À retenir
- Des restes humains ont été déposés dans des bauges à ours il y a plus de 28 000 ans.
- La galerie de Cussac s’étend sur 1,6 km et compte plus de 150 gravures du Gravettien.
- La grotte a été découverte en 2000 par Marc Delluc, cuisinier amateur au ministère de la Défense.
Sommaire
Des os humains, pas des os d’ours
À Cussac, sur la commune du Buisson-de-Cadouin, entre Bergerac et Sarlat, les dépressions creusées dans l’argile par les ours abritaient autre chose que leurs anciens occupants. Selon le ministère de la Culture, on y trouve des gravures et des vestiges humains déposés dans des bauges à ours il y a plus de 28 000 ans. La galerie s’étire sur 1,6 km et porte plus de 150 gravures attribuées au Gravettien.
Le chiffre de 28 000 ans représente plus de 6 fois l’âge des pyramides de Gizeh.
Le plus surprenant tient à la manière dont la grotte a été trouvée. Elle l’a été par un amateur, un cuisinier, et non par une équipe de chercheurs mandatée pour cela.
Une entrée que l’on croyait sans suite
En 1950, un préhistorien avait fouillé l’entrée de la cavité sur une dizaine de mètres, sans déboucher sur rien. La grotte est restée telle quelle pendant un demi-siècle. Le 16 septembre 2000, Marc Delluc et un autre spéléologue y sont retournés.
Marc Delluc était cuisinier au ministère de la Défense et spéléologue amateur. Le week-end, il est revenu seul sur place les samedis 23 et 30 septembre. Le 7 octobre, il a ramené deux collègues pour forcer un passage menacé d’éboulis. Il n’a emprunté qu’un étroit cheminement afin de préserver le sol, puis il a aussitôt déclaré sa découverte.
Cinquante ans séparent la fouille de 1950 de la découverte de 2000.
Dans ce genre de cavité, un pas de travers peut effacer des traces que nul ne verra jamais. Le sol argileux garde l’empreinte de tout ce qui l’a touché, aussi bien celle d’un ours que celle d’un humain ou d’un spéléologue. Choisir un seul cheminement, c’était traiter la grotte comme un site archéologique avant même de savoir ce qu’elle contenait.
Ce que la galerie renferme
Sur 1,6 km, soit l’équivalent de 16 terrains de football mis bout à bout, les parois portent plus de 150 gravures du Gravettien. Le Grand Panneau se trouve à 310 m de l’entrée et compte environ 130 figures. À lui seul, il rassemble donc la grande majorité de l’ensemble connu.
Les bauges sont des dépressions creusées dans le sol par les ours, qui s’en servaient pour passer l’hiver. Les spécialistes qui ont décrit la grotte dans la revue Paléo notent que les ossements d’ours ont presque tous disparu. Il reste surtout des griffades sur les parois et plusieurs séries de bauges dans l’argile.
Les ours sont donc passés bien avant les humains, et seules leurs marques sont restées.
Les humains du Gravettien ont ensuite déposé des restes dans ces creux. Ces vestiges sont répartis entre les différents panneaux gravés. Il est difficile de ne pas y voir un choix délibéré de lieu, même si les sources consultées ne chiffrent pas le nombre d’individus et que la prudence s’impose sur les interprétations.
Une cavité ornée où l’on retrouve aussi des restes humains reste rare. D’ordinaire, les grottes décorées du Paléolithique supérieur se lisent par leurs parois, et leurs occupants humains restent absents ou invisibles. À Cussac, les gravures et les corps appartiennent apparemment au même épisode.
Protéger plutôt que montrer
L’État a réagi vite. La grotte est entrée en instance de classement dès le 23 novembre 2000, soit à peine plus de deux mois après la découverte. Elle a ensuite été classée monument historique le 3 juillet 2002.
Les études scientifiques se poursuivent depuis 2009. Elles se déroulent dans un milieu où du gaz carbonique est présent de façon épisodique, ce qui complique les visites et limite le temps passé sous terre. La grotte ne sera probablement jamais ouverte au public.
Un préhistorien la décrit comme une « anti-Lascaux ».
La formule dit l’essentiel. Lascaux est le symbole d’une grotte connue de tous, alors que Cussac est conçue comme un site que l’on étudie sans y entrer en nombre. Pour qui veut la voir, il faudra donc se contenter de ce que les chercheurs en publient.
Un inventeur discret, disparu trop tôt
Marc Delluc est mort subitement le 3 décembre 2017, à 60 ans, quelques mois seulement après son départ à la retraite. Il était né en 1957. Le ministère de la Culture lui a rendu hommage en tant qu’inventeur de la grotte ornée de Cussac, ce qui est le terme officiel pour désigner celui qui la découvre.
La carrière de Delluc ne le destinait pas à l’archéologie, et pourtant son geste a été celui d’un professionnel : ne pas piétiner, déclarer tout de suite, laisser faire les spécialistes. Il aura connu sa grotte pendant 17 ans, dont 8 ans d’études scientifiques à partir de 2009.
Dans la grotte, on peut encore suivre le chemin qu’il avait choisi de tracer, plutôt que de laisser la curiosité décider à sa place. Le sol, lui, a gardé ce que les ours avaient commencé et ce que des humains y ont déposé il y a plus de 28 000 ans.
Sources : journals.openedition.org | pacea.u-bordeaux.fr


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