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Alors que les syndicats sonnent souvent l'alarme sur les conditions de travail des infirmières, une nouvelle étude démontre l’impact que leur environnement professionnel peut avoir sur la santé mentale des infirmières en début de carrière. Bien que les universités tentent de préparer aux mieux leurs étudiantes à la réalité du métier, leur capacité d’action est limitée face à un système de santé fragilisé.
L'étude menée par des chercheuses de l’Université Laurentienne révèle que 41 % des 134 infirmières qui ont moins de cinq ans d’expérience auraient eu des pensées suicidaires depuis le début de leur carrière. Les infirmières interrogées travaillent dans des milieux hospitaliers partout au pays.
L’histoire de Jordan Heffern, une infirmière de 22 ans, qui s'est suicidée 13 mois après avoir fait ses débuts dans la profession, est, en partie, à l’origine de cette étude.
L'étude se concentre sur les infirmières qui ont moins de cinq ans d’expérience, car ce sont les plus vulnérables, explique Sonia Udod, professeure associée en sciences infirmières à l’Université du Manitoba.
Selon l'experte, les recrues font leur entrée sur le marché du travail dans un contexte fragilisé par la crise de la COVID-19, avec des patients qui attendent parfois des soins depuis très longtemps. Certains d’entre eux peuvent se montrer violents, notamment en raison de consommation de drogue.
Tous ces éléments créent un environnement très difficile pour n’importe quelle infirmière et, comme elles n’ont pas l’expérience d’une infirmière chevronnée, cela devient très difficile à gérer pour elles, explique Sonia Udod.
De la théorie à la pratique
Les facultés en sciences infirmières tentent donc d’adapter les formations aux difficultés rencontrées par les infirmières sur le terrain.
Dans notre programme, nous offrons une série d’ateliers sur la résilience, le soin de soi, le fait de penser à la longévité de sa carrière, explique Tasha Gregory, la responsable de la qualité, de la recherche et des programmes d'études à la Faculté des sciences de la santé et des services communautaires du Red River College Polytechnic (RRCP).
Lesley McGuirk, la doyenne associée en sciences infirmières du RRCP, précise que les étudiants reçoivent régulièrement des informations sur les problèmes de santé mentale et les ressources disponibles, en particulier avant leurs périodes de stage.
Ce qu’on espère transmettre à nos étudiants, c’est cette résilience et cette conscience de l’importance de la santé mentale.
Notre programme d'études en soins infirmiers à l'Université du Manitoba propose une formation officielle en santé mentale, ainsi que des simulations de situations réelles auxquelles les infirmiers et infirmières feraient face dans leur pratique, précise, pour sa part, Sonia Udod en parlant de l’Université du Manitoba.
Bien que les futures infirmières réalisent plusieurs stages au cours de leurs études, leur entrée sur le marché du travail reste un moment charnière, explique l’enseignante.
Les étudiants sont conscients [des difficultés du métier], mais je pense que, lorsqu'ils passent à la pratique, cela prend une dimension quelque peu différente, une perspective différente, et c'est là que la réalité s'impose, observe Sonia Udod.
Un problème structurel
Sonia Udod estime toutefois que les solutions actuelles apportent une réponse individuelle à un problème structurel. La responsabilité de leur santé mentale repose sur les infirmières elles-mêmes, alors que leur détresse provient de conditions de travail sur lesquelles elles n’ont que peu de prise.
Ce que cette étude nous montre, c'est qu'il y a un problème et qu'il ne peut pas être résolu par les infirmières seules.
La question n'est donc pas de savoir ce qui ne va pas chez les infirmières ni ce qu'elles doivent développer. La question est en réalité de savoir ce qui se passe au sein du système qui rend la pratique infirmière difficile, et quelles sont les conditions nécessaires à leur réussite, explique Sonia Udod.
Pour tenter de faire émerger des solutions, l'experte a organisé un atelier en novembre 2025, qui réunissait des infirmières et des gestionnaires en santé de toute la province.
Le but était de parvenir à un consensus sur les mesures que nous pourrions mettre en place au sein du système afin d'améliorer la situation des infirmières, explique-t-elle.
Les discussions ont, avant tout, souligné le besoin de mentorat et d’accompagnement. Un projet pilote devrait donc bientôt voir le jour dans ce sens au Manitoba.
Lesley McGuirk, quant à elle, espère que les enseignements en rapport avec la santé mentale que suivent les étudiants actuels les aideront à faire changer le système de l’intérieur.


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