Un avion de chasse deux fois plus gros que le Mirage 2000, construit sans la moindre commande de l’État, par un industriel qui a misé sur ses propres deniers. Le Mirage 4000 a bel et bien existé, il a volé, impressionné, puis disparu des radars. Ce qui a mis fin à l’aventure n’a rien à voir avec un accident technique.
À retenir
- Dassault a financé seul le développement du Mirage 4000, qui a volé pour la première fois le 9 mars 1979 sans aucune commande de l’État français.
- Doté de deux turboréacteurs SNECMA M53-2 contre un seul sur le Mirage 2000, l’appareil offrait plus de puissance, d’emport et de rayon d’action.
- Faute de client, notamment après le choix de l’Arabie saoudite pour le Tornado et la révolution iranienne de 1979, le programme s’est arrêté en 1983 et l’unique exemplaire est exposé au musée du Bourget depuis 1992.
Retour sur un pari industriel hors norme, celui d’un avionneur convaincu de son coup, mais qui n’a jamais trouvé preneur.
Un pari fou de Dassault sans l’aval de l’État
Le 9 mars 1979, sur la base aérienne d’Istres, Jean-Marie Saget s’installe aux commandes d’un appareil encore inconnu du grand public. Chef pilote d’essai chez Dassault Aviation, il s’apprête à faire décoller pour la première fois le Mirage 4000. Rien d’anodin dans cette mise en l’air : l’avion n’a jamais été commandé par l’armée française.
C’est là tout le caractère exceptionnel de ce programme. Dassault a financé le développement sur ses fonds propres, avec le concours de l’industrie aéronautique française et de l’État, sans la moindre garantie de débouché commercial. Une démarche risquée, presque culottée, pour un avionneur qui misait sur son savoir-faire plutôt que sur une commande publique sécurisée.
L’objectif affiché était clair : proposer un chasseur polyvalent, capable de séduire des clients étrangers à une époque où le marché de l’export restait particulièrement disputé. Un calcul qui aurait pu payer, si les planètes géopolitiques s’étaient mieux alignées.
Dassault Mirage 4000 - Musee de l'Air et de l'Espace - Le BourgetCrédit : Michel TeitenDeux réacteurs, une puissance inédite : le Mirage 4000 face au 2000
Sur le papier, le Mirage 4000 ressemble à une version musclée du Mirage 2000. Dans les faits, c’est exactement ce qu’il est. Là où le 2000 se contente d’un seul turboréacteur, le 4000 embarque deux turbofans SNECMA M53-2, les mêmes moteurs que son petit frère, mais en double exemplaire.
Cette motorisation double change radicalement la donne. L’appareil gagne en puissance, en capacité d’emport et en rayon d’action, au prix d’une masse et d’un gabarit nettement supérieurs. On passe d’un chasseur léger et agile à un avion plus imposant, pensé pour frapper plus loin et plus fort.
Visuellement, le Mirage 4000 se distingue aussi par des détails qui trahissent son ambition. De petits plans canards, positionnés juste au-dessus des entrées d’air moteur, améliorent sa maniabilité. Sa verrière en bulle, véritable signature esthétique, offre au pilote une visibilité panoramique rarement égalée sur les chasseurs de cette génération.
Un seul exemplaire construit, un musée pour seul avenir
Le Mirage 4000, prototype de 1979 conçu par Dassault sans commande de l’État, n’a été construit qu’à un exemplaire avant son entrée au musée de l’Air et de l’Espace. C’est précisément ce qui résume le mieux le destin de cet appareil : un concentré d’ingénierie resté unique.
Les espoirs commerciaux se sont effondrés les uns après les autres. La Royal Saudi Air Force a préféré le Panavia Tornado, tandis que la révolution iranienne de 1979 a écarté d’un coup l’Iran, pourtant perçu comme un client potentiel sérieux pour ce type d’appareil. L’armée de l’air française, de son côté, a choisi de concentrer ses efforts budgétaires sur le Mirage 2000, laissant Dassault sans aucun acheteur.
Sans perspective commerciale, la campagne d’essais en vol s’arrête en juin 1983. Le prototype est mis en sommeil à Istres, où il continuera d’effectuer quelques vols ponctuels jusqu’à son tout dernier décollage, le 8 janvier 1988. Au total, il aura accumulé 336 vols, un chiffre qui témoigne d’un programme sérieux, malgré son issue commerciale nulle.
En octobre 1992, l’unique Mirage 4000 rejoint le musée de l’Air et de l’Espace du Bourget. Il arrive alors avec sa livrée de camouflage sable et brun, pensée à l’origine pour séduire des clients du Moyen-Orient. Il faudra attendre 2002 et le travail de l’association IT Mercure pour que l’appareil retrouve sa livrée blanche d’origine, celle qu’il arborait lors de ses premiers vols d’essai.
L’histoire du Mirage 4000 illustre à merveille les aléas de l’industrie aéronautique militaire, où la qualité technique ne suffit jamais à garantir le succès commercial. Un avion peut voler, impressionner les ingénieurs et les pilotes d’essai, et pourtant ne jamais trouver sa place sur un marché gouverné par des choix géopolitiques imprévisibles. Aujourd’hui exposé au Bourget, ce prototype reste un témoignage unique d’un pari industriel ambitieux, celui d’un avionneur qui a cru en son projet jusqu’au bout, sans jamais obtenir la reconnaissance commerciale qu’il espérait.


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