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Le père du célèbre compositeur a raconté comment l'éclipse solaire du 1er avril 1764 a provoqué l'émoi au sein du clergé de la population parisienne.
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Par Julie Bossart Publié le 12 août 2026 à 18h10
Alors que bien des regards s’apprêtent à scruter le ciel de Paris, afin d’y observer l’éclipse solaire partielle, ce mercredi 12 août 2026, actu tourne le sien dans le passé. Lointain. Le 1er avril 1764, une même occultation du soleil s’est produite en Europe, où elle suscita un intérêt public considérable.
Les horaires des messes avancés
Annoncé deux ans auparavant par Nicole-Reine Lepaute, une astronome parisienne qui aida au calcul de la date précise du retour de la comète de Halley de 1759, le phénomène fit craindre aux autorités françaises de l’époque un emballement des superstitions de la population. Un avis adressé au clergé français fut publié dans La Gazette de France, le 19 mars 1764, peut-on lire dans ce document du département musique du King’s College de Londres.
« Les curés, tant des villes que de la campagne, sont invités à commencer plutôt qu’à l’ordinaire l’office du quatrième dimanche du Carême à cause de l’éclipse totale du soleil qui, sur les dix heures du matin, ramènera a les ténèbres de la nuit. Ils sont priés en même temps d’avertir le peuple que les éclipses n’ont sur nous aucune influence ni morale ni physique ; qu’elles ne présagent & ne produisent ni stérilité, ni contagion, ni guerre, ni accident funeste, & que ce sont des suites nécessaires du mouvement des corps célestes aussi naturelles que le lever & coucher du soleil ou de la lune. »
Les vitriers de Paris turbinent
Témoin de l’éclipse du 1er avril 1764, Leopold Mozart, qui n’était autre que le père du compositeur, rapporta dans une missive rédigée le jour même et adressée à Johann Lorenz Hagenauer, un correspondant de Salzbourg, l’agitation générale à Paris : « Depuis deux semaines, les vitriers de Paris rassemblent tous les vieux fragments de verre qu’ils peuvent trouver, les peignent en bleu ou, plutôt, noirs, puis les assemblent en forme de feuille de papier in-octavo ou de la forme que produisent les éclats de verre, encadrant les bords avec du papier doré et les vendant dans leurs boutiques ou les vendant dans la rue. Et donc, hier, on pouvait voir tout le monde dans la rue regarder le soleil à travers ces lunettes ou les essayer. »
Ce qui passe pour « des superstitions vulgaires » des Parisiens aux yeux de Leopold Mozart sont les faits suivants : « Les gens se sont précipités à l’église ce matin pour se protéger de l’empoisonnement de l’air qui résulterait de cette éclipse ; tout le monde disait et croyait qu’une messe finale serait célébrée à 9 heures et que toutes les églises seraient alors fermées ; cette éclipse serait si grave qu’une peste pourrait ensuite être crainte ; Qu’il ferait si sombre pendant 3 heures que les gens devraient utiliser des bougies et une centaine d’autres choses du genre. »
Un clergé opportuniste ?
Et de s’interroger sur la responsabilité du clergé : « Ils annonçaient depuis chaque chaire qu’en raison de l’éclipse, la messe de la grande majorité et les prières qui suivaient habituellement, qui avaient lieu de 10 heures à 11 heures et demie, auraient lieu à 20 heures le 1er avril, mais au lieu de donner la véritable raison, ils ajoutèrent simplement : éviter tout trouble. »
Leopold Mozart enfonce le clou, considérant que cette adaptation des horaires des messes n’était qu’hypocrisie et aurait permis au clergé de se rendre « à l’observatoire célèbre que Louis XIV avait fait construire en 1667, où ils observaient l’éclipse, tandis que d’autres l’observaient depuis chez eux ou ailleurs, ce qui entraînerait effectivement un chaos total ». Il conclut, tranchant : « Les vitriers ne fabriquaient pas leurs morceaux de verre pour rien ; Mais les acheteurs dépensaient leur argent pour rien. »
Ce 1er avril 1764, le spectacle ne fut pas aussi exceptionnel qu’espéré : « Il a plu abondamment, mais malgré cela, il ne faisait pas plus sombre que, par exemple, quand il commence à faire sombre le soir. »
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