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En plongeant près d’une épave au fond du Rhône en 2007, des archéologues d’Arles ont littéralement remonté un César que tout le monde ne reconnaît pas

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Un buste de marbre de 39,5 cm de haut, tiré du Rhône à Arles en 2007, est présenté depuis comme le portrait de Jules César. Tout le monde ne le reconnaît pas. Le musée qui le conserve parle lui-même de « buste présumé ».

À retenir

  • Un buste de marbre de 39,5 cm a été repêché dans le Rhône à Arles en 2007.
  • Les découvreurs y voient un portrait de Jules César réalisé de son vivant.
  • Le musée le présente comme un buste présumé, faute d’inscription le nommant.

Sommaire

  1. Une tête retournée près de l’épave Arles-Rhône 7
  2. Pourquoi on y voit César, et pourquoi d’autres refusent
  3. Du musée bleu au timbre de 2014

Une tête retournée près de l’épave Arles-Rhône 7

La prospection a été menée en septembre-octobre 2007 par le département de recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, un service de l’État, dans le lit du Rhône. Elle visait la rive droite, du côté du quartier de Trinquetaille. Les plongeurs travaillaient près des bois de l’épave Arles-Rhône 7, et c’est là que la tête est apparue, retournée face contre terre. Le nom qui reste attaché à la trouvaille est celui de Luc Long, plongeur archéologue arlésien, que la presse cite comme le découvreur.

Ce n’était pas son coup d’essai dans le fleuve. En 2004, son équipe avait déjà mis au jour le chaland romain Arles-Rhône 3, déclaré trésor national. Le buste de 2007 allait pourtant faire plus de bruit que tout le reste.

Le marbre est de grandeur nature et bien conservé dans l’ensemble. Il manque seulement une partie du nez et de l’oreille gauche. Selon la fiche du musée, la pièce mesure 39,5 cm de haut, 22 cm de large et 18 cm de profondeur, et son marbre vient de Dokimeion, dans l’actuelle Turquie.

La même campagne a aussi livré une statue de Neptune et des statuettes.

Mais c’est le visage qui retient l’œil. Rides profondes, front dégarni, cheveux ramenés vers l’avant : le sculpteur a représenté un homme vieillissant, sans l’adoucir. À l’arrière du crâne, 2 goujons de fer sont encore en place, et le musée explique que d’autres morceaux de marbre devaient compléter la sculpture, sans doute montée sur un pilier hermaïque.

Pourquoi on y voit César, et pourquoi d’autres refusent

Les découvreurs y reconnaissent un portrait de César réalisé vers 46 av. J.-C. La Bibliothèque nationale de France rappelle que l’identification repose sur une comparaison avec des monnaies et sur un argument historique : Arles a été fondée comme colonie par le conquérant des Gaules, pour les vétérans de la VIe légion. Le musée, lui, date la sculpture entre 50 et 40 av. J.-C.

Luc Long a avancé que le buste aurait pu être jeté dans le fleuve après l’assassinat de César en 44 av. J.-C., quand posséder son portrait devenait politiquement risqué. Auprès de l’AFP, il a employé le verbe « soupçonner ».

Les réserves viennent de plusieurs côtés. Aucune inscription ne nomme le personnage, et la ressemblance avec les portraits de César frappés sur les monnaies n’a rien d’évident. Certains spécialistes pensent à un notable local, d’autres à un « visage d’époque », c’est-à-dire un portrait où les élites imitaient les traits du dictateur. Lors de l’exposition parisienne, la confrontation avec un buste de César trouvé à Tusculum, en Italie, au début du XIXe siècle, a montré des points communs, la calvitie et les joues creuses, mais aussi des écarts : le nez busqué et la tête plus ronde du buste d’Arles.

Près de 200 portraits de César sont connus, tous largement posthumes.

Si le buste d’Arles était bien le sien, il serait donc réalisé de son vivant, ce que Luc Long revendique. Le musée reconnaît que de nombreux spécialistes lui trouvent les traits de César et une date de la fin de la République ou du début de l’Empire, mais il rappelle que d’autres parlent de visage d’époque. D’où le qualificatif de « présumé » dans l’intitulé de sa notice.

Le débat a aussi pris un tour direct entre institutions. Claude Sintes, directeur du musée d’Arles antique, a répondu à l’archéologue allemand Paul Zanker, partisan du « visage du temps », qu’à l’époque de César, Arles était une petite ville sans familles encore très puissantes. L’argument est historique, pas épigraphique : il ne peut pas remplacer une inscription.

Du musée bleu au timbre de 2014

Le buste a été présenté à la presse en mai 2008. Selon les comptes rendus de l’époque, la ministre de la Culture d’alors, Christine Albanel, y a vu la plus ancienne représentation connue de César. Cette prudence qu’affiche aujourd’hui le musée n’était pas celle de l’annonce.

À Arles, l’exposition « César, le Rhône pour mémoire » s’est tenue du 24 octobre 2009 au 2 janvier 2011 et a dressé le bilan de 20 ans de fouilles subaquatiques dans le fleuve. Elle a obtenu le label d’intérêt national, pendant que le portrait présumé déclenchait une controverse internationale.

Le Louvre a pris le relais en 2012, avec « Arles, les fouilles du Rhône », du 9 mars au 25 juin. En 2014, l’image du buste est passée sur un timbre.

Dans les collections du musée, il porte le numéro d’inventaire RHO.2007.05.1939.

On peut le voir au musée départemental Arles antique, où il est déposé par le service d’archéologie subaquatique qui a conduit la prospection de 2007. Le bâtiment, signé Henri Ciriani et ouvert en 1995, se dresse sur les berges du fleuve même qui a rendu la tête.

Sources : researchgate.net | hunza.pro

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