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Le temps est à l'orage entre l'Horeca et le monde politique. Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement fédéral et aux présidents de parti, Matthieu Léonard, président de la Fédération Horeca Bruxelles, estime que le secteur est arrivé à "un point de rupture". Au point d'évoquer, pour la première fois, la possibilité de ne plus accueillir les responsables politiques dans les établissements si la situation ne change pas.
Le document, intitulé "Plan Horeca : le contrat est rompu", intervient après l'entrée en vigueur, le 1er juillet, du nouveau système de caisse enregistreuse (SCE 2.0), désormais obligatoire pour l'ensemble des établissements Horeca. Une mesure que la fédération dit accepter sur le principe, mais qu'elle juge déséquilibrée.
"En 2016, quand l'État nous a imposé le SCE 1.0, nous avons dit oui. Oui à la traçabilité, oui au contrôle sur des chiffres réels, oui à l'effort. Mais cet effort avait une contrepartie. Un contrat clair. Transparence contre accompagnement. Donnant-donnant. Nous avons tenu notre part. Aujourd'hui, l'effort ne s'accompagne de rien. Pire : il efface les mesures obtenues hier en échange de notre transparence", lit-on notamment.
Nous sommes des cochons de payeurs. L'addition, c'est in fine nous qui la soldons".
Selon Matthieu Léonard, ce "contrat" comprenait notamment la TVA réduite sur les repas, les flexi-jobs réservés à l'Horeca et les réductions de cotisations sociales. Des dispositifs qui, à ses yeux, disparaissent ou perdent leur intérêt, alors que les contraintes, elles, se renforcent.
"Nous sommes les cochons de payeurs"
Au fil de la lettre, le représentant de l'Horeca bruxellois dresse la liste des griefs du secteur envers le monde politique : coût de la nouvelle caisse blanche, suppression de la réduction ONSS "groupe-cible", absence de réforme de la TVA, hausse de la TVA dans l'hébergement touristique, ouverture des flexi-jobs à tous les secteurs ou encore défiscalisation des pourboires toujours attendue.
Sans compter les taxes régionales et communales ainsi qu'une multiplication des réglementations. "Nous sommes des cochons de payeurs. L'addition, c'est in fine nous qui la soldons."
Le "double service", la solution ultime pour la rentabilité des restaurateurs ? "Si cela ne convient pas aux clients, ils peuvent aller ailleurs"Et s'il salue la baisse progressive des charges patronales annoncée par le gouvernement à l'horizon 2030, Matthieu Léonard estime qu'elle ne compensera pas les mécanismes de soutien supprimés.
Faut-il en arriver à instaurer des 'black fridays', mais valables tous les jours, et retrouver des établissements débranchés du câble de la caisse blanche et se tenant loin de la tour de contrôle ?"
Le boycott des élus évoqué, mais pas encore décidé
La partie la plus marquante de la lettre intervient lorsque le président d'Horeca Brussels s'interroge sur les moyens d'action entre les mains du secteur. "Faire grève ? Nous n'en avons pas les moyens. Manifester, bloquer la circulation ? Cela n'ennuie que le passant. Nous lamenter dans la presse ? Rien de plus."
Il enchaîne alors avec une série de questions, présentées comme le reflet des "idées noires" des restaurateurs, selon sa formule. "Faut-il fermer nos portes à nos élus ? Faut-il en arriver à instaurer des 'black fridays', mais valables tous les jours, et retrouver des établissements débranchés du câble de la caisse blanche et se tenant loin de la tour de contrôle ?", s'interroge-t-il.
Le responsable prend toutefois soin de préciser qu'il ne s'agit pas, à ce stade, d'un appel à l'action. "Ce ne sont pas encore, aujourd'hui, des mots d'ordre. Ce sont les questions que le désespoir met dans la bouche d'un secteur qu'on n'écoute plus autrement."
"À bout"
La lettre se conclut sur un constat particulièrement sombre. Matthieu Léonard affirme que les marges du secteur ne dépassent souvent plus 3 à 5 %, malgré des salles parfois pleines, et que cette situation use progressivement les entrepreneurs.
"Passé une certaine heure, la rentabilité décline fortement" : la fin d'une époque pour les restaurants en Belgique ?"Le secteur Horeca vit un paradoxe cruel : il nourrit et abreuve tout le monde, quand lui-même crève de faim et a soif de s'en sortir. Résilient, encore. Mais à bout. Vraiment à bout…"
Il appelle enfin le gouvernement à replacer l'Horeca au cœur des discussions budgétaires, rappelant que le secteur représente, "55 000 entreprises, 160 000 salariés et près de 12 milliards d'euros de contributions annuelles à la collectivité".
L'ensemble du courrier est à découvrir sur le site internet de la Fédération Horeca Bruxelles.
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