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Bran Mordrelle a installé son cabinet à Pontivy (Morbihan) en septembre 2026. Avant cela, il a soigné des soldats blessés, dans une clinique de Kiev. Rencontre.
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Par Emmanuel Verdeaux Publié le 15 oct. 2026 à 6h00
Après six ans d’études, Bran Mordrelle, jeune étiopathe, a posé ses valises à Pontivy (Morbihan), et ouvert son cabinet au 2, rue Joséphine en septembre 2026.
Une installation dans une ville calme, loin de « la foudre » qu’est ce conflit frappant l’Ukraine et sa capitale, Kiev, où il a passé six mois à soigner des soldats blessés dans une clinique spécialisée.
Volontaire en ONG pendant ses études
Bran Mordrelle est étiopathe. Une offre de soins qu’il définit en ces mots. « L’étiopathie est une méthode de raisonnement qui cherche la cause des maux en appliquant la loi de causalité au corps humain », détaille-t-il.
Ceci, en s’appuyant sur l’anatomie, la physiologie, le bilan clinique. « C’est une thérapie manuelle qui vise à réduire des lésions (articulaires, viscérales, respiratoires…), causes de dysfonctionnements, par la manipulation ». Une pratique visant, aussi, à réorienter ensuite vers d’autres spécialistes.
À l’issue de ses études, il consacre son mémoire aux commotions cérébrales. Un sujet qu’il connaît bien, lui qui joue aujourd’hui au poste d’arrière pour le Rugby club de Pontivy. Dans ses anciens clubs, des commotions, « j’en ai subi ». Sa mère l’amenait chez un étiopathe, « et je me rétablissais plus vite que les collègues ». La raison, probablement, d’une vocation.
Une décision prise quasiment du jour au lendemain
Mais le praticien originaire du Finistère sud, âgé de 27 ans, a aussi le sens de l’engagement. En parallèle de ses études, il s’enrôle dans une ONG vouée à l’aide humanitaire dans les zones de conflit. Un engagement au détour d’un verre pris avec un ami, qui lui propose de le suivre en Ukraine, une semaine plus tard.
« J’ai d’abord dit non ». Au regard du peu de délai pour prendre sa décision. Par « réflexe de sécurité », aussi. Mais l’idée le taraude :
J’ai ruminé pendant deux jours. C’est bien que cela m’intéressait.
Il s’engage donc. Une première incursion en Ukraine, pendant une dizaine de jours, pour acheminer « du matériel directement sur zone », dans une ville appelée Avdiivka, position depuis tombée entre les mains des Russes. Directement sur zone, quand d’autres ONG, parfois, s’arrêtent à la frontière. Sans garantie que le fret arrive ensuite à bon port, « corruption » oblige.
Six mois dans une clinique de Kiev
Il découvre un pays en guerre, et un système de soins pour lequel il sent pouvoir apporter sa pierre à l’édifice. « Il n’y a pas de praticiens manipulant les articulations comme je le fais », comme le font les étiopathes.
Aussi, à peine diplômé, « j’ai envoyé mon CV à une clinique de réhabilitation des soldats et vétérans » à Kiev. Il est pris : son aventure de six mois débute en hiver 2024.
Il fait ses premiers pas auprès de « cas non résolus », confiés par la cheffe de service, « pour me tester ». Puis se voit confier des personnes amputées en rééducation avant pose de prothèses, de rééducation, aussi, de personnes touchées par des ligaments croisés.
Ou encore de ce patient « aux mains charcutées », à qui il a fallu redonner la mobilité des doigts, en réapprenant une autre façon d’utiliser ces mains radicalement transformées. « Se réapproprier un corps qui a changé ».
De ces six mois, il admet qu’il s’agit d’une expérience tout sauf anodine. Face à ces soldats et vétérans. Dans un climat de tension permanente, aussi, mais où, malgré tout, « la vie doit continuer », en dépit des alertes régulières, et « au moins un bombardement par semaine ».
Son hôtel, occupé par les militaires ukrainiens, une cible potentielle de Moscou
Ce climat, il le vit depuis un hôtel militaire dans lequel il est logé. Un établissement propriété d’un couple russe avant le conflit, et réquisitionné par l’armée ukrainienne dès le début des hostilités. Un poste de commandement, donc, qui a tout moment peut être « un point de frappe potentiel » de la part de Moscou.
Dans ce contexte, peut-on dormir ? « Au début, peu », admet Bran Mordrelle. « Puis, on ne descend plus forcément à la cave » à chaque alerte. On s’habitue à tout ? Pas vraiment non plus. « Quand on est à la fenêtre et qu’on voit d’énormes étoiles filantes rouges, c’est bizarre… »
« Des patients sont devenus des amis »
Il rapporte aussi de cette expérience en zone de conflit une capacité à relativiser les choses. Une faculté nourrie par les nombreuses rencontres faites là-bas. Des Ukrainiens, mais aussi des Français engagés dans la Légion internationale pour la défense territoriale de l’Ukraine, l’équivalent ukrainien de la Légion étrangère, créée par le président Volodymyr Zelensky en 2022.
« Des patients sont devenus des amis ». Des amis qui sont encore sur place, tel ce Breton originaire de Loudéac et engagé dans cette Légion internationale. « Il combat depuis 2022… »
Revenu d’un « conflit familial qui va durer », estime Bran à propos de deux pays, la Russie et l’Ukraine, tels « deux cousins fâchés », il en rapporte des enseignements sur la vie. Et sur lui-même.
« Je peux faire mon métier pour quelque chose qui me dépasse », calque-t-il, en guise d’analyse, sur ces soldats qu’il a côtoyés. « J’ai eu la chance de sortir des types qui étaient pressés de retourner au front ».
Des traumatismes au retour
C’est cela, ce quelque chose qui peut le dépasser. Avoir passé ces six mois « pour aider ce peuple. Il mérite de l’aide ». Et ces troupes, non pas de soldats, mais de « guerriers ». Bran distingue ces deux mots, le guerrier se battant selon lui « avec une volonté supérieure », et une cause plus large. Des hommes qui se sont découverts guerriers « par nécessité », avec « une capacité de résistance et de révolte ».
Il rapporte, aussi, « de petites appréhensions ». Comme quoi, le traumatisme de guerre peut s’ancrer rapidement. Et de citer l’exemple des feux d’artifice ou de choses qui pourraient éclater soudainement. En s’appuyant sur un séjour récent à Cassis, en août dernier. Un spectacle pyrotechnique y est tiré sans qu’il n’en ait rien su avant : il s’est vu se réfugier sous une pierre…
C’est aussi la raison de son installation pontivyenne. « Je ne voulais pas la côte, trop active », trop frénétique. À Pontivy, il est venu chercher « quelque chose de vrai », pour « une reprise de vie dans la simplicité après avoir vu la foudre ».
Et de reprendre : « Pontivy est un gros village où les gens se connaissent, c’est agréable ». Pontivy, à l’opposé d’une capitale en guerre : « La petite ville des Rohan qui ne demande qu’à être heureuse ».
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