épisode de 2024 est le cinquième événement de blanchiment massif depuis 2016 et le septième depuis 1998, avec 75 % des récifs exposés à un stress thermique capable de provoquer un blanchiment. Sur 1 080 récifs survolés, 792 présentaient un certain niveau de blanchiment, et 49 % affichaient des niveaux élevés à extrêmes. L’année suivante n’a offert aucun répit réel.

Un nouvel épisode de blanchiment massif a touché la Grande Barrière en 2025, le sixième depuis 2016, moins étendu que celui de 2024 mais marquant la deuxième fois que le récif subit deux années consécutives d’un tel choc. Les surveys aériens ont porté sur 281 récifs entre le détroit de Torres et le centre de la barrière, révélant un blanchiment généralisé.

Poser une règle de trois ici serait malhonnête. Les programmes de réensemencement publient des surfaces traitées très variables selon qu’ils comptent la zone où les boîtes sont déposées ou la zone recolonisée un an plus tard, et aucune synthèse officielle ne totalise ces efforts à l’échelle de toute la Grande Barrière. Ce qu’on peut dire sans trembler, c’est que l’écart de grandeur entre les hectares ensemencés chaque saison et les milliers de kilomètres carrés de récifs affectés par un seul épisode de blanchiment se compte en plusieurs ordres de grandeur.

Acheter du temps, pas sauver le récif

Les chercheurs qui pilotent ces programmes ne prétendent pas inverser la tendance à eux seuls. Peter Harrison, qui a lancé l’un des tout premiers projets de réensemencement larvaire, a lui-même mis en garde contre tout excès d’optimisme. Il a prévenu que son projet ne « sauverait » pas la Grande Barrière, précisant que l’approche vise plutôt à donner du temps aux populations de coraux pour survivre et évoluer jusqu’à ce que les émissions soient plafonnées et le climat stabilisé.

C’est là que la technique trouve sa vraie utilité, plus modeste que le mot restauration ne le laisse entendre. Elle permet de cibler des zones stratégiques, un site de plongée touristique, une pépinière naturelle de larves, un récif qui alimente ses voisins par les courants. Elle permet aussi de sélectionner des colonies plus tolérantes à la chaleur et de les multiplier, une piste que suivent plusieurs équipes australiennes en parallèle du réensemencement pur. Gagner deux ou trois décennies pendant que la température de l’océan continue sa hausse, ce n’est pas rien pour un écosystème qui met des générations à se reconstruire seul.

Le prochain rendez-vous de ponte tombera d’ici quelques mois, comme chaque année depuis des millénaires. Les filets seront de nouveau tendus, les boîtes de nouveau remplies. La question n’est plus de savoir si la technique fonctionne, elle fonctionne. Elle est de savoir combien de temps il restera pour la déployer avant que la mer ne reprenne, chaque été, ce que l’hiver précédent avait laissé debout.

Sources : la1ere.franceinfo.fr | lepetitjournal.com

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