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Drummondville élit sa première mairesse en 1987

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POLITIQUE. L’année 1987 a été marquante pour la politique municipale drummondvilloise. Francine Ruest Jutras a remporté sa campagne électorale à la mairie et est ainsi devenue la première femme à diriger la Ville de Drummondville.

L’Express a donné rendez-vous à la principale concernée à l’hôtel de ville pour revenir sur cette soirée marquante. D’aussi loin qu’elle se souvienne, Mme Ruest Jutras a toujours été intéressée par «la chose publique».

«Quand j’étais au collège, je m’étais occupée du journal étudiant. J’avais aussi participé à l’Association générale des étudiants de Drummondville, où j’ai rencontré mon mari [Germain Jutras] et je me suis impliquée au sein du Parti québécois (PQ)», énumère la femme âgée de 80 ans.

Son intérêt pour la politique municipale est venu lorsque l’ancien ministre des Affaires municipales, Jacques Léonard, lui a offert de présider un des comités consultatifs mettant en place les municipalités régionales de comté (MRC), en 1980. «L’objectif était de faire des schémas d’aménagement et des plans d’urbanisme. Ça a éveillé quelque chose chez moi où l’on [pouvait] planifier le développement de nos milieux de vie au municipal», se souvient-elle.

L’ancienne mairesse de Drummondville de 1987 à 2013 a fait un court passage à l’hôtel de ville pour revenir sur son élection historique et sa relation avec les journalistes. (Photo : Ghyslain Bergeron)

Francine Ruest Jutras décide de se présenter en tant que conseillère municipale de Drummondville lors des élections de 1983. Elle est loin d’être la seule femme à déposer sa candidature pour cette élection-ci. Toutefois, elle a été la seule à qui les électeurs ont accordé leur confiance.

Mme Ruest Jutras devient ainsi la première femme à accéder au poste de conseillère municipale de l’histoire de la Ville. «Je pense que les gens étaient contents de voir qu’on aurait un conseil qui serait peut-être plus représentatif de la société finalement. J’ai aussi été élue à la majorité absolue, donc ça me donnait une marge de manœuvre intéressante», précise l’octogénaire.

Une élection historique

Bien qu’elle ait apprécié ses quatre années au sein du conseil municipal, Francine Ruest Jutras reconnait que son travail n’a pas toujours été facile. «Je me suis retrouvée quand même assez souvent seule dans l’opposition et je revenais chez moi, parfois déçue, parfois fâchée», affirme-t-elle.

Lorsqu’est venue l’élection municipale de 1987, la conseillère ne partageait plus la vision et les façons de faire de la Ville. Elle a ainsi décidé de se présenter contre le maire sortant, Serge Ménard, au lieu de «rester chez elle».

L’un de ses slogans de campagne a été «Changeons l’image de Drummondville». Mme Ruest Jutras n’a pas choisi celui-ci par hasard. Drummondville ne vivait pas ses plus belles années en raison, notamment, du déclin de l’industrie du textile dans les années 1960 et 1970.

L’élection de Francine Ruest Jutras à la mairie de Drummondville a fait la une du journal La Parole. (Photo : gracieuseté, collection personnelle de Francine Ruest Jutras)

À l’époque, le magazine satirique Croc prenait souvent Drummondville comme cible pour des moqueries, allant jusqu’à dire qu’il ne s’y passait rien d’intéressant. Les éditeurs en avaient carrément fait leur «tête de Turc», rapporte celle dont l’édifice abritant la bibliothèque porte son nom.

«Il y avait aussi eu, au préalable, la revue L’Actualité qui avait titré «Drummondville, une ville à l’agonie». Alors, il fallait changer cette image-là et devenir [un lieu] attractif. C’était un appel au ralliement, à la mobilisation, à la convergence des idées. On travaillerait tous ensemble pour changer cette vision-là», explique-t-elle.

Pourtant, tout n’était pas gagné d’avance pour elle. Selon un sondage réalisé par la compagnie montréalaise Sorécom, commandé par La Parole et effectué quelques jours avant la date du scrutin auprès de 860 personnes, Serge Ménard avait une avance sur Francine Ruest Jutras (57 % contre 43 %).

Néanmoins, le soir du 1er novembre 1987, les Drummondvillois ont élu leur première mairesse en 172 ans. Mme Ruest Jutras a senti un grand sentiment de fierté et, surtout, de reconnaissance d’avoir marqué l’histoire de Drummondville à sa façon ce soir-là.

Durant la soirée, alors qu’elle célèbre sa victoire avec son équipe et sa famille au Relais du Village québécois d’antan, la nouvelle mairesse apprend le décès de René Lévesque.

«Pour moi, ça avait été une grande peine parce que c’était quelqu’un que j’avais côtoyé pendant des années [à la fois au sein du mouvement Souveraineté-Association et du PQ]. C’était quelqu’un qui était facile d’accès et d’une grande simplicité», relate celle dont plusieurs ont confondu ses larmes de tristesse pour des larmes de joie ce soir-là.

26 ans de politique… et d’entrevues

Francine Ruest Jutras est restée à la tête de Drummondville pendant 26 années, soit jusqu’en novembre 2013. Durant ses nombreux mandats, elle a réalisé d’innombrables entrevues avec des médias locaux et nationaux.

En sortant de l’hôtel de ville, certains passants ont reconnu Mme Ruest Jutras et l’ont interpelée en l’appelant «Madame la mairesse». (Photo : Ghyslain Bergeron)

Celle que l’on surnommait «Madame la mairesse» affirme s’être toujours bien entendue avec les journalistes. «Je trouve que c’est un beau métier. Je trouvais ça très important qu’un journaliste veuille fouiller un dossier plutôt qu’un autre et c’était dans [ma responsabilité] de lui donner la meilleure information possible parce que, finalement, ça rendait service à la population», reconnait-elle.

Les journalistes avaient aussi une meilleure facilité à lui parler directement, se souvient Mme Ruest Jutras. «À l’époque, les communications [de la Ville], c’était une brigade légère. On n’avait pas beaucoup d’employés dédiés à ça. Et puis, il n’y avait pas de chef de cabinet non plus. Il y avait une proximité qui était probablement différente de ce qui se fait aujourd’hui. Si le journaliste voulait avoir des renseignements, il pouvait téléphoner à mon bureau directement», lance-t-elle avec amusement.

Quelquefois, une question posée par un journaliste en entrevue amenait l’administration municipale à remettre en question certaines façons de faire. «C’étaient des discussions qui étaient profitables à moi comme à eux», souligne l’ancienne mairesse de Drummondville.

Une nouvelle image

Au terme de ses 30 ans de carrière en politique municipale, Francine Ruest Jutras a travaillé fort pour redorer l’image de Drummondville, que ce soit avec la diversification de l’économie, la mise en place de mesures pour attirer des PME et les aider à grandir dans la région ou encore l’implantation du campus de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Selon elle, pour rester aussi longtemps en politique, il faut vouloir changer les choses et que les gens «nous fassent confiance». «Il faut expliquer ce qu’on veut faire, il faut motiver les gens et écouter leurs commentaires. Il faut être à l’écoute de la population, sinon ça ne marche pas. Quand on met tout ça bout à bout, ça fait qu’on est heureux dans ce qu’on fait et ça a été mon cas», croit la retraitée de 80 ans.

S’il y a une chose qu’elle regrette de ne pas avoir accomplie avant de quitter son poste de mairesse, c’est la présence de la Ville de Drummondville sur les réseaux sociaux. «On n’était pas présent du tout. De nos jours, une organisation qui n’est pas sur les médias sociaux, c’est presque impensable!», lance Mme Ruest Jutras en terminant.

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