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Des naufrages aux fossiles : l’étonnante histoire du phare de Point Amour

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Il est peut-être le deuxième plus haut phare du Canada, après celui de Cap-des-Rosiers, en Gaspésie, mais c’est l’un des mieux conservés. Il est d’ailleurs toujours possible d’en gravir les marches jusqu’au sommet, à plus de 33 mètres de hauteur, l’équivalent de la longueur d’une baleine bleue. Une construction imposante, chargée d’histoire, qui a changé le destin de milliers de marins.

Le phare de Point Amour n’est pas situé au beau milieu de la côte labradorienne, dans la baie de Forteau, par hasard. Assis au centre du salon du phare entouré d'artefacts, Alfred Glenn, originaire de la région et guide depuis trois ans, raconte l’histoire fascinante de ce monument encore méconnu.

Une homme présente une maquette d'un phare en construction.

Alfred Glenn est guide touristique au phare de Point Amour. Il commence bien souvent ses visites en montrant cette maquette illustrant la construction du phare.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve DuSablon

Des gens de partout viennent et sont toujours bien impressionnés parce que c'est tellement bien conservé.

En service depuis 1858 , le phare a aidé des milliers de navires à naviguer dans le détroit de Belle-Isle pour gagner le golfe du Saint-Laurent, un passage réputé dangereux en raison de ses vents violents, de ses icebergs, de son épais brouillard et du puissant courant du Labrador.

On appelait d'ailleurs cette anse, Anse-aux-Morts, en raison des nombreux disparus.

Le navire naufragé.

Le croiseur HMS Raleigh après qu'il s'est échoué près de Point Amour, au Labrador.

Photo : Maritime Quest

C'est une combinaison qui était dangereuse pour les bateaux. Il y a eu beaucoup beaucoup de naufrages. Si vous montez en haut, au deuxième étage, une section, on parle de tous les naufrages qu'on a ici tout au long de la côte. Vous avez un panneau avec tous les noms des bateaux, explique M. Glenn avec passion.

À l'époque, chaque jour, il y avait des bateaux à vapeur d'Europe, d'Angleterre et de Hollande qui passaient par ici tout le temps. Ça a été un point central.

Une famille montréalaise à la tête du phare

Un présentoire illustrant de vieilles photos de famille ainsi que des descriptions.

La famille Wyatt, originaire de Montréal, a été à la tête du phare pendant plus de 80 ans.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve DuSablon

Si le phare est aujourd’hui l’un des mieux conservés au pays, une grande partie du mérite revient à la famille Wyatt, originaire de Montréal, qui en a assuré l’entretien pendant plus de 80 ans.

Trois générations de gardiens méticuleux se sont succédé pour veiller sur les navires depuis ce monument aux murs de plus de deux mètres d’épaisseur.

Ils étaient très très minutieux, concernant toutes sortes de petites choses, par exemple le gazon était coupé deux fois par semaine, pas le droit aux mégots de cigarettes sur la propriété, ni même sur la terre dehors.

M. Glenn explique également que le fait d'ajouter un revêtement de cèdre autour de la brique, le mortier ayant été fragilisé par l’eau salée de l’océan. Cette protection a permis de préserver durablement non seulement l’extérieur du phare, mais aussi son intérieur.

Le phare de Cap-des-Rosiers, le plus haut au Canada, il avait juste les briques. Après un petit moment, il a commencé à perdre le mortier et les briques, et l'eau s’est infiltrée, et il était obligé de le fermer. Nous, on peut monter plus haut ici.

On est le plus haut phare au Canada présentement où vous avez le droit de monter.

La nouvelle vocation du phare

Le phare de Point Amour ne sert peut-être plus à guider les grands navires, les nouvelles technologies ayant pris le relais, mais il continue d’orienter les petites embarcations en cas de problème.

Et il attire toujours de nombreux visiteurs. Près de 10 000 personnes viennent l’admirer chaque année, et près de la moitié d’entre elles sont québécoises, confirme le guide du phare.

Selon lui, cette popularité s’explique notamment par une nouvelle offre touristique appelée l’Expédition 51, qui invite les voyageurs à parcourir 1700 kilomètres au départ de Baie-Comeau, au Québec, pour traverser le Labrador d’ouest en est, jusqu’à Blanc-Sablon, sur la Basse-Côte-Nord.

Le phare figure parmi les arrêts proposés, autant pour son histoire et sa splendeur que pour les récits de fantômes qui entourent encore ses murs.

La cuisine du phare de Point Amour.

La cuisine du phare de Point Amour.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve DuSablon

Deux personnes différentes ont dit qu'ils ont vu une dame ici dans la cuisine en train de sourire.

Et tout en haut du phare, en regardant à l’extérieur l’histoire se poursuit. Les roches en carré là, sont très importantes, indique M. Glenn. Des géologues qui nous ont rendu visite, ils ont pris les échantillons et ils ont trouvé beaucoup de fossiles. Ils étaient capables de les dater à 530 millions d’années.

Ces fossiles, dont certains appartiennent à une espèce d’éponge, ont permis de confirmer qu’autrefois, les eaux glaciales du Labrador étaient en réalité tropicales. Le froid a contribué à leur conservation, explique-t-il, tout comme celle des vestiges de navires basques retrouvés à quelques kilomètres du phare.

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