Jeudi 23 juillet 2015, sur le chantier de fouilles de la Caune de l’Arago, à Tautavel (Pyrénées-Orientales), un étudiant de 20 ans sort de terre une dent humaine. Valentin Loescher, étudiant en histoire de l’art et archéologie, participait à ses premières fouilles. L’incisive qu’il tient entre les doigts date d’environ 560 000 ans, soit 100 000 ans de plus que l’homme de Tautavel, jusque-là considéré comme le plus vieux Français.
Le musée de Tautavel en fait l’annonce publique le 27 juillet 2015.
À retenir
- Une incisive humaine d’adulte date d’environ 560 000 ans.
- Elle devance de plus de 100 000 ans l’homme de Tautavel, jusque-là le plus vieux Français.
- La découverte a été faite par un étudiant de 20 ans lors de ses premières fouilles.
Sommaire
Une grotte fouillée chaque année depuis 1964
La Caune de l’Arago s’ouvre dans une falaise, à 80 mètres au-dessus d’une rivière. Elle surplombe la vallée du Verdouble, dans les Corbières. Les fouilles y sont systématiques et annuelles depuis avril 1964, dirigées par Henry et Marie-Antoinette de Lumley, avec des équipes de jeunes bénévoles. Selon le ministère de la Culture, les humains y sont venus de façon épisodique entre 690 000 et 95 000 ans, laissant les traces d’une cinquantaine d’occupations. Ils y installaient des campements d’une ou plusieurs années, des séjours saisonniers de 2 à 6 mois ou de simples haltes de chasse de 1 à 4 semaines.
En leur absence, des ours venaient hiverner dans la caverne, ou de grands carnivores s’y installaient. À l’été 1971, l’équipe met au jour le crâne le plus célèbre du site, Arago XXI, celui de l’homme de Tautavel.
Avant 2015, 148 restes humains avaient été recensés : 123 dents, 5 mandibules, 9 éléments de membre supérieur et 19 de membre inférieur. Ils représentent 30 individus, dont 18 adultes et 12 jeunes. Le total dépasse aujourd’hui les 150 restes, tous datés de 570 000 à 400 000 ans.
Pour ces 30 individus, l’espérance de vie moyenne, une fois l’enfance passée, est estimée à 20-25 ans. Valentin a exactement l’âge que la plupart d’entre eux pouvaient espérer atteindre.
Un jeudi de juillet, une incisive d’adulte
Ce jeudi-là, Valentin travaille en binôme avec Camille Jacquey. Au milieu d’autres vestiges, dont une mandibule de cheval et une corne de rhinocéros, apparaît une dent. Il passe ses vacances sur ce chantier, son tout premier.
Il s’agit d’une incisive inférieure d’adulte.
Les deux étudiants présentent la dent à Amélie Vialet, la paléoanthropologue qui dirige la fouille. Son profil est examiné par ordinateur, grâce à ses courbures caractéristiques, puis l’échantillon part au laboratoire. Elle gisait dans un niveau de sol que la chercheuse dit remonter à 550 000 ans, daté par de nombreuses méthodes différentes. Aucun autre os humain n’a été trouvé avec elle, ce qui empêche de dire s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme.
Ce que changent 100 000 ans
L’écart se mesure à partir d’un repère connu : l’homme de Tautavel, âgé de 450 000 ans, était jusqu’alors le plus vieux Français. La dent de Valentin le devance de plus de 100 000 ans, 44 ans après la découverte du crâne en 1971. Les chiffres varient d’une source à l’autre : la presse a retenu 560 000 ans, certaines reprises de l’annonce 550 000. La formule sûre reste « plus d’un demi-million d’années ».
Amélie Vialet a parlé d’une découverte majeure, car on a très peu de fossiles humains de cette période en Europe. En 2015, la presse l’a présentée comme le plus ancien reste humain découvert en France, un titre à situer à la date de l’annonce.
Le propriétaire de l’incisive a été baptisé Arago 149.
Pour la grotte, la dent n’est pas un point de départ. Les premières occupations remontent à 690 000 ans selon le ministère de la Culture, soit 130 000 ans avant l’incisive de Valentin.
Rapportée à l’âge de son découvreur, la dent a 28 000 fois les 20 ans de Valentin. Elle s’ajoute à environ 600 000 objets mis au jour sur le site, selon CNews. D’après le Midi Libre, elle est très usée, mais devrait aider les chercheurs du Centre européen de recherches préhistoriques de Tautavel à mieux cerner la morphologie des premiers Européens. Les scientifiques vont maintenant se pencher sur la dent.
Le bénévole et le cubi de muscat
Valentin ne boude pas son plaisir : « Je ne joue pas au Loto, mais je devrais peut-être ! » Pour un premier chantier de fouilles, il n’a pas manqué de veine. Et il ne regrette pas de passer ses vacances à gratter la terre.
Selon lui, le laboratoire paie l’apéro à chaque reste humain découvert, et cette fois, c’était un cubi de muscat.
Sur un site fouillé depuis 1964, quelques centimètres de terre peuvent encore réécrire la chronologie. Chaque été, de nouveaux bénévoles reprennent les mêmes carrés de sol. La campagne de 2015 était la 51e, menée par le Centre européen de recherches préhistoriques de Tautavel avec l’Institut de paléontologie humaine de Paris.
Sources : fondationiph.org | franceinfo.fr


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