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Alors que le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, appuie la riposte d’Ottawa contre les tarifs du président américain Donald Trump, la province a-t-elle le pouvoir de faire peser ses propres leviers économiques dans cette guerre commerciale?
Depuis mars 2025, les alcools américains ont déserté les tablettes de la régie des alcools de l’Ontario (LCBO) sur ordre du gouvernement Ford, une mesure de rétorsion commerciale toujours en vigueur en Ontario comme ailleurs au pays.
Cette stratégie a provoqué une importante chute des exportations d’alcool américain vers le Canada, devenant un sujet majeur de tension diplomatique pour l’administration américaine.
Anna Esselment, professeure agrégée de sciences politiques à l’Université de Waterloo, croit que le retrait des boissons alcoolisées américaines des rayons des supermarchés pourrait être la tactique la plus efficace dont dispose l’Ontario en termes de levier, celle-ci ayant déjà fait ses preuves.

Les alcools américains ont été retirés des tablettes de l’ensemble des succursales de la LCBO en mars 2025, dans le cadre de la première salve de la guerre commerciale transfrontalière déclenchée par l’imposition d’une première série de droits de douane sur les produits canadiens par le président américain Donald Trump. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
Nous savons pertinemment que son effet a été dévastateur et qu’elle a constitué un atout majeur dans les négociations canadiennes, confirme-t-elle à CBC News par courriel.
Coupure des exportations d’électricité?
Le premier ministre Ford a de nouveau brandi la menace de suspendre les exportations ontariennes d’électricité vers les États-Unis, lundi, tout en évoquant la possibilité d’imposer une surtaxe sur l’électricité exportée de l’Ontario vers 1,5 million de clients au Michigan, à New York et au Minnesota.
Le politologue américain Lewis Krashinsky soutient que la menace de coupure d’électricité représente un levier important pour l’Ontario.

Lundi, le premier ministre ontarien Doug Ford a encouragé les autres provinces à mesurer leur propre pouvoir d'influence sur le marché de l'électricité. (Photo d'archives)
Photo : AFP / Geoff Robins
Difficile d’anticiper la réplique des États-Unis si Queen’s Park passait à l’acte, mais, pour ce dernier, cette initiative s’apparente toutefois à une arme à tir unique.
Comment pouvons-nous les laisser consommer de l’électricité à très bas prix pour fabriquer des biens, concurrencer les autres provinces et prendre des emplois aux Canadiens?
Une fois qu’on a joué une carte, on ne peut plus la rejouer, explique le chercheur titulaire de la chaire William Lyon Mackenzie King à l’Université Harvard.
Doug Ford a aussi invité lundi les autres provinces à évaluer leur propre capacité de pression sur le marché de l’électricité.
Nous ne sommes pas les seuls à exporter de l’électricité vers les États-Unis. Le Nouveau-Brunswick, le Québec, la Colombie-Britannique et le Manitoba, pour n’en nommer que quelques-uns, le font aussi, a-t-il rappelé. Nous devons donc nous concerter et décider si nous allons imposer des surtaxes sur l’électricité.
S’emparer de la tribune?
Donald Trump a beau avoir la tribune à Washington, le premier ministre de l’Ontario a démontré son habileté à faire passer son message aux Américains.
Tout au long de la guerre commerciale, Doug Ford a fait de fréquentes apparitions dans les médias américains. L’an dernier, son gouvernement a également diffusé une publicité anti-tarif mettant en vedette l’ancien président américain Ronald Reagan, provoquant la colère de la Maison-Blanche.

En octobre dernier, le président Donald Trump avait vivement critiqué une publicité du gouvernement de l’Ontario sur les tarifs douaniers qui mettait en vedette l’ancien président américain Ronald Reagan. (Photo d’archives)
Photo : YouTube / Gouvernement de l'Ontario
La vidéo a suscité beaucoup d’attention, mais Lewis Krashinsky souligne qu’elle n’a pas été particulièrement efficace pour amener les Américains à la table des négociations.
Lundi, le premier ministre Ford s’est exprimé davantage sur l’état de la guerre commerciale en lançant notamment quelques piques à Donald Trump. Le président a répliqué au premier ministre canadien et au premier ministre ontarien, les appelant à se plier aux exigences américaines.
Je ne réponds pas à un dictateur comme le président Trump, à un tyran comme le président Trump, a répondu Doug Ford aux journalistes lundi après-midi.

Sur fond de tensions douanières au Canada, l’affrontement médiatique et virtuel entre Doug Ford et Donald Trump atteint un sommet avec la menace du président américain de renommer le lac Ontario, lac de l’Amérique. (Photo d’archives)
Photo : Getty Images / AFP / AARON SCHWARTZ
Questionné à savoir si le recours à des insultes personnelles aurait une utilité stratégique pour le Canada, Christopher Cochrane, professeur agrégé de sciences politiques à l’Université de Toronto, en doute. Je n’imagine pas de scénario où cela pourrait s’avérer utile, a-t-il indiqué à CBC News Network lundi.
Lewis Krashinsky n’est pas non plus convaincu qu’un échange houleux avec le président américain soit bénéfique. Il a toutefois souligné qu’il pourrait être utile pour le Canada de maintenir la question des tarifs douaniers au centre du débat à l’approche des élections de mi-mandat américaines en novembre.
Si le Canada parvient à maintenir le débat sur cette guerre commerciale impopulaire auprès des Américains, cela pourrait s’avérer une tactique très efficace, croit-il.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a consacré sa journée de mardi à une tournée des médias américains afin de rappeler que les tarifs douaniers imposés par le président Donald Trump affecteront le coût de la vie des Américains.
Photo : Capture d’écran de YouTube
Le politologue conclut qu’il ne serait pas surpris de voir Doug Ford multiplier les interventions médiatiques aux États-Unis dans les prochains jours.
Cette conclusion s’est avérée prophétique puisque le premier ministre ontarien a consacré sa journée de mardi aux médias américains, faisant entre autres des apparitions en direct sur CNN, ABC News, CBS et Fox Business.
Interrogé par l’animateur Wolf Blitzer sur les ondes de CNN mardi matin, Doug Ford a reconnu que l’heure n’était plus aux attaques personnelles, préférant garder son message sur les répercussions des tarifs sur les finances de l’ensemble des Américains et des Canadiens.
« Nous sommes nos clients respectifs les plus importants ; il est temps de revenir à la table des négociations et de conclure un accord équitable. Cette situation nuit aux États-Unis comme au Canada, et nous voulons simplement nous assurer d’obtenir un accord juste », a-t-il insisté.
Avec des informations de CBC News Network, La Presse canadienne et Geoff Nixon, CBC News


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