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Finance durable : les risques que les investisseurs ne peuvent plus ignorer

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La finance durable n’a plus le même éclat.

Pendant quelques années, les lettres ESG (les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance) étaient partout : dans les rapports annuels, les produits financiers, les engagements des banques et les déclarations des grandes entreprises. Depuis la réélection de Donald Trump, le vent a tourné. L’expression s’est politisée aux États-Unis. Au Canada aussi, certaines institutions s’en éloignent.

Le changement de vent semble avoir également refroidi les investisseurs. Selon Morningstar, les fonds durables mondiaux ont connu 84 milliards de dollars américains de sorties nettes l’an dernier.

Après des années de croissance, l’étiquette verte ne suffit plus. Les risques climatiques et énergétiques n’ont pas disparu pour autant.

Le Canada est particulièrement exposé

Pour le Canada, cette réalité est particulièrement importante.

Notre économie et la bourse de Toronto sont fortement exposées aux ressources naturelles, à l’énergie, au transport, aux banques qui financent ces secteurs et aux assureurs.

C’est le secteur de l’assurance qui est souvent le premier à voir la facture concrète des changements climatiques. Les coûts apparaissent déjà dans les primes et dans les bilans. Les assureurs commencent même à réduire leur présence ou leur couverture dans certaines régions du pays.

Un homme en chemise marche devant la bourse de Toronto.

Le poids des secteurs financiers, de l’énergie et des ressources naturelles est important à la bourse de Toronto. (Photo d’archives)

Photo : (Bloomberg) / Brent Lewin

D’ailleurs, le secteur de la finance, qui englobe les banques et les assureurs, est celui qui a le plus de poids sur l’indice TSX.

Donc, un investisseur qui se contente de surfer sur la vague de popularité des FNB indiciels qui reproduisent les marchés s’expose à certains de ces risques.

Avec les investissements passifs, on tait notre voix, affirme le gestionnaire de portefeuille et cofondateur de BeeQuest, Mathieu Blais. Donc, c’est sûr que, si on a des priorités, des convictions très fortes, aller vers un FNB indiciel, on laisse nos priorités et nos valeurs de côté.

Pour les épargnants, même si les grands enjeux environnementaux peuvent sembler loin de leur REER ou de leur CELI, le risque est peut-être plus proche qu’ils ne le croient.

Une question de risque plus que de valeurs

D’ailleurs, quand on parle à des acteurs de la finance responsable, avant d’évoquer les valeurs, ils abordent maintenant davantage la question de la gestion du risque.

Un courtier de la bourse de New York regarde des écrans présentant des données, le 1er octobre 2025.

Les informations et le niveau de risques peuvent être difficiles à juger pour des investisseurs parce que les informations ne sont pas toujours faciles à trouver. (Photo d’archives)

Photo : Associated Press / Seth Wenig

C’est nous, en tant qu’actionnaires, qui allons finir par écoper des risques qui sont mal gérés, dit Mathieu Blais, qui participait au Sommet de la finance durable à Montréal la semaine dernière. Si un investisseur commence à arrêter de regarder certains éléments qui vont le toucher, ajoute-t-il, c’est juste de la mauvaise gestion.

Une entreprise mal préparée aux changements climatiques peut effectivement faire face à des coûts d’assurance ou d’énergie plus élevés, à des actifs dévalorisés, à des litiges et à de nouvelles règles plus sévères. Ces facteurs peuvent tous influencer la rentabilité d’une société et sa performance en bourse.

Un intérêt qui ne se traduit pas toujours en placements

Desjardins observe dans ses sondages une différence entre l’intérêt que les Canadiens disent avoir pour l’investissement responsable et leurs investissements réels.

Laure Maillard.

Laure Maillard est conseillère principale en investissement responsable chez Desjardins.

Photo : Desjardins

Les conseillers financiers manquent parfois de temps et de connaissances sur l’investissement responsable, reconnaît Laure Maillard, conseillère principale en investissement responsable à Desjardins. Et de leur côté, ajoute-t-elle, les investisseurs ne pensent pas à parler d’investissement responsable avec leur conseiller au moment de gérer leurs finances.

Des informations encore difficiles à comparer

Le problème, c’est aussi que les investisseurs n’ont pas toujours l’information nécessaire pour mesurer correctement ces risques.

C’est le constat des Investisseurs pour l’accord de Paris, qui mettent fin à leurs activités. Après cinq ans de pressions sur de grandes sociétés canadiennes cotées en bourse, l’organisme conclut que les engagements volontaires ont produit des résultats limités. Certaines entreprises ont même reculé.

Son conseiller principal, l’économiste Renaud Gignac, a soutenu en entrevue à Zone économie que les régulateurs financiers pourraient en faire beaucoup plus et exiger des sociétés cotées en bourse d’expliquer en quoi leur modèle d’affaires répond à la transition [énergétique] qui est en cours.

Des éoliennes dans un champs.

Le vent a tourné pour les investissements en finance durable. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

Les gouvernements ne sont toutefois pas allés aussi loin dans leurs annonces au Sommet de la finance durable à Montréal. Ottawa a surtout soutenu le maintien à Montréal du Conseil des normes internationales d’information sur la durabilité, l’ISSB, dont le rôle est de rendre les informations climatiques et de durabilité plus claires et comparables.

Comme le disait l’investisseur milliardaire Warren Buffett pour expliquer les risques financiers à ses actionnaires, c’est quand la marée se retire qu’on voit qui se baignait nu. Les événements météo extrêmes, la hausse des coûts d’assurance et de l’énergie, les nouvelles règles et les besoins massifs en électricité révéleront, en fin de compte, qui avait vraiment fait ses devoirs. Et qui se baignait nu.

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