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En Saxe-Anhalt, l’extrême droite “a d’ores et déjà marqué l’Histoire”

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De notre envoyée spéciale à Wolmirstedt

Ulrich Siegmund joue son va-tout. À deux jours d'un scrutin qui s'annonce historique en Saxe-Anhalt, la tête de liste du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) rappelle son objectif : il veut gouverner seul, sans l'aide d'aucun partenaire de coalition, afin de "mettre en œuvre ce qu'il a promis". Pour cela, il lui faut rallier encore plus large que les 41 % des intentions de vote que lui prédit le dernier sondage en date. Dans le cas contraire, l'AfD pourrait se retrouver sur les bancs de l'opposition, malgré l'énorme "vague bleue", la couleur de ce parti, qui s'annonce.

Ulrich Siegmund affiche le visage rassurant d'une extrême droite allemande décomplexée : "Il faut regarder entre les lignes"

"Les sondages sont bons, mais ça ne suffit pas", reconnaissait-il à La Libre Belgique en début de semaine, lors d'un meeting électoral dans la petite commune de Wolmirstedt. "Le résultat risque d'être très serré. Nous investissons chaque seconde pour convaincre les indécis", confirme ce politicien de 35 ans, entre deux selfies avec ses fans.

Craint-il néanmoins que la bataille soit perdue d'avance ? Lors de ses meetings, comme s'il voulait prévenir ses électeurs d'une déception à venir, cet homme élancé au sourire d'acteur de cinéma assure que, "quelle que soit l'issue du scrutin", lui et son parti "ont déjà marqué l'Histoire". Car c'est un fait : jamais depuis sa création en 2013, le parti d'extrême droite n'a été aussi proche du pouvoir que dans cette région de l'ex-Allemagne de l'Est, forte de deux millions d'habitants. S'il y parvenait ce dimanche, ce serait une première en Allemagne depuis 1945, et un véritable séisme politique.

Une base électorale déjà solide, un candidat qui rassure

L'une des raisons de la vague bleue annoncée en Saxe-Anhalt est la personnalité même d'Ulrich Siegmund. "L'AfD en Saxe-Anhalt dispose d'une base électorale très importante, de l'ordre de 30 % quelles que soient les élections. Elle s'est normalisée et est représentée dans les communes", constate Marc Rath, rédacteur en chef du journal Volksstimme. "Avec Ulrich Siegmund, elle s'est donné un visage amical. Il est l'homme idéal pour rallier les 5 % manquants", estime le journaliste.

Commercial de profession, Ulrich Siegmund évite en effet de faire des vagues, malgré la radicalité de son programme de gouvernement, et joue la carte de l'optimisme, promettant que "tout est possible". "Nous ne nous battons pas seulement pour la Saxe-Anhalt, insiste-t-il. La Saxe-Anhalt sera la première étape. Pour résoudre les problèmes du pays, nous avons besoin d'un gouvernement fédéral mené par l'AfD."

En Allemagne, face à l'extrême droite, le désarroi des partis du centre

Cela explique qu'il ait fait des thèmes nationaux le cœur de sa campagne : hausse des prix de l'essence, immigration et guerre en Ukraine. Sur le terrain, les supporters de l'AfD le suivent, dirigeant leurs critiques contre le très impopulaire chancelier Friedrich Merz, chef d'une coalition réunissantt les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates, accusé de "désindustrialiser le pays", de verser "des milliards à l'Ukraine" et de "faire crouler l'Allemagne sous les dettes".

L'impact de la crise de l'industrie automobile

À cela s'ajoute l'insécurité économique dans un Land où les industries, singulièrement automobile et énergétique, souffrent. Ainsi, dans la région du Harz, trois équipementiers, clients de Volkswagen et employant plus d'un millier de personnes, ont été placés en redressement judiciaire. "L'inquiétude est grande parmi les collègues, avoue Sven Fricke, représentant du comité d'entreprise chez GAW, basé à Wernigerode. Que se passera-t-il si on ne trouve pas d'investisseur ? Sans production, nos compétences sont perdues."

Quant aux quelques bonnes nouvelles, comme les embauches supplémentaires chez le fabricant d'armes Rheinmetall dans une commune voisine, elles ne "compensent pas l'insatisfaction générale".

Inquiétude des grandes entreprises

Face à la très probable vague bleue, les autres partis politiques et la société civile tentent le tout pour le tout. "Cette élection déterminera la direction que prendront la région et toute l'Allemagne", constate solennellement Sven Schulze, l'actuel ministre-président chrétien-démocrate, lors d'une rencontre à Magdebourg.

Le Land de Saxe-Anhalt,  le chef-lieu Magdebourg et la ville de WolmirstedtLe Land de Saxe-Anhalt, le chef-lieu Magdebourg et la ville de Wolmirstedt ©IPM Graphics

L'importance du scrutin est aussi soulignée par Friedrich Merz en personne : "Je ne peux pas imaginer que des investisseurs internationaux aient envie de venir inaugurer une nouvelle usine aux côtés d'un ministre-président de l'AfD", a-t-il lancé à la télévision publique.

En Allemagne, les projets secrets de "remigration" de l'extrême droite rappellent le nazisme

Sur le terrain, les représentants de grandes entreprises s'inquiètent surtout de la politique migratoire de l'AfD, qui promet des "expulsions de masse" et le départ des "soignants de cultures étrangères", jugés "un danger pour les patients".

"Nos performances économiques sont en partie liées au fait qu'on a réussi à attirer de la main-d'œuvre étrangère et des jeunes dans des formations techniques, argumente Thomas Brockmeier, président de la chambre régionale de l'industrie et du commerce. Cela doit se poursuivre. Ceux qui s'isolent, perdent.". Les inquiétudes sont telles qu'une centaine de magasins et restaurants, gérés par des personnes d'origine étrangère, ont tiré le rideau de leurs établissements la semaine dernière.

Le secteur culturel, les Eglises… organisent la résistance

Dans les milieux culturels, qui relèvent des compétences des régions, la mobilisation grandit aussi. Car l'AfD promet un "tournant culturel patriotique" et une nouvelle doctrine, "penser allemand", qui impliquerait de réserver les subventions aux seules institutions jugées "patriotiques".

Même les Églises, catholique et protestante, sont prises pour cibles par une AfD qui leur reproche, entre autres, leur aide aux réfugiés. En réponse, le diocèse de Magdebourg a lancé une campagne intitulée "Voter en conscience", pour inciter les électeurs à "ne pas voter avec leurs émotions mais avec des valeurs". "En tant qu'évêque, je dois donner une orientation, mais je ne me fais pas d'illusions. Nous ne convaincrons pas les partisans les plus durs de l'AfD", reconnaît Mgr Gerhard Feige.

En Allemagne, du porte-à-porte pour contrer la montée de l'extrême droite : "Nous sommes la majorité ! Agissez !"

Freiner la poussée de l'extrême droite passe aussi par un appel au "vote utile", afin de permettre au plus grand nombre de partis d'entrer au Parlement et d'empêcher qu'elle obtienne une majorité absolue. Une tactique dénoncée par l'AfD, qui évoque de son côté des cas de fraude via le vote par correspondance, et appelle d'ores et déjà ses partisans à "la plus grande vigilance" dimanche.

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