Quarante-deux millions de pneus usagés, enterrés puis empilés pendant des décennies dans la région de Sulaibiya, au nord-ouest de Koweït City. Ils formaient une tache noire que les satellites distinguaient sans effort. Le site n’existe plus sous cette forme, car les autorités ont lancé à partir de 2021 un vaste plan de recyclage, mais pendant des années il a ressemblé à un brasier en attente.
À retenir
- Le site de Sulaibiya comptait entre 20 et 40 millions de pneus en 2020.
- Des incendies majeurs y ont éclaté, dont un en 2012 qui a consumé plus de 5 millions de pneus.
- À partir de 2021, 42 millions de pneus ont été transportés vers une usine de traitement.
Sommaire
Des fosses dans le sable, puis des montagnes de caoutchouc
Pendant des années, les autorités koweïtiennes ont creusé d’immenses fosses dans le sable de Sulaibiya pour y jeter des pneus. Avec le temps, ces fosses sont devenues des montagnes de caoutchouc.
Le compte exact n’a jamais fait consensus. En 2020, le site comptait entre 20 et 40 millions de pneus selon le directeur de l’Agence de protection de l’environnement du Koweït, cité par Gulf News. Certaines sources vont jusqu’à cinquante millions d’unités, et le chiffre de 42 millions correspond au volume acheminé vers l’usine de traitement. Dans tous les cas, Sulaibiya figurait parmi les plus grands cimetières de pneus jamais recensés sur la planète.
Une cicatrice noire, nette, visible depuis l’espace.
Selon MyJournal, le pays manquait de politiques claires pour la gestion et le recyclage des déchets pneumatiques. Plutôt que de les recycler ou de les réutiliser, on les a entassés pendant des décennies dans cette décharge à ciel ouvert. Le même média évoque aussi des insectes nuisibles, comme les moustiques, qui trouvent refuge dans les pneus, et un sol autrefois fertile devenu stérile, empoisonné par les substances chimiques libérées par le caoutchouc.
Le point de départ remonte loin. Les images satellitaires montrent que la zone sert de déchetterie à pneus au moins depuis 2006, soit 15 ans d’accumulation avant le chantier de 2021, le temps qu’un enfant né cette année-là arrive au lycée.
Des feux à répétition, jusqu’à la colonne de fumée virale
Un tas de pneus est une réserve de combustible. En 2012, un incendie a consumé plus de 5 millions de pneus, une véritable catastrophe. Science Post compte au total trois incendies catastrophiques libérant des substances toxiques. En 2020, plusieurs feux se sont déclarés sur le site, suscitant l’inquiétude des autorités, d’après Gulf News.
Les images n’ont pourtant circulé massivement qu’en août 2021.
La scène s’est produite à Sulaibiya, dans le gouvernorat d’Al Jahra, en avril 2021, selon Les Observateurs de France 24. Dans un décor désertique, un gigantesque panache de fumée noire s’élève dans un ciel bleu. Au premier plan, des pneus jonchent le sol à perte de vue.
Selon Yahoo News, les décharges de pneus s’enflamment facilement et un feu déclaré devient extrêmement difficile à éteindre. La fumée épaisse dégagée est chargée de produits chimiques toxiques, nocifs pour les communautés voisines et les écosystèmes. À Sulaibiya, le combustible se comptait en dizaines de millions de pneus.
Un déménagement à 42 millions de pneus
À partir de 2021, les autorités koweïtiennes ont mis en place un vaste plan de recyclage. Il impliquait le transport de 42 millions de pneus vers une usine de traitement des déchets. Cinq autres millions ont été exportés.
Le chiffre donne le vertige. Avec 42 millions de pneus, on frôle la population de l’Espagne, et les 5 millions exportés portent le total à 47 millions.
Science Post décrit un chantier mené en quelques mois, digne d’une infrastructure nationale. Les Surligneurs confirment que le site a été nettoyé en 2021, et les colonnes de fumée appartiennent désormais au passé. Science Post y voit une seconde vie pour les déchets. Ce que l’on appelait un cauchemar environnemental a donc changé d’adresse plutôt que de disparaître d’un coup.
Un déménagement n’est pas une politique. Déplacer des dizaines de millions de pneus règle le problème d’un site, pas celui du flux qui l’a nourri, et les sources consultées ne précisent pas quelles règles encadrent aujourd’hui les pneus usagés au Koweït. MyJournal rappelle d’ailleurs que cette situation n’est pas unique, d’autres pays, notamment en développement, affrontant les mêmes difficultés.
L’image a survécu au site
Le 9 janvier 2026, un internaute a présenté sur Facebook la photo d’une colonne de fumée noire au-dessus d’une mer de pneus comme celle du plus grand cimetière de pneus au monde. Le cliché est authentique, mais il date de bientôt cinq ans, comme l’avait déjà relevé TF1 en 2023.
Démêler le vrai du faux tient en quelques recoupements. Les Observateurs de France 24 situent la scène en avril 2021, à Sulaibiya. Gulf News avait signalé dès 2020 des feux sur place et une estimation de 20 à 40 millions de pneus. Enfin, les images ne sont devenues virales qu’en août 2021, ce qui explique qu’on les croie plus récentes qu’elles ne le sont.
Le site, lui, a disparu en 2021.
Certaines pages décrivent pourtant encore Sulaibiya au présent, avec plus de 40 millions de pneus entassés. Les Surligneurs rappellent à l’inverse que le cimetière n’existe plus. Quant aux chiffres, de l’estimation de 20 à 40 millions en 2020 aux 42 millions évacués, ils se lisent mieux comme des ordres de grandeur que comme un décompte au pneu près.
Sources : myjournal.fr | malaysia.news.yahoo.com | recyc-quebec.gouv.qc.ca


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