C’est un savant mélange de blanc d’œuf, de cire d’abeille, de gomme arabique et de pétales de rose, d’orchidée ou d’impatiente broyés: en Chine, des recherches archéologiques ont mis au jour la formule de l’ancêtre du vernis à ongles. Utilisée dès 3000 av. J.-C, cette préparation permettait d’obtenir une pâte de diverses nuances de rouge dont on enduisait le bout des doigts des personnes de noble extraction, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes. En Inde et en Egypte, on utilisait le henné pour réaliser de complexes motifs sur les mains. «Ces ornements avaient une visée esthétique, mais aussi un rôle symbolique, souligne Elisabeth Azoulay, anthropologue et coordinatrice de l’ouvrage collectif 100 000 ans de beauté (Ed. Gallimard). Celui ou celle qui les portait rendait visible son appartenance à une élite de pouvoir, à une caste qui n’avait pas besoin de tirer sa subsistance du travail manuel.»
Au fil des siècles, ce signe concret de hiérarchie sociale devient aussi une manière de se mettre discrètement en valeur. «Dans de nombreuses cultures, souligner ses attraits physiques grâce aux vêtements était impensable, reprend Elisabeth Azoulay. Attirer l’attention sur les mains permettait de séduire sans risquer de bouleverser l’ordre moral.»


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