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Le port de Belledune met le cap sur une renaissance industrielle

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Les projets d’établir des usines d’explosifs et de biomasse, dans le nord du Nouveau-Brunswick, sont alignés sur les priorités du gouvernement fédéral, ce qui pourrait contribuer à la relance économique espérée du port de Belledune. Depuis plusieurs années, l’administration portuaire cherche à diversifier ses activités, notamment avec l’hydrogène vert, et le vent semble tourner.

Denis Caron est à la tête du port de Belledune depuis une dizaine d’années. Il a tenté d’attirer des investisseurs pour produire et exporter de l’hydrogène vert à Belledune. Mais jusqu’à présent, malgré de multiples promesses, les projets d'hydrogène n’ont abouti à aucune construction.

Le marché n’est pas encore développé pour l'hydrogène, mais il y a toujours de l’intérêt, affirme le président-directeur général Denis Caron.

Vers 2019, Glencore, la fonderie située à Belledune a fermé, ce qui a entraîné la perte de plus de 400 emplois.

On a perdu beaucoup, nos jeunes sont partis. De fil en aiguille, on a toujours eu un peu de difficulté à remonter cette pente, a-t-il indiqué à la mi-septembre, lorsqu’il a invité Radio-Canada pour une visite des installations.

Denis Caron porte un casque, à proximité d'un camion, sur l'un des quais du port de Belledune.

À la mi-septembre, le président-directeur général du Port de Belledune, Denis Caron, a invité Radio-Canada pour une visite des installations.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

D’après l’économiste Pierre-Marcel Desjardins, des initiatives récentes du port, comme celle liée à l’hydrogène vert, ont connu des difficultés, en raison d’un manque de soutien institutionnel.

Avant, c'étaient des projets ambitieux, mais qui n’étaient peut-être pas complètement ficelés. Avant, on cherchait les partenaires financiers et on n’avait pas nécessairement un appui gouvernemental aussi important qu’on a à l’heure actuelle, fait valoir M. Desjardins.

Un panneau indiquant l'entrée du port de Belledune

Fondé en 1968, le port de Belledune, dans le nord du Nouveau-Brunswick, se décrit comme le principal port de vrac et de marchandises diverses de l'est du Canada. Il y a, à proximité, une centrale électrique qui utilise toujours du charbon, l'un des combustibles les plus polluantes au pays.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Belledune dans la ligne de mire du Canada?

Depuis que le président américain Donald Trump a déclenché une guerre tarifaire avec le Canada, les initiatives au nord du 49e parallèle se multiplient afin de rendre l’économie canadienne moins dépendante des États-Unis.

Le gouvernement fédéral veut que des projets d'envergure aboutissent. Ottawa cherche à attirer des investissements de confiance, par exemple dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et des minéraux essentiels.

Dans le contexte nouveau dans lequel on se retrouve, le port de Belledune est extrêmement bien outillé et situé pour bénéficier de certains succès. On cherche à diversifier notre commerce et il faudra, souvent, utiliser la voie maritime pour pouvoir acheminer certains produits, fait valoir Pierre-Marcel Desjardins.

La nouvelle réalité de nos relations économiques internationales fait en sorte que le port de Belledune, selon moi, va devenir un joueur encore plus important pour le Canada.

Pierre-Marcel Desjardins en entrevue.

Pierre-Marcel Desjardins est professeur à l'École des hautes études publiques à l'Université de Moncton. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

Le port de Belledune croit pouvoir tirer son épingle du jeu.

Son PDG concentre maintenant ses énergies dans le développement de trois secteurs, soient les minéraux critiques, l’énergie et la défense.

Le gouvernement du Canada regarde pour nouveaux marchés. C’est une renaissance industrielle qu’on est en train de créer au port de Belledune. C’est excitant.

Denis Caron dans son bureau.

Le président-directeur général du port de Belledune, au Nouveau-Brunswick, Denis Caron.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

L’usine de biomasse

D’ici 2030, le Nouveau-Brunswick ne pourra plus brûler du charbon pour sa centrale électrique à Belledune en vertu d'un règlement fédéral visant à rendre l’énergie canadienne plus verte.

Dans ce contexte, la centrale électrique d'Énergie NB à Belledune sera finalement convertie afin de brûler des granules de bois torréfiées et du chanvre agricole.

La centrale thermique de Belledune.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a confirmé le 17 septembre que la centrale thermique de Belledune sera convertie au biocharbon.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Le regroupement de deux entreprises québécoises, Airex Énergie et Produits Forestiers Arbec, et de deux communautés autochtones, Pabineau et Eel River Bar, tente de prendre la balle au bond dans ce dossier.

Le regroupement souhaite installer une usine de granules torréfiées, sur les terrains du port de Belledune, pour alimenter la centrale thermique, et ce, dès 2027.

Des granules de biocharbon dans des bocaux.

La combustion de granules de biocharbon produit moins de CO2 que celle du charbon fossile. D'ailleurs, des granules provenant d'Airex Énergie sont étudiées par le port de Belledune.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Selon Pierre-Marcel Desjardins, ce projet a de très fortes chances de se concrétiser. Il estime que l’usine de biomasse cadre directement avec les priorités d’Ottawa.

Si l’on est capable d'accroître la production électrique, tout en étant favorable à l’environnement, je soupçonne que ça sera des projets bien perçus, explique l’économiste.

M. Desjardins est d’avis que l’initiative est en bonne voie de réalisation rapide, car elle implique des intervenants décisionnels clés, comme le gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Un panneau indiquant le projet de conversion de l'usine thermique de Belledune.

D’après la première ministre du Nouveau-Brunswick Susan Holt, les émissions de CO2, de la centrale de Belledune, pourraient être réduites d’environ 70 %, en utilisant de la biomasse.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

De son côté, Denis Caron indique que le port exporte déjà, depuis une quinzaine d’années, des granules de bois en Europe. Le port comprend déjà des entrepôts pour stocker 100 000 tonnes de granules et copeaux de bois.

On pourrait avoir une usine qui [utilise cette matière] pour garder la centrale électrique fonctionnelle, dit le PDG.

Un amoncellement de copeaux de bois dans un entrepôt.

Une très grande quantité de copeaux de bois est stockée dans des entrepôts du port de Belledune.

Photo : Radio-Canada

L’usine d’explosifs

L’entreprise Nalagx souhaite construire une usine d'explosifs à environ 60 kilomètres au nord-ouest de Bathurst, tout près du port de Belledune.

Du TNT et d’autres matières prisées par les pays de l’OTAN seraient produits à l’usine.

Le promoteur veut voir l’installation pleinement opérationnelle d’ici 2030.

Une carte géographique indiquant l'endroit du projet.

L’usine d'explosifs proposée par Nalagx serait construite à environ 60 kilomètres au nord-ouest de Bathurst.

Photo : Radio-Canada

Pour Pierre-Marcel Desjardins, le contexte géopolitique est favorable à ce projet, même si des démarches doivent encore se concrétiser.

Ce projet coche la case des projets prioritaires du gouvernement canadien. Il a plus de probabilité qu’il voit le jour, que ceux qu’on nous a fait miroiter dans le passé, estime l'économiste.

Il avance que l’usine assurera des emplois bien rémunérés dans le nord-est de la province, réduisant la dépendance aux activités saisonnières. Il s’attend aussi à des clients réguliers pour le port de Belledune.

Denis Caron se réjouit d'ailleurs que le port détienne déjà une certification pour la manutention d’explosifs.

On a l’un des plus gros permis dans l’est du Canada et les États-Unis. On a aussi les espaces et les installations pour accommoder [l’usine d’explosifs], informe M. Caron.

Miser sur le secteur de la défense

Le PDG rêve de créer un campus de la défense dans le port. Il souhaiterait notamment accueillir des sous-marins des Forces armées canadiennes pour le ravitaillement en carburant.

Il y a beaucoup de discussions à ce sujet. On pourrait aussi développer d’autres produits, comme des drones. On peut devenir une plaque tournante pour le secteur de la défense, déclare M. Caron.

Pierre-Marcel Desjardins tempère, en affirmant qu'Halifax restera le principal port de la marine canadienne.

Mais l’on ne veut pas dépendre de seulement d’un endroit. Donc d’avoir des options pour diversifier les lieux où la flotte des navires de la marine canadienne peut aller, c’est quand même bénéfique. Mais je crois que ça sera dans une étape prochaine, ajoute l’économiste.

La centrale thermique.

La centrale thermique de Belledune, qui fonctionne toujours au charbon, est visible du port de Belledune.

Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin

Denis Caron précise d’ailleurs que Glencore poursuit nettoyage du site de ses anciennes installations de la fonderie.

Est-ce que le site, qui était occupé par Glencore pourrait devenir le lieu d’un tout nouveau projet? Le PDG ne ferme pas la porte.

C’est de tirer avantage du terrain parce qu'on est sur l'eau. On est à proximité des marchés. C'est un terrain industriel qu'on peut utiliser davantage. Il y a des projets [à l’étape] conceptuels présentement, lance-t-il.

Est-ce la fin des projets de mirage à Belledune? Dans tous les cas, Denis Caron est persuadé que l’avenir est prometteur pour le port de Belledune, puisque le site est plus aligné sur les priorités des gouvernements qu’auparavant, dictées par les conjonctures économiques actuelles.

J'ai toujours cru qu'on avait un actif, dans le nord du Nouveau-Brunswick, qui était sous-utilisé, conclut-t-il.

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