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Présent à Gaziantep, dans le sud-est de la Turquie, pour discuter avec la population, l'élu Melih Meriç, membre du "Nouveau parti", a été poignardé. Le suspect serait un ancien président de la branche provinciale du Parti républicain du peuple (CHP). Si Melih Meriç s'en est finalement sorti après un passage par l'hôpital, l'incident illustre les tensions qui traversent l'opposition politique au président Recep Tayyip Erdoğan.
Le "Nouveau parti" a été créé en juillet dernier par Özgür Özel, ancien président du CHP, qui était la principale force d'opposition. Au mois de mai, il a été révoqué de ses fonctions suite à une décision de justice annulant le congrès qui l'avait vu accéder à la tête du parti d'opposition, réinstallant à sa place son prédécesseur Kemal Kılıçdaroğlu. Ce dernier, âgé de 77 ans, a dirigé le CHP pendant treize ans, avant de perdre l'élection présidentielle face à Erdoğan en 2023. Depuis, il a multiplié les signes de collaboration avec le pouvoir en place.
La justice défavorable à l'opposition
"C'est un piège tendu par Erdoğan, qui a capitalisé sur cette mésentente des cadres du CHP, afin de tenter de les diviser en utilisant la justice", explique Bayram Balci, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de la Turquie.
La pression du président turc sur l'opposition s'était déjà accentuée au printemps 2025, avec l'arrestation du maire d'Istanboul, Ekrem İmamoğlu, quelques jours après avoir été désigné candidat du CHP à l'élection présidentielle de 2028. Officiellement, il est accusé de corruption, d'extorsion et de soutien à une organisation terroriste. Son arrestation avait provoqué des manifestations de grande envergure dans plusieurs villes turques. Depuis sa geôle, dans laquelle il croupit depuis plus d'un an, celui-ci a récemment annoncé rejoindre les rangs de plus en plus garnis du "Nouveau parti".
Cette formation politique a le vent en poupe : 80 % des parlementaires du CHP l'auraient déjà rejointe, en faisant le plus grand groupe d'opposition au sein du Parlement turc. Le programme d'Özgür Özel repose sur un double objectif : basculer vers une démocratie parlementaire et restaurer l'indépendance de la justice. "La création de ce nouveau parti, qui s'inscrit dans la continuité du CHP, va affaiblir l'opposition", prédit Bayram Balci.
En 2028, le troisième mandat présidentiel de Recep Tayyip Erdoğan arrivera à son terme. La Constitution turque ne lui permet pas de rempiler pour cinq années supplémentaires. Reste deux options à la figure de proue du Parti de la justice et du développement : modifier la Constitution, ou convoquer des élections anticipées.
Bayram Balci pense que le chef de l'État devrait emprunter la seconde voie : "Comme la Constitution est assez floue au sujet des élections anticipées, il est difficile de savoir s'il pourra se présenter ou non". Le leader de l'AKP pourra en tout cas décider du timing de celles-ci. "En fonction du contexte et des opportunités du moment, il devrait les organiser au printemps ou à l'automne 2027. Quoi qu'il en soit, l'annonce sera faite au dernier moment, afin de laisser le minimum de temps à l'opposition pour s'organiser".
Le cadeau étonnant d'Erdogan à Bart De Wever finit entre les mains de la police aéronautiqueQu'attendre du 'Nouveau Parti' ?
Même si l'arrivée du 'Nouveau Parti' – dont l'officialisation devrait intervenir en septembre – sur l'échiquier politique divise encore un peu plus l'opposition, Bayram Balci pointe la rapidité avec laquelle une majorité de députés est passée des rangs du CHP à ceux de la formation emmenée par Özgür Özel.
"Pour autant, si des élections anticipées se profilent à l'horizon dans quelques mois, l'opposition va avoir des difficultés à décontenancer Erdoğan", pointe Bayram Balci, qui pense que le parti récemment créé par Özgür Özel peut profiter de l'effet de surprise. "Sans doute que le président turc ne s'attendait pas à ce que le plus grand parti d'opposition sorte de la crise aussi rapidement, afin de se remettre en ordre de marche sous une autre forme".
"Si le processus de formation du nouveau parti est géré correctement, la tentative du pouvoir de diviser l'opposition pourrait se retourner contre lui", précise de son côté Seren Selvin Korkmaz, cofondatrice et codirectrice de l'institut de recherche politique d'Istanbul, interrogée par le Deutsche Welle Türkçe.
Selon Bayram Balci, la réussite de l'opposition passera surtout par un front uni face à Erdogan. "Si des élections anticipées sont organisées demain, le CHP et le Nouveau Parti, malgré leurs divergences, réussiront-ils à se mettre d'accord ?".
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