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Hors des ondes avec Alexandre : la bulle de conversation n’est pas un défouloir

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Chaque jour, à Première heure, nous vous proposons de réagir en direct à travers la bulle de conversation. Très souvent, vous soulevez des questions pertinentes durant nos entrevues. Vous nourrissez nos réflexions. Vous nous faites rire, aussi. J’adore ce lien que nous entretenons au quotidien. Ça dérape rarement. Mais cette semaine, ça a dérapé.

Vous êtes aussi frileux que votre insipide chroniqueuse.

Wow, elle est fragile, la madame!

Fantastique discours woke, absurde et insignifiant. Écoute-t-on Radio-Trudeau?

Elle peut bien retourner dans son pays.

Voilà un petit échantillon des commentaires reçus en direct, pendant que Maryam Bessiri partageait avec nous son Regard humain, jeudi dernier. Si vous avez raté son passage en ondes, vous demandez peut-être ce qu’elle a bien pu dire pour déclencher ce genre de réactions.

La petite histoire…

Maryam nous racontait qu’elle était agacée par l’utilisation courante de certaines expressions, notamment le téléphone arabe. Elle-même Arabe, elle nous expliquait ainsi son irritation. J’ai cette impression que mon identité, à chaque fois, devient une métaphore négative. C’est son ressenti et cela lui appartient.

Nulle part dans sa chronique, Maryam n’appelait à la censure. Elle nous invitait à nous interroger sur les origines de ces expressions et à nous demander dans quels contextes il peut être moins approprié d’y avoir recours.

Certaines de ces expressions sont nées dans des contextes coloniaux, dans des rapports de pouvoir, dans une époque où l’autre était caricaturé, exotisé, hiérarchisé, sexualisé aussi, nous rappelait-elle.

Peut-on tout de même rigoler avec ces expressions? Oui et il faut présumer de la bonne foi des gens qui les prononcent, a répondu Maryam. Il n’y a personne qui se lève le matin en disant "aujourd’hui, je vais offenser les gens en utilisant des expressions d’un autre temps"!

On peut tout dire, assurait-elle. Tout est une question de contexte et de manière. Mais en postulant que la langue est un héritage, Maryam nous amenait à nous demander si nous tenions vraiment préserver toutes ces expressions.

Des auditeurs nous ont rapidement écrit pour nous dire qu’eux aussi trouvaient certaines expressions dépassées : jouer à la belle-mère, un dialogue de sourds ou encore être gauche.

D’autres ont avancé que lorsqu’ils disent qu'un discours sonne comme du chinois, ce n’est pas pour dénigrer les Chinois, mais plutôt pour signaler que les propos sont tellement complexes qu’ils n’y comprennent rien, comme s’il s’agissait d’une langue étrangère.

Une conversation saine sur ce sujet, même en cas de désaccord, était donc possible. Or, la bulle de conversation a aussi servi de défouloir. C’est là où je trace la ligne.

Mon malaise

Imaginez la scène un instant. Pendant que je suis en dialogue avec Maryam, en direct, je vois défiler sur mon écran des insultes qui lui sont destinées. Je tente de me concentrer sur son propos, d’y ajouter mon grain de sel, de soulever des nuances. En même temps, je suis happé par la violence de messages qui la dévalorisent.

La bulle de conversation n’est pas un simple espace virtuel. C’est un canal de communication entre l’équipe de Première heure et vous. Ce sont des humains — vos concitoyens — qui lisent vos propos à mesure qu’ils s’accumulent.

Chaque fois que j’en ai l’occasion, je vous réponds. Je trouve formidable ce lien que nous tissons au quotidien, cette capacité à dialoguer que nous développons, cette petite communauté de Première heure que nous chérissons et qui, je l’espère, continuera d’accueillir de nouveaux auditeurs.

Mais vivre en communauté implique une forme de tolérance. Différentes idées doivent pouvoir cohabiter et susciter un dialogue respectueux. Nous n’avons pas besoin d’être d’accord, mais nous n’avons pas besoin de dénigrer celui qui pense autrement.

Notre communauté

Il est vrai qu'entre 5 h 30 et 9 h, nous ne nous voyons pas. Pourtant, nous cohabitons dans le même espace. Nous entendons les mêmes entrevues et les mêmes conversations, mais nous ne les percevons pas de la même façon.

Nous avons tous une origine, un passé familial, un profil socio-économique, un mode de vie, des difficultés personnelles, des préférences politiques, des aspirations. Tout ce beau monde a sa place. Et tout le monde a droit au respect, même dans le désaccord.

Il n’y a rien de plus enrichissant que d’écouter ce qui nous est étranger. Se complaire dans nos idées personnelles, qu’elles soient de gauche ou de droite, nous empêche de voir toute l’étendue de ce que nous ignorons.

Et lorsque ce qui nous est étranger nous agace, faisons un petit effort pour nous demander d’où vient notre réaction. Qu’est-ce qui, dans notre bagage personnel, vient nous remuer les tripes à ce point?

C’est souvent là que nous trouvons le courage d’accepter la légitimité des discours qui nous sont étrangers… et parfois même d’admettre que nous n’avons pas forcément raison.

La reconnaissance qu’il existe d’autres points de vue valides que le nôtre est une grande délivrance qui nous permet ensuite de comprendre que la liberté d’expression n’est pas la liberté d’insulter.

Et que la bulle de conversation n’est pas un défouloir.

Si vous souhaitez réagir à cette chronique ou me faire part de ce que vous aimeriez connaître sur les dessous de l’émission Première heure, écrivez-moi à l’adresse suivante: [email protected].

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