134 ans séparent la demande de permis de la Sagrada Família, déposée en 1885, de sa régularisation par la mairie de Barcelone, le 7 juin 2019. La commune destinataire, Sant Martí de Provençals, n’existe plus en tant que telle : la capitale catalane l’a absorbée depuis. Entre-temps, la basilique a continué de s’élever (nefs, façades et flèches comprises) sur une demande qui n’avait jamais reçu de réponse en règle.
À retenir
- Antoni Gaudí dépose sa demande de permis en 1885, trois ans après la pose de la première pierre.
- Aucune réponse écrite de la commune ne figure dans les archives, et la commune a été absorbée par Barcelone.
- La régularisation du 7 juin 2019 coûte 4 627 074,03 euros au titre de l’impôt et de la taxe de licence.
Sommaire
Une demande de 1885, jamais tranchée
Selon la presse catalane, les travaux se sont appuyés jusqu’en 2019 sur le permis qu’Antoni Gaudí avait demandé en 1885 à l’Ajuntament de Sant Martí de Provençals. La première pierre du temple datait de 1882, soit trois ans plus tôt : le chantier précédait sa propre paperasse.
Gaudí a dirigé les travaux jusqu’à sa mort, en 1926, rappelle Dezeen. La demande avait alors 41 ans. Le temple a ensuite traversé la guerre civile des années 1930 et des manques de financement qui ont ralenti, voire stoppé, le chantier, souligne le magazine Afar, avant de dépasser les 140 ans de construction.
Après la demande, le silence. Les services municipaux ont indiqué, d’après l’agence AP, qu’aucun document ne prouve que la requête ait été acceptée ou refusée, et le blog d’architecture du temple, cité par NPR, assure que le conseil n’a pas répondu. Le New York Times, repris par ArchDaily, ajoute que le permis d’origine avait cessé d’être valable quand la commune a été intégrée à Barcelone. C’est un peu comme agrandir sa maison sur la foi d’un courrier jamais traité, mais avec, en pièce jointe, un plan signé de Gaudí.
Une « anomalie historique », a résumé la responsable municipale Janet Sanz.
4 627 074,03 euros : l’addition de 2019
Deux ans de négociations, d’après la Sagrada Família, ont précédé ce jour. L’accord de régularisation a été signé en octobre 2018, puis le plan spécial et la modification du plan général métropolitain ont été approuvés fin février 2019.
Le 7 juin 2019, la mairie a accordé la licence d’obras et régularisé le chantier après plus de 130 ans. Son communiqué présente l’opération comme la normalisation d’un dossier en attente depuis 1885. La remise officielle du document s’est tenue ensuite lors d’une cérémonie dans le Saló de la Ciutat, à l’hôtel de ville, selon le site du temple.
Le montant tient en une ligne : 4 627 074,03 euros.
La somme se décompose en deux postes. L’impôt sur les constructions, installations et ouvrages (l’ICIO) pèse 4 385 341,94 euros, soit près de 95 % du total, et la taxe de licence 241 732,09 euros. Rien, dans ce chiffre, ne relève d’une sanction : le patronat du temple a réglé l’impôt et la taxe attachés au permis. Seule particularité, l’échelle, puisque la presse catalane a présenté ce montant comme le plus élevé jamais fixé pour une licence à Barcelone.
Le second volet pèse bien plus lourd. L’accord d’octobre 2018 prévoit que la Sagrada Família verse 36 millions d’euros en 10 ans, soit 3,6 millions par an en moyenne et près de 8 fois le montant de la licence. Selon la mairie, cet argent finance les dépenses municipales que génère l’activité du temple.
D’après la presse catalane, 22 millions iraient au transport public, 7 à l’accessibilité du métro à la station Sagrada Família, 4 à la requalification des abords et 3 à l’entretien et au nettoyage de l’espace public. Janet Sanz a justifié le pacte auprès de NPR : la fondation devient coresponsable des dépenses qu’elle génère pour la ville.
Ce que le permis autorise, et ce qui reste à bâtir
Côté pierre, la licence fixe 41 026,69 m² construits sur rasant, soit près de 6 terrains de football, et deux niveaux de sous-sol. Elle définit aussi les usages du site : le premier est celui de lieu de culte visitable, auquel s’ajoutent, d’après la mairie, la sacristie, des bureaux et des ateliers d’entretien. Sur le papier, un chantier de plus d’un siècle se retrouve ainsi cadré en surface, en sous-sols et en fonctions. Chacun de ces points a été fixé dans le même permis.
Les commerces, eux, restent bornés à quelques centaines de mètres carrés. Pour un monument qui attirait plus de 4,5 millions de visiteurs par an selon l’AP en 2019, le plafond est serré.
La licence de 2019 tablait sur une fin de chantier en 2026.
Nous sommes en octobre 2026, et le bilan est nuancé. La Fondation avait programmé la bénédiction de la tour de Jésus-Christ, 172,5 mètres, pour le 10 juin 2026, centenaire de la mort de Gaudí, et plusieurs sources situent la pose de sa dernière pièce au 20 février 2026. Mais le chantier n’est pas clos : l’intérieur de cette tour, la façade de la Gloire et la chapelle de l’Assomption restent en travaux d’après les points d’étape publiés cette année. Quant à la date d’achèvement complet, elle relève désormais de l’estimation.
Le jour de l’annonce, l’agence AP précisait que la licence courait jusqu’en 2026, durée que les bâtisseurs jugeaient suffisante pour finir les tours centrales. Le plan urbanistique associé couvre l’ensemble du projet de Gaudí, mais l’exécution du narthex de la façade de la Gloire a été renvoyée à une phase ultérieure, selon le site officiel du temple.
Sources : dezeen.com | ajuntament.barcelona.cat | archdaily.com


9 hour_ago
73



























.jpg)






French (CA)