À retenir
- Les renards roux sautent surtout vers le nord-est magnétique lorsque la proie est cachée.
- L’étude tchèque a relevé 592 sauts de 84 renards entre 2008 et 2010.
- Près de 74 % des sauts réussis se concentrent autour de 20° à l’est du nord magnétique.
- Aucun récepteur magnétique n’a encore été identifié chez le renard.
Sommaire
Un saut à l’aveugle, guidé par l’oreille
Un renard roux qui plonge tête la première dans la neige ne choisit pas son cap au hasard. Des observations visuelles de renards en train de « mulotter » montrent une forte tendance à diriger l’attaque vers le nord-nord-est magnétique, soit environ 20° à l’est du nord magnétique. Quand la proie est cachée, c’est dans cette direction que l’attaque a le plus de chances d’aboutir.
Les chercheurs appellent cette technique le « mousing ». Le renard saute haut pour surprendre sa proie par le dessus. Les victimes sont de petits rongeurs, des campagnols surtout, tapis dans les hautes herbes ou sous la neige.
Quand la proie est cachée, la vue ne sert à rien. L’ouïe semble être le sens principal pour la localiser dans la végétation haute ou sous la neige, et le renard qui prépare son bond montre un haut degré d’attention auditive. Reste à transformer un bruit étouffé en distance, puis à retomber pile dessus. C’est sur ce point que l’équipe tchèque a cherché une régularité.
592 sauts relevés à la boussole
L’étude, publiée en 2011 dans Biology Letters, repose sur 592 sauts de 84 renards.
Vingt-trois biologistes et chasseurs expérimentés ont observé 84 renards roux sauvages dans 65 localités tchèques, entre avril 2008 et septembre 2010, à différentes heures du jour. L’orientation de la tête était mesurée à la boussole, avec une précision de 10°. Les 592 sauts se répartissent en 95 séries de chasse.
Une série dure en moyenne 19 minutes (de quelques secondes à 88 minutes) et compte en moyenne 7 sauts. En multipliant la durée moyenne par le nombre de séries, on arrive à près de 30 heures de chasse cumulées.
Tous ces sauts n’ont pas servi à mesurer l’efficacité. Pour 200 d’entre eux seulement, la réussite ou l’échec immédiat de l’attaque a pu être établi sans ambiguïté. Les 392 autres renseignent sur le cap préféré, pas sur le taux de réussite.
Les auteurs ont confronté le cap à l’heure, à la saison, à l’observateur, au sexe et à l’âge de l’animal. Le cap reste le même quels que soient l’heure, la saison, la couverture nuageuse ou la direction du vent. Le soleil ne peut pas non plus servir de repère : sous un couvert haut ou de la neige, les ombres portées du renard ne jouent aucun rôle, comme le souligne Hynek Burda, coauteur de l’étude.
Le nord-est gagne, le sud aussi
Sous un couvert bas, où la proie se repère à l’œil, le renard n’a pas de direction préférée. Dans les herbes hautes ou la neige, la préférence pour le nord-est devient nette. Dans ce second cas, 74 % des sauts réussis se concentrent autour de 20° à l’est du nord magnétique. Un second groupe, de 15 %, se situe plein sud.
Près de 9 succès sur 10 se jouent donc dans deux directions seulement.
Selon la reprise de l’étude par National Geographic, les attaques vers le nord-est aboutissent dans 73 % des cas, contre 60 % dans la direction opposée, sur 200 sauts. Dans toutes les autres directions, le taux tombe à 18 %. Ces pourcentages ne figurent pas tels quels dans le texte principal de l’étude et viennent sans doute de données complémentaires, ce qui explique les 72,5 % que retient Phys.org.
Boussole interne ou biais d’observation
Pour expliquer ce cap, les auteurs proposent que le champ magnétique terrestre serve de télémètre. Dans l’hémisphère nord, ce champ est incliné de 60 à 70° sous l’horizontale.
Le renard sauterait lorsque l’angle sous lequel il perçoit le bruit de la proie coïnciderait avec cette pente. Il se retrouverait ainsi toujours à la même distance de sa cible au moment du bond. Cela expliquerait pourquoi le cap compte surtout quand la proie est cachée, puisque si le renard voit sa proie, il estime la distance avec ses yeux. Burda présente cette idée comme l’hypothèse favorite de l’équipe.
Aucun récepteur magnétique n’a été identifié chez le renard.
L’idée d’un sens magnétique chez les mammifères n’a rien d’exotique. Des travaux ont montré que les vaches et les cerfs, pas seulement les oiseaux et les abeilles, orientent leur corps selon le champ terrestre. Jaroslav Červený, premier auteur de l’étude sur les renards, avait d’ailleurs cosigné celle sur les vaches. La nouveauté serait l’usage : les renards seraient les premiers animaux soupçonnés d’employer cette boussole pour estimer une distance.
Une piste évoquée voudrait que le renard perçoive le nord comme une tache sombre superposée à sa vision, grâce à des cryptochromes. Elle reste spéculative, comme le mécanisme dans son ensemble.
L’article de 2016 paru dans Animal Biotelemetry, consacré aux bio-loggers posés sur des renards semi-domestiqués, rappelle que les preuves directes manquent. Les études d’observation restent exposées au biais d’observateur : un humain qui note des caps peut, sans le vouloir, voir ce qu’il cherche. Les 200 sauts dont l’issue est connue forment par ailleurs un échantillon modeste face aux 592 relevés. Aucune réplication connue n’a été menée sur des renards de France.
Tout est parti d’une observation fortuite : Červený avait remarqué un renard qui mulotait en direction du nord, puis il a décidé de compter. Le protocole est à la portée d’un promeneur patient, boussole en main, avec la précision de 10° des chercheurs. À condition de noter aussi la hauteur du couvert, car en herbe rase la direction ne change presque rien.


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