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La chasse aux opposants congolais est ouverte : "On ne peut pas accepter que la violence qui sévit au Congo envahisse la Belgique"

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Troisième agression sur le sol belge en un peu plus d'un an pour le journaliste congolais Claude Pero Luwara. Comme le 27 août 2025, c'est à Tirlemont, où il réside, qu'il a été victime de cette agression que des témoins, cités par des médias flamands, qualifient de "tentative de meurtre" tant l'attaque était violente. "Ils m'ont attaqué par-derrière. Ils étaient quatre ou cinq. Un au moins m'a frappé avec un marteau", explique à La Libre Belgique Claude Pero Luwara, journaliste congolais critique à l'égard du pouvoir du président Félix Tshisekedi. L'homme a obtenu le statut de réfugié politique en Belgique.

"C'est la troisième agression. Je me demande vraiment si je dois encore rester en Belgique. Les gens qui me ciblent et qui sont au pouvoir à Kinshasa connaissent bien ce pays. Ils y ont vécu de longues années et ils ont visiblement des relations avec certains milieux. Lors de la première agression à Tirlemont, le bourgmestre de la ville a été témoin de l'attaque. Ces agresseurs ont été arrêtés et ils ont été condamnés à quatre ans de prison. La cour a reconnu que l'attaque qui me ciblait avait "un mobile politique".

La justice belge évoque un "mobile politique" suite à l'agression d'un journaliste congolais à Tirlemont

"Ce qui se passe en Belgique est très inquiétant", explique l'opposant et avocat Hervé Diakiese, qui vit désormais en exil à Paris. "Pero Luwara n'a que sa parole et sa caméra. Il n'incite pas les gens à la guerre, poursuit-il en ajoutant : "il y a déjà une condamnation pour la première agression. Et malgré ça, il y a récidive. Les commanditaires se soucient visiblement peu de la justice belge". L'attaque en pleine rue, sur le coup de 17h30, alors que la Grand-Place de Tirlemont était "bien garnie", selon les mots du journaliste congolais, conforte l'analyse de l'avocat.

Tentatives de débauchage

Cette attaque survient au moment où la République démocratique du Congo (RDC) est en pleine ébullition. En cause : la détermination du pouvoir de modifier la constitution pour permettre à Félix Tshisekedi de s'accrocher au pouvoir. Le président congolais a aussi annoncé son intention de mettre sur pied un dialogue national dont il serait le grand et unique ordonnateur qui distribuerait les invitations et l'ordre du jour.

Face à ces mouvements du pouvoir, l'opposition politique s'organise et a annoncé la tenue le 15 septembre d'une marche, plusieurs fois reportée, contre le changement de la Constitution.

Cette opposition, réunie au sein de le C64, a déjà réussi deux précédentes mobilisations populaires à la veille de l'été.

C'est dans ce climat qu'une rumeur bruisse depuis plusieurs semaines à Bruxelles annonçant l'envoi d'émissaires du pouvoir congolais pour négocier le ralliement de certains membres de l'opposition ; deux cibles majeures, le parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi et Sauvons la RDC de Joseph Kabila.

Les deux leaders katangais sont les deux épouvantails de Félix Tshisekedi. Parvenir à les déstabiliser ou à les affaiblir remettrait en cause toute la renaissance d'une opposition politique tapie dans les cordes et aphones depuis de très longs mois.

Tous les membres de l'opposition contactés ont nié ces contacts. Dans les rangs de Savons la RDC, certains ont évoqué tout au plus de petits contacts informels "quasi inévitables quand vous êtes dans une ville comme Bruxelles, où défilent sans cesse des acteurs politiques congolais.

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En début de semaine, tous ont signé le texte estampillé Sauvons la RDC qui rejette toute participation au dialogue de Félix Tshisekedi. "On ne va pas accepter de s'asseoir à cette table", explique l'opposant Franck Diongo qui, comme d'autres opposants a obtenu le statut de réfugié politique en Belgique après un passage par les prisons congolaises où il a été victime de mauvais traitements comme l'ont attesté les médecins qui l'ont ausculté lors de son arrivée en Belgique.

"Il ne s'agissait pas de discuter mais de débaucher", explique un homme politique africain, roué à ce qu'il présente comme des "facéties congolaises".

"L'annonce du dialogue de Félix Tshisekedi n'a pas fait évoluer la situation politique en RDC", explique un activiste des droits de l'homme congolais. "Il n'a convaincu que ses adeptes et tous ceux qu'il nourrit. Les oppositions que ce soit celle de la rébellion de l'AFC/M23, de Kabila ou de Katumbi, où même les autres composantes de la C64, ont dit non. Tshisekedi doit essayer de retourner quelques pions. Aussi petits soient-ils, ils lézarderont au moins un peu un front étonnamment uni contre son initiative."

Le message de Tirlemont

L'agression du journaliste Claude Pero Luwara ce jeudi à Tirlemont résonne comme une mise en garde, un message envoyé aux opposants qui ont trouvé refuge en Belgique. "C'est la troisième agression de notre frère Pero", explique Franck Diongo, "la Belgique, terre de liberté et de droit de l'homme doit réagir, elle ne peut pas accepter qu'on transpose sur son territoire la violence qui sévit au Congo. Cette agression, on la vit comme une mise en garde, une menace envoyée à tous les Congolais qui osent dire non à Tshisekedi, qu'ils soient opposants politiques, journalistes, défenseurs des droits de l'homme ou issus de la société civile. Plus personne n'est à l'abri, c'est pourquoi nous nous sommes réunis ce vendredi matin pour écrire aux ministres des Affaires étrangères, de l'Intérieur, de la Justice, à la secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, au patron de l'Ocam et à la direction de la police fédérale pour leur dire notre malaise et les mettre en garde contre de futures agressions". Le texte, reçu par La Libre Belgique évoque la répétition de ces violences congolaises en Belgique "ne peut être banalisée. Elle justifie, selon nous, une évaluation urgente permettant notamment de déterminer si ces incidents sont isolés ou s'ils révèlent l'existence d'un dispositif plus structuré d'intimidation ou de violence politique."

La tête de deux journalistes congolais mise à prix

Par ces courriers les opposants politiques congolais expliquent qu'ils veulent "conscientiser" tous les échelons de la vie politique belge. "Si un autre drame, une autre agression, se produit contre l'un de nous, les responsables belges ne pourront plus dire qu'ils sont surpris. Un journaliste, dont la tête a été mise à prix pour 4 millions de dollars par un ministre congolais de la Justice a été agressé à trois reprises en un an pour des motifs politiques et vous voulez nous faire croire que personne ne connaît les commanditaires ? Il faut être sérieux", explique encore Franck Diongo qui évoque encore un "récent kidnapping en Tanzanie".

Le cas Dusauchoy

Denise Dusauchoy est une influenceuse congolaise qui s'est construit un personnage hors normes sur les réseaux sociaux à coups d'invectives, de saillies outrancières et d'excès en tout. La dame a longtemps prêté sa voix pour défendre le pouvoir de Félix Tshisekedi avant d'être chassée de la cour, de passer par la case prison et d'être éjectée de la RDC. À peine éloignée de Kinshasa, Denise Dusauchoy a décidé, toujours avec les mêmes armes vociférantes sur les réseaux sociaux, de mener la vie dure au clan Tshisekedi, le menaçant des pires révélations.

Samedi 30 août, Denise Dusauchoy a été arrêtée à Dar es-Salam, la capitale tanzanienne et immédiatement exfiltrée à Kinshasa. "Dans le cadre d'une procédure de coopération judiciaire internationale", "sur base d'un mandat d'arrêt international", expliquent les autorités kinoises. "C'est un kidnapping", rétorque Hervé Diakiese. Des avocats tanzaniens abondent et parlent d'" une extradition sauvage, menée en marge de tout contrôle judiciaire". "En laissant des agents armés se saisir de Mme Dusauchoy et la faire quitter le territoire tanzanien sans décision judiciaire, sans audience, sans recours, la Tanzanie a manqué à sa propre loi et trahi ses engagements pris devant les partenaires régionaux et devant la communauté internationale", continue Me Diakiese, qui rappelle que "de nombreux opposants politqiues congolais ont, par le passé, été enlevés dans des circonstances similaires, en violation des lois de l'État dans lequel il se trouvait avant d'être arraché de force. C'est encore le cas ici. Les informations disponibles confirment sans ambiguïté que la force et la violence ont été employées, en dehors de toute décision judiciaire rendue par les autorités tanzaniennes".

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