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Le Royaume-Uni a des mésanges au bec plus long qu’aux Pays-Bas : l’ADN de 2 322 oiseaux désigne un objet que les Français ressortent en ce moment

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En comparant l’ADN de 2 322 mésanges charbonnières britanniques et néerlandaises, des chercheurs des universités d’Oxford, d’East Anglia, de Sheffield et de Wageningen, avec l’institut néerlandais NIOO, ont littéralement mis en évidence un bec plus long côté britannique. L’étude de Bosse, Spurgin et leurs collègues, parue dans Science le 20 octobre 2017, désigne un suspect très ordinaire : la mangeoire à graines, que l’on ressort des placards dès que le froid s’installe. Son rôle reste pourtant une hypothèse, pas une démonstration.

Sur les spécimens de musée, l’écart de bec atteint environ 0,5 mm.

À retenir

  • Le bec des mésanges britanniques est environ 0,5 mm plus long que celui des oiseaux néerlandais.
  • Une variante du gène COL4A5 est plus fréquente chez les oiseaux britanniques au bec long.
  • La mangeoire est l’hypothèse principale, mais l’étude ne la démontre pas encore.

Sommaire

  1. Un demi-millimètre, et un gène repéré
  2. Pourquoi les mangeoires tiennent le rôle du suspect
  3. Ce que l’étude ne prouve pas
  4. Ressortir la mangeoire : le calendrier de la LPO

Un demi-millimètre, et un gène repéré

L’espèce Parus major est réputée assez homogène à travers l’Europe, ce qui rend la découverte d’autant plus surprenante : la comparaison des deux populations révèle des différences génétiques nettes. La sélection naturelle semble à l’œuvre surtout dans des régions d’ADN liées à la forme et à la structure du bec. Parmi elles, la variante COL4A5-C, associée à des becs plus longs dans les deux populations, est plus abondante chez les oiseaux britanniques.

Les spécimens de musée confirment un bec britannique plus long d’environ un demi-millimètre que celui des oiseaux du continent. Les oiseaux vivants racontent la même histoire, en accéléré. À Wytham Woods, dans l’Oxfordshire, l’université d’Oxford suit la population de mésanges depuis 70 ans, et le bec des oiseaux s’y est allongé d’environ 0,1 mm en 26 ans. Soit à peu près l’épaisseur d’une feuille de papier, gagnée en moins de trois décennies.

Le gène désigné n’a rien d’anodin : COL4A5 est un gène de collagène, et plusieurs gènes repérés présentent de fortes ressemblances avec ceux liés à la forme du bec chez les pinsons de Darwin. Au Royaume-Uni, les mésanges porteuses de la variante « bec long » ont élevé en moyenne plus de jeunes jusqu’à l’envol que celles portant la variante « bec court ».

La vitesse du phénomène a surpris les généticiens. Jon Slate, de l’université de Sheffield et coauteur, note que la longueur du bec a augmenté chez les oiseaux britanniques entre les années 1970 et aujourd’hui, une durée qu’il juge très courte pour voir apparaître une telle différence. Les pinsons des Galápagos sont l’exemple classique d’un bec qui change vite quand l’environnement change. Ici, l’environnement en question tiendrait dans un jardin de banlieue.

Pourquoi les mangeoires tiennent le rôle du suspect

Près de la moitié des foyers britanniques, soit environ 12,6 millions selon une étude de 2009, nourrissent les oiseaux : à peu près la population de l’Île-de-France. Les chercheurs estiment que le Royaume-Uni dépense environ deux fois plus en graines pour oiseaux que toute l’Europe continentale réunie. Au début du XXe siècle, rappelle Lewis Spurgin, le magazine Punch décrivait déjà le nourrissage comme un passe-temps national.

Le raisonnement des chercheurs part d’un constat : la longueur du bec est connue pour être associée à la disponibilité de la nourriture. Les graines des jardins britanniques forment une ressource nouvelle, abondante et régulière. Un bec plus long pourrait aider à extraire ces graines d’un distributeur, donc à mieux passer l’hiver, mais c’est une piste plausible, non démontrée. Elle aurait l’avantage d’expliquer pourquoi les porteurs de la variante laissent plus de jeunes à l’envol.

Des puces électroniques posées sur certains oiseaux de Wytham Woods ont permis de mesurer le temps passé aux mangeoires automatiques. Résultat : les mésanges qui portent deux copies de la variante « bec long » les fréquentent davantage, ce qui relie un fragment d’ADN à un comportement mesuré.

Aux Pays-Bas, où les mangeoires sont moins courantes, l’avantage de la variante n’apparaît pas.

Ce que l’étude ne prouve pas

Les auteurs eux-mêmes ne jouent pas les procureurs. « We can’t say definitively that bird feeders are responsible », reconnaît Lewis Spurgin, de l’université d’East Anglia. Un bec plus long chez des oiseaux assidus aux mangeoires est un indice, pas un verdict. Peter Grant, de l’université de Princeton, juge pour sa part que davantage de recherche est nécessaire avant de conclure.

Le bec allongé, lui, est mesuré : 0,5 mm d’écart sur les spécimens de musée, 0,1 mm gagné en 26 ans à Wytham Woods. Son origine reste une hypothèse forte, appuyée sur 2 322 oiseaux, pas une démonstration. Quant aux mésanges françaises, elles n’ont pas été étudiées, l’enquête portant sur Oxford et sur des populations néerlandaises : rien ne dit ce qu’il en est dans les jardins de l’Hexagone.

Ressortir la mangeoire : le calendrier de la LPO

En France, la mangeoire revient avec les premiers froids. La Ligue pour la protection des oiseaux recommande un nourrissage d’appoint en période de froid prolongé, en général de la mi-novembre à fin mars, dès les premières gelées. Au menu : graines de tournesol noir, graisse végétale et cacahuètes non salées. Son mélange de référence associe un tiers de tournesol noir, un tiers de cacahuètes et un tiers de maïs concassé, avec des pains de graisse végétale sans huile de palme.

Le pain et le lait sont à proscrire, sans exception.

Le calendrier n’a rien d’arbitraire. Au printemps et en été, beaucoup d’oiseaux deviennent insectivores, et les oisillons ont besoin des protéines des insectes : une trop grande disponibilité en graines pourrait déséquilibrer leur régime. Un abreuvoir d’eau tiède, renouvelé chaque matin, complète le dispositif quand le gel s’installe.

Une fois le nourrissage commencé, la LPO conseille de ne pas l’arrêter brutalement et de diminuer progressivement les doses. Elle préfère le distributeur de type « silo » au plateau où les oiseaux se rassemblent, et recommande de nettoyer mangeoires et abreuvoirs chaque semaine.

Sources : neozone.org | en.wikipedia.org

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