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Sous l’État de New York court depuis 1945 un tunnel de 137 km qui laisse fuir plus de 130 000 m³ d’eau par jour, et il porte la moitié de ce que boit la ville

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Sous les Catskills, entre les réservoirs qui alimentent New York et les robinets de huit millions d’habitants, court un ouvrage que personne ne voit jamais : l’aqueduc du Delaware. Long de 137 kilomètres d’un seul tenant, c’est le plus long tunnel continu du monde, et il achemine à lui seul environ la moitié de l’eau potable consommée chaque jour dans la ville. Depuis 1988, ce même tunnel perd de l’eau en continu, jusqu’à 136 000 mètres cubes par jour selon l’estimation initiale. Il aura fallu attendre septembre 2024 pour que la Ville ose enfin fermer une partie de la canalisation.

À retenir

  • L’aqueduc du Delaware, long de 137 km, achemine 50% de l’eau potable consommée quotidiennement à New York.
  • Des fuites dans le tunnel ont été découvertes en 1988 avec des pertes atteignant 136 000 m³ d’eau par jour.
  • Un tunnel de contournement de 4 km est en construction depuis plus de vingt ans pour un coût de 1,5 milliard de dollars, achèvement prévu en 2027.

Sommaire

  1. Un chantier de guerre, creusé sous l’Hudson
  2. La fissure qu’on a laissée filer pendant trente-six ans
  3. Un tunnel parallèle de 4 kilomètres pour ne jamais couper l’eau

Un chantier de guerre, creusé sous l’Hudson

Les travaux ont démarré en 1939 et se sont achevés en 1945, en pleine tension mondiale. L’ouvrage plonge par endroits jusqu’à 150 mètres sous le lit de l’Hudson, avec un diamètre intérieur qui ne descend jamais en dessous de 4,1 mètres. Le tunnel a été mis en service en 1944 quand le maire de New York Fiorello La Guardia a ouvert une série de vannes d’urgence. Une prouesse technique pour l’époque, pensée pour tenir des décennies sans jamais être coupée.

Long de 85 miles, l’aqueduc du Delaware fournit environ la moitié de l’approvisionnement en eau de New York, généralement autour de 600 millions de gallons par jour, en utilisant uniquement la gravité pour faire descendre l’eau depuis les réservoirs des Catskills. Pas de pompe, pas de moteur. Juste une pente calculée au millimètre près, capable de faire couler l’équivalent de près de 2,3 milliards de litres quotidiens jusqu’aux robinets de la ville. Un ouvrage qui fonctionne si bien qu’il n’a jamais pu s’arrêter.

La fissure qu’on a laissée filer pendant trente-six ans

Des fuites ont été découvertes pour la première fois dans l’aqueduc du Delaware en 1988, avec des pertes d’eau atteignant jusqu’à 36 millions de gallons américains par jour. Traduit en mètres cubes, l’ordre de grandeur tourne autour de 136 000 m³ perdus chaque jour, absorbés par la roche calcaire fracturée sous Newburgh. Des fuites ont ensuite été confirmées en 1990 et 1992 près de Roseton et Wawarsing, causées par un calcaire faillé.

Impossible de fermer le robinet. La moitié de la ville en dépendait, et la dépend toujours.

Colmater une fissure sur un tunnel qui transporte la moitié de l’eau potable d’une mégapole suppose de le vider. Or vider l’aqueduc du Delaware, c’est priver New York d’une partie massive de son approvisionnement pendant des mois. La gravité seule fait circuler environ 600 millions de gallons d’eau chaque jour, et le tunnel a aussi été construit pendant la Seconde Guerre mondiale, avec des sections renforcées pour résister aux bombardements. Ironie de l’histoire : l’ouvrage a survécu à la guerre, mais sa propre efficacité a longtemps interdit qu’on le répare. Les ingénieurs ont donc choisi une autre voie : construire un contournement sans jamais couper l’alimentation.

Un tunnel parallèle de 4 kilomètres pour ne jamais couper l’eau

La solution retenue tient en une phrase : creuser un second tunnel, plus court, capable de dévier l’eau autour de la zone fissurée. Ce tunnel de contournement mesure environ 4 kilomètres. Deux puits, l’un de 210 mètres et l’autre de 275 mètres de profondeur, ont permis d’y accéder depuis la surface. L’ensemble du programme, planifié pendant plus de vingt ans, est chiffré à environ 1,5 milliard de dollars.

Le tunnel de contournement fait 2,5 miles de long et se trouve à environ 600 pieds sous le fleuve Hudson, une profondeur qui a nécessité des années de forage avant même d’envisager le raccordement final. Cette jonction, justement, est l’étape la plus délicate : il faut assécher l’ancien tunnel pour souder les deux ouvrages, tout en surveillant que les parois fragilisées ne s’effondrent pas sous la pression inversée. Le risque tient au fait que les fuites étaient jusqu’ici sortantes, à hauteur de 35 millions de gallons par jour, une force qui contribuait à maintenir l’intégrité du revêtement du tunnel ; sans cette pression extérieure, le risque d’effondrement devient nettement plus élevé. Un chantier sous très haute tension, littéralement.

Le tronçon nord de l’aqueduc a été fermé en septembre 2024, ouvrant la fenêtre tant attendue pour connecter enfin les deux tunnels. Le chantier a ensuite été mis en pause en novembre 2024, annoncée par la municipalité dans le cadre d’un train de mesures de restriction d’eau alors que la ville traversait sa plus longue période sans pluie jamais enregistrée. Vider davantage de réservoirs en pleine sécheresse historique aurait été trop risqué. L’achèvement du projet est aujourd’hui annoncé pour 2027, trente-neuf ans après la découverte de la fissure.

Ce délai n’a rien d’anodin pour les riverains du bassin du Delaware, qui partagent cette ressource avec le New Jersey et la Pennsylvanie via un accord de répartition des débits entre les quatre États concernés. Chaque report du calendrier de fermeture définitive redéfinit, pour eux aussi, la quantité d’eau qui reste disponible en amont. La faille de Newburgh, elle, continue de suinter en silence sous la roche, en attendant son dernier été de fuite.

Sources : southeast-ny.gov | nj.gov | home.nyc.gov

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