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Si l'on en croit certains discours circulant aisément dans les médias et sur les réseaux sociaux, la dépression serait affaire de volonté, tout comme la pratique d'une activité physique. Dès lors, pour aller mieux, il suffirait de faire du sport.
Pour les personnes travaillant auprès de personnes souffrant de dépression, cette simplification abusive a de quoi agacer et pour les personnes souffrant de dépression, elle a de quoi faire surgir une colère légitime.
Il faut donc rappeler, avant toute présentation de résultats scientifiques sur cette question, que la diversité des vécus et des possibilités offertes par l'environnement, ne peut être résumé par des statistiques. La dépression comme l'investissement dans une activité physique ne sont pas l'affaire d'une volonté supérieure, mais bien de facteurs complexes trop nombreux pour être énumérés dans cet article.
Cela étant dit, une récente méta-analyse publiée dans le British Journal of Sport Medicine apporte de nouvelles connaissances pertinentes pour éclairer la prise en charge des patients atteints de maladie chronique souffrant de dépression.
Elle avait deux objectifs principaux : examiner le lien dose-réponse entre le volume d’exercice aérobie (c'est-à-dire, une activité mettant en jeu principalement le système cardiovasculaire et respiratoire à l'opposé des exercices de résistance musculaire) et la sévérité des symptômes dépressifs, et déterminer la quantité d'activité aérobie nécessaire pour obtenir un bénéfice sur la dépression perçu par les patients.
Les personnes souffrant de maladies chroniques sont particulièrement exposées à la dépression. © andreswd, iStock
Une entreprise salutaire pour les patients
Les chercheurs et chercheuses à l'origine de cette publication partent d'un constat statistique et clinique : les patients atteints de maladies chroniques ont 1,5 à 3,5 fois plus de risque de développer une dépression que des individus considérés en bonne santé, dépression qui limite d'autant plus leurs capacités fonctionnelles, ce qui multiplie jusqu'à trois fois leur risque de mourir comparé à leurs homologues ne souffrant pas de dépression.
Puis, ils mettent en relation ce constat avec une observation de santé publique : des recommandations sanitaires pour traiter la dépression spécifiquement chez ce type de patient sont absentes et, par conséquent, les cliniciens se rabattent sur les recommandations générales à savoir la pharmacothérapie et la psychothérapie.
Seulement voilà, chez ces patients, ces traitements sont limités que ce soit pour des raisons d'accessibilité, de coût, d'interactions médicamenteuses ou d'effets secondaires. Ne pas prendre en compte leur spécificité et ne pas produire de savoir relativement à cette dernière relève de la violence épistémique.
L'activité physique n'échappe pas à cette logique : les recommandations pour les personnes souffrant de dépression ne prennent pas en compte les éventuelles incapacités fonctionnelles liées à d'autres pathologies que cette dernière (et on se demande même si elles tiennent comptent des incapacités provoquées par la dépression elle-même). Voilà la démarche dans laquelle s'inscrivent les objectifs susmentionnés de cette équipe de recherche : produire des recommandations à destination des cliniciens prenant en compte les spécificités des patients atteints de maladie chronique.
Réduction des symptômes, relation dose-réponse et seuil minimal
En récoltant des données provenant de 2 500 patients issues de 36 essais contrôlés et randomisés, les scientifiques ont pu mettre en évidence une réduction significative des symptômes due à l'exercice aérobie, une relation dose-réponse augmentant légèrement cette réduction pour chaque minute d'activité intensive effectuée et un seuil minimal de 405 MET (pour Metabolic Equivalent of Task ou équivalent métabolique) par semaine - en comparaison aux 450 conseillés pour la population générale par l'Organisation mondiale de la santé).
405 MET (équivalent métabolique) par semaine sont suffisants pour produire un effet perceptible par les patients sur la dépression. © Goffkein, Adobe Stock
Ces résultats sont les premiers à mettre cela en évidence selon les chercheurs et chercheuses à l'origine de la méta-analyse et bien que la démarche soit louable, tout cela semble un peu décevant.
Comme ils l'évoquent dans leur article, le seuil de 405 est très proche du seuil de 450 de l’OMS. Aussi, à part suggérer des conseils de bon sens comme commencer l'activité de façon graduelle et incrémentale afin d'atteindre le seuil de 405 MET ou évoquer que la relation dose-réponse identifiée met en évidence que chaque minute d'activité physique est bénéfique, l'implémentation réelle en clinique n'est pas investiguer.
L’aspect motivationnel et systémique, les grands absents
Ce qui manque probablement à cette étude pour offrir une lecture plus globale de la situation - bien que ce ne soit pas son objectif et qu'il paraît donc difficile de lui reprocher cela - est d'aborder les aspects motivationnels relatifs à la pratique d'une activité physique ainsi que l'aspect systémique de l'accès à l'activité physique.
En effet, la plupart des études concernant la motivation à pratiquer une activité physique suggèrent d'adopter une activité qui nous plaise pour elle-même et qui satisfasse nos besoins psychologiques fondamentaux que sont l'autonomie, l'affiliation et le sentiment de compétence. Les cliniciens prenant en charge des patients atteints de maladie chronique et souffrant de dépression devraient avoir cela à l'esprit lorsqu'ils conseillent ou prescrivent de l'activité physique.
Si elle satisfait nos besoins psychologiques fondamentaux, l'activité physique a de grande chance de persévérer dans le temps. © HBS, Adobe Stock
Enfin, l'aspect systémique est relatif à ce qui est mis en place politiquement pour permettre d'alléger les obstacles à la pratique d'une activité physique pour cette population comme la prescription médicale d’activité physique, son remboursement et la présence de coach sportif en activité physique adaptée au sein des structures médicales et sportives.
L'activité physique peut être un levier majeur de santé publique, que ce soit en matière de prévention ou d'aide au traitement. Pour l'actionner, il faut probablement se départir de la vision individualisante et saniste souvent mobilisée à son égard.


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