Un goéland argenté ne fonce pas sur le premier paquet de chips venu. Sur le front de mer de Brighton, des chercheurs de l’université du Sussex ont constaté qu’il commence par regarder l’humain, puis qu’il vise l’emballage assorti à celui dans lequel la personne mange. Un paquet bleu, un paquet vert, et un seul des deux l’intéressait vraiment : celui dont la couleur correspondait au casse-croûte de l’expérimentateur, assis à environ 5 m de là.
Le regard du goéland passe d’abord par vos mains.
À retenir
- Un goéland argenté vise l’emballage assorti à celui que mange l’humain.
- Quand la personne mange, 48 % des goélands s’approchent, contre 19 % quand elle reste neutre.
- À Exeter, une barre d’avoine tenue 20 secondes attire 79 % des coups de bec.
Sommaire
Brighton : 8,7 km de front de mer transformés en laboratoire
Le goéland argenté fait partie des rares espèces qui prospèrent dans les paysages façonnés par l’humain, et sa familiarité avec les passants en fait un candidat idéal pour étudier la cognition sociale entre espèces. L’étude de Franziska Hacker, Kiera Smith et Paul Graham, reçue par Biology Letters le 26 janvier 2023 et acceptée le 5 mai, a été mise en ligne le 24 mai 2023. Elle part d’une question simple : la couleur de ce qu’un humain mange influence-t-elle le choix du goéland, au point de lui faire picorer un objet qu’il n’a pas vu manipuler ?
Le dispositif tient en 2 paquets de chips, 1 bleu et 1 vert, fixés sur des carreaux à quelques mètres l’un de l’autre. L’expérimentateur s’installe à environ 5 m. Selon l’essai, il mange dans un paquet bleu, mange dans un paquet vert, ou reste simplement assis, sans manger. Aucun oiseau n’est contraint de participer, et tous peuvent s’en aller à tout moment.
Le front de mer de Brighton s’étire sur 8,7 km, presque la distance d’un 10 km de course à pied, et les essais y ont été menés en 2 temps : mai-juin 2021 par Franziska Hacker, mars-mai 2022 par Kiera Smith. Tout se passe en semaine, entre 7 h et 16 h, pour limiter le passage des piétons, et la marée basse est évitée, car les goélands y sont occupés à chercher leur nourriture naturelle. D’un essai à l’autre, les lieux changent et restent espacés d’au moins 200 m, afin de ne pas retester le même oiseau.
Quand la personne reste neutre, 19 % des goélands s’approchent des paquets. Dès qu’elle mange, la proportion grimpe à 48 %, soit près de 1 oiseau sur 2 contre 1 sur 5, une approche 2,5 fois plus fréquente.
Et 95 % des coups de bec visent la couleur de l’humain.
Ce pourcentage porte sur les goélands qui ont donné un coup de bec, pas sur tous ceux qui se sont approchés du dispositif. Les sources consultées ne donnent ni le nombre total d’oiseaux testés à Brighton ni l’effectif exact derrière ce chiffre. Il se lit donc comme une tendance très nette plutôt que comme une règle absolue. Autre donnée à retenir : environ 86 % des coups de bec viennent d’adultes, qui ne représentent que 46 % de l’échantillon.
Exeter, 2020 : une barre d’avoine tenue pendant 20 secondes
Trois ans avant la mise en ligne de l’étude de Brighton, une équipe de l’université d’Exeter avait déjà posé la question avec un matériel encore plus rustique. Goumas, Boogert et Kelley, du Centre for Ecology and Conservation sur le campus de Penryn, en Cornouailles, publient leur travail dans Royal Society Open Science le 26 février 2020. Le protocole repose sur 2 seaux retournés qui cachent chacun 1 barre d’avoine emballée.
La chercheuse soulève les 2 seaux, prend 1 des 2 barres, la tient pendant 20 secondes, puis la repose à sa place, devant les oiseaux. Sur 38 goélands testés, 24 donnent un coup de bec, et parmi ces 24, 19 (soit 79 %) choisissent la barre qu’elle avait manipulée, les 5 autres visant l’autre.
Reste à savoir si les goélands réagissent à n’importe quel geste humain. Une seconde expérience remplace les barres par des éponges de même taille et de même forme. Cette fois, la préférence pour l’objet manipulé ne dépasse pas le hasard, ce qui limite l’effet à la nourriture.
L’échantillon reste mince : 24 coups de bec au total.
Ces chiffres suggèrent que les goélands argentés urbains exploitent les indices comportementaux des humains pour localiser de la nourriture, sans permettre de conclure de façon définitive. Ils rejoignent pourtant ceux de Brighton : à Exeter, l’humain tient la nourriture pendant 20 secondes, à Brighton, il la mange.
Un quart des goélands seulement passe à l’acte
Tous les goélands ne sont pas des voleurs : seul environ 1 goéland urbain britannique sur 4 tente de voler de la nourriture. L’équipe du Sussex relie ce comportement au kleptoparasitisme, c’est-à-dire le fait de profiter de la nourriture d’autrui. Dans le communiqué de l’université, les chercheurs décrivent des oiseaux qui tournent la tête pour observer l’expérimentateur avant de piquer le paquet assorti.
Les auteurs avancent que l’urbanisation du goéland argenté est récente, et que ce transfert d’information entre espèces pourrait n’être qu’un sous-produit de la souplesse cognitive propre aux espèces kleptoparasites. Si l’on suit ces résultats, un sandwich brandi à bout de bras ressemble au signal testé à Brighton, alors qu’un repas rangé dans le sac en fournit moins à lire.
Plusieurs précautions de lecture s’imposent. Les 2 équipes ont travaillé avec des aliments emballés : des barres d’avoine à Exeter, des paquets de chips à Brighton. Dans les 2 cas, l’oiseau n’a le choix qu’entre 2 options, ce qui est loin d’une plage bondée en plein été. Aucune de ces expériences ne dit quel geste décourage un goéland, elles mesurent seulement ce qui l’attire.
Rien ne prouve que les goélands des côtes françaises procèdent de la même façon : ces 2 études portent sur des goélands argentés observés en Angleterre.


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