Le mur de Gorgan aligne 195 km de briques cuites entre la mer Caspienne et les montagnes du nord-est de l’Iran. Les Perses sassanides l’ont édifié vers la fin du Ve siècle. Les archéologues l’appellent le « Serpent rouge », d’après la couleur de ses briques, et il dépasse en longueur les murs d’Hadrien et d’Antonin mis bout à bout.
Ces deux murs romains cumulés atteignent à peine 180 km.
À retenir
- Le mur de Gorgan mesure 195 km, soit plus que les murs d’Hadrien et d’Antonin cumulés.
- L’ouvrage est construit vers la fin du Ve siècle par les Sassanides.
- Plus de 30 forts jalonnent le tracé, et un canal l’accompagne.
Sommaire
Un serpent rouge que l’Occident connaît mal
L’ouvrage se trouve près de Gorgan, dans la province du Golestan, au sud-est de la Caspienne. Il ferme un goulet entre la mer et les reliefs, sur l’une des routes empruntées par les nomades de la steppe eurasiatique pour gagner le cœur de l’Iran.
Le calcul se vérifie vite. Hadrien pèse environ 117 km, Antonin environ 63 km, soit 180 km en valeurs arrondies. Le mur perse prend donc une quinzaine de kilomètres d’avance sur les deux réunis. Sur une carte de France, 195 km représentent à peu près la distance entre Paris et Le Mans.
Le mur mesure de 6 à 10 m de large et compte plus de 30 forteresses. Son tracé s’étire de la côte caspienne jusqu’aux reliefs de l’est, où il disparaît. Ses surnoms varient selon les traditions : barrière d’Anushirvân, barrière de Firuz, ou encore Qizil Alan, le « Serpent rouge » en turc.
Des briques de 40 × 40 × 10 cm, un canal et plus de 30 forts
Les bâtisseurs ont travaillé avec la terre du pays, un loess que l’on cuisait dans des fours installés le long du tracé. Les briques suivent un format standardisé d’environ 40 × 40 × 10 cm.
Chacune représente déjà 16 litres de terre cuite.
Un canal alimenté par l’Atrak accompagnait le mur. Il servait de fossé défensif et pouvait aussi irriguer les terres voisines. Cette double fonction fait du mur un aménagement du territoire autant qu’une ligne de défense.
Les forts, plus de 30, abritaient la garnison. Les estimations vont de 15 000 à 36 000 soldats, une fourchette très large qui rappelle que personne ne dispose de registres de l’époque. Les chercheurs ont donc raisonné à partir de la taille des forts et de l’espace disponible à l’intérieur. Le chiffre bas correspond déjà à la population d’une petite sous-préfecture française.
Le carbone 14 et la lumière dans le sable
Les fouilles irano-britanniques ont été publiées par E. W. Sauer, H. Omrani Rekavandi, T. J. Wilkinson et J. Nokandeh, dans la monographie « Persia’s Imperial Power in Late Antiquity ». Le compte rendu paru dans Abstracta Iranica retient un mur de près de 200 km, jalonné de tours et de forts. La datation croise le radiocarbone et la luminescence stimulée optiquement (OSL), qui mesure depuis quand des grains de sable n’ont plus vu la lumière du jour. Les deux méthodes placent la construction entre le milieu du Ve et le début du VIe siècle.
Cette fourchette laisse deux souverains en lice : Yazdgard II (438-457) ou Pérôz (457-484). Le compte rendu les cite au conditionnel, et il faut les lire ainsi. Aucun texte ne donne de signature précise à ce chantier.
Une ville nouvelle, Dašt-e Qal’e, accompagne l’ouvrage.
L’ennemi visé reste lui aussi une hypothèse : les peuples du nord, probablement les Huns blancs. Au Moyen Âge, la tradition a rattaché le mur à Alexandre le Grand sous le nom de Sadd-i-Iskandar. Le conquérant est pourtant mort plusieurs siècles avant les premières briques.
Une grande partie de ces briques a été récupérée pour des constructions locales, et plusieurs forts restent enfouis sous la terre accumulée. Le chantier de fouille reste donc ouvert, avec de quoi occuper les archéologues pour longtemps.


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