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"Je suis d'origine italienne, je parle beaucoup". Le ton est donné. Après près d'une heure d'interview à débit soutenu, on peut le confirmer : Jasmine Del Monte est du style bavarde. Cela tombe bien, apprendre à bien s'exprimer, c'est son métier. À 27 ans, la jeune femme a un parcours impressionnant : elle a déjà formé plus de 1 700 personnes avec son organisation Stronger with Words.
Des formations gratuites destinées principalement aux jeunes, aux chercheurs d'emploi et aux femmes. "L'objectif est de développer des compétences liées au leadership, à la prise de parole et à l'insertion professionnelle", explique la native d'Anvers.
"Personne ne ressort le même après ce genre d'expérience".
Les programmes, qui durent plusieurs mois, combinent ateliers, accompagnement individuel et mise en pratique, notamment via la création d'un plan d'action personnel. Et le succès est au rendez-vous : chacune de ses formations est désormais sold-out en quelques heures à peine.
La Wallonie connaît un bond des créations d'entreprises, voici ce qui l'explique : "Il y a un réel effet psychologique""Personne ne ressort le même après ce genre d'expérience sourit Jasmine. C'est marrant à voir : j'ai une personne qui entre dans ma formation et qui est complètement différente quand elle sort. Il y a parfois des gens très timides, sans emploi, qui développent un vrai projet professionnel avec une assurance en eux qui bluffe tout le monde".
Primée par le Palais Royal
Ces formations sont personnalisées. "Cela va de la simple aide à préparer un entretien d'embauche au soutien pour créer sa propre entreprise. Selon moi, chacun est une marque. Il y a du talent partout, mais il faut pouvoir le découvrir et mieux se vendre". L'ASBL organise également l'Eloquent Challenge, qui prépare une délégation belge à participer à un championnat de débat au Canada.
Récemment, Jasmine a été lauréate du prix Be Heroes, porté par le Fonds Prince Philippe, la Fondation Roi Baudouin, et par le Palais royal. Un prix qui met chaque année en lumière des citoyens dont les actions renforcent la solidarité en Belgique.
"Le non verbal est très important dans la communication. Il y a des personnes qui n'auront jamais de charisme naturellement, mais cela peut se travailler".
Si Jasmine reçoit un soutien public pour son projet, elle le finance aussi en donnant des conférences ou des formations à des CEO et autres dirigeants, ainsi qu'à leurs employés, que ce soit en Belgique, mais aussi au Canada ou États-Unis, pays où elle a vécu pendant quatre ans.
"J'appelle cela le "packaging premium", sourit-elle. Parfois ces dirigeants se demandent ce qu'une petite jeune de 27 ans peut leur apprendre. Je les aide à gérer leur stress, à se préparer à parler devant des centaines de personnes. À être à l'aise avec leurs corps, à bien placer leur regard, … Le non verbal est très important dans la communication. Il y a des personnes qui n'auront jamais de charisme naturellement, mais cela peut se travailler".
"Si je me dispute avec un entrepreneur, on le voit"Jasmine donne ses formations en anglais, français et néerlandais, langues qu'elle maîtrise parfaitement, ainsi que l'italien, langue maternelle de son papa décédé. "J'apprends aussi l'espagnol. J'ai été éduquée en néerlandais d'une maman solo. Elle nous a poussés à faire des études en français. À 11 ans, je prenais tous les jours, seule, le train d'Anvers pour aller à l'école à Bruxelles. Pour ma maman, il était logique que mon petit frère et moi soyons parfaitement bilingues."
Comme elle aime le répéter, l'entrepreneuse a pris sa place dans la société. "J'ai très vite compris qu'on ne me donnerait rien dans la vie. S'il n'y a pas de chaise pour toi autour de la table, il faut la construire."
"Ma mère ne voulait pas croire que tout était pris en charge. Dans le doute, elle m'a quand même déposé à l'aéroport".
C'est une professeure de français qui poussera très vite la jeune femme au-devant de la scène. "Elle a découvert que j'avais un talent d'éloquence et m'a inscrite à des concours de débats. Jasmine est ensuite repérée par l'ambassade des États-Unis à Bruxelles. Elle est amenée à représenter la Belgique dans un programme international de leadership féminin. "À 15 ans, j'ai reçu une Bourse pour une formation de haut niveau, notamment à Harvard. Ma mère ne me croyait pas. Elle ne voulait pas croire que tout était pris en charge. Dans le doute, elle m'a quand même déposé à l'aéroport".
Obama et Winfrey comme modèles
L'étudiante passera finalement quatre ans au pays de l'Oncle Sam, où elle commencera sa carrière chez Onu Femmes, à New York. Elle ouvrira de grands yeux aux States. "Il y a une vision du leadership qu'on n'a pas dans notre pays. Aux États-Unis, on apprend à prendre pleinement sa place, sans s'excuser. C'est toi qui t'accordes ta légitimité. Peu importe ton âge. En Belgique, on ne prend pas les jeunes au sérieux. On n'apprend non plus pas la prise de parole à l'école."
"Aux États-Unis, on apprend à prendre pleinement sa place, sans s'excuser. C'est toi qui t'accordes ta légitimité. Peu importe ton âge."
Jasmine a plusieurs modèles, dont Michelle Obama ou l'animatrice américaine Ophrah Winfrey. "Mon rêve serait de remplir des salles de milliers de personnes, tout comme elles. Mais les personnes qui m'ont vraiment inspirée, ce sont plutôt mes professeurs à Harvard. C'est en les observant dans leur quotidien que j'ai appris mon métier."
Ces professeurs lui ont inculqué une "force" qu'elle a ramenée en Belgique. "Ils m'ont poussée à ne jamais abandonner même dans les difficultés, à toujours croire en moi. Ce sont souvent les gens le plus proches qui t'inspirent vraiment dans la vie. Mon père, un homme d'affaires italien, était aussi très charismatique."
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