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Des militantes prêtes à reprendre la lutte contre le gaz de schiste dans Kent

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La levée possible du moratoire sur la fracturation hydraulique au Nouveau-Brunswick ravive les inquiétudes dans le comté de Kent. Des militantes se disent prêtes à monter aux barricades si le gouvernement de Susan Holt décide d’aller de l'avant après sa révision du moratoire.

Il y a une dizaine d’années, la région a été le théâtre d’une importante mobilisation contre le gaz de schiste, menée entre autres par la communauté mi'kmaw d'Elsipogtog. Une manifestation à Rexton, en 2013, avait tourné à l'émeute et à la confrontation avec les forces de l’ordre.

C’était comme une zone de guerre, se rappelle l’ancienne cheffe d'Elsipogtog, Susan Levi-Peters. Ce sont des souvenirs douloureux pour elle.

Six voitures de la GRC ont été incendiées en octobre 2013 lors d'une émeute à laquelle ont participé des membres de la Première Nation d'Elsipogtog, au N.-B.

Six voitures de la GRC ont été incendiées, en octobre 2013 à Rexton, lors d'une émeute à laquelle ont participé des membres de la Première Nation d'Elsipogtog. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Gilles Boudreau

Aujourd’hui, la province doit écouter ce que mon chef et mon conseil de bande demandent, sinon il y aura d’autres confrontations, mais ne voulons pas nous rendre là, dit-elle.

Susan Levi-Peters s'inquiète encore aujourd'hui des impacts environnementaux de l’exploitation du gaz de schiste, surtout sur l’eau.

L’eau, c’est ce qui nous inquiète le plus, les terres aussi, martèle-t-elle.

Susan Levi-Peters tient un mégaphone durant une manifestation.

Susan Levi-Peters était aux premières loges des manifestations contre l'exploitation du gaz de schiste en 2013. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

La communauté d’Elsipogtog a indiqué qu’elle attendra d’obtenir des informations crédibles et indépendantes concernant leurs inquiétudes avant de prendre une position officielle sur la levée du moratoire. Leurs préoccupations concernent, entre autres, l’eau de surface et les nappes phréatiques, l’eau potable, la santé humaine et l’impact sur leurs droits ancestraux.

L’esprit ouvert

Aujourd’hui, Susan Levi-Peters se dit plus ouverte d’esprit et compte donner une chance à la province de démontrer si l'exploitation du gaz de schiste est viable ou non.

Le gouvernement entame un examen public au cours des cinq prochains mois pour déterminer s’il va lever le moratoire sur l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. Fredericton compte évaluer cinq conditions; parmi elles, les droits, les intérêts et les priorités des Premières Nations.

À ce chapitre, Susan Levi-Peters rappelle le caractère non cédé des territoires ancestraux.

Les traités comptent six droits fondamentaux, et l’un de ces droits c’est le développement économique [...] Ce sont nos terres. Lorsque vous êtes chez quelqu’un, vous devez demander avant de prendre quelque chose. S’ils veulent exploiter le gaz de schiste, c’est nous qui y avons droit en premier, fait valoir l'ancienne cheffe d'Elsipogtog.

Prête à reprendre la lutte pour les prochaines générations

La militante Denise Melanson, porte-parole de l’Alliance anti-gaz de schiste du Nouveau-Brunswick, avait été très active lors du soulèvement il y a plus d’une décennie. Elle a gardé ses pancartes et se dit prête à les ressortir au besoin.

On les mettait partout dans le comté de Kent. Tout le monde en avait une.

Denise Melanson tenant une pancarte rouge sur laquelle il est indiqué "NON au gaz de schiste".

Denise Melanson, porte-parole de l’Alliance anti-gaz de schiste du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Aujourd’hui, sa position reste inchangée. Elle se dit extrêmement déçue de cette décision de réviser le moratoire.

Moi, je suis vieille. Ce n'est pas moi qui vais souffrir de tout ça. C'est toutes les générations après qui vont être obligées de vivre ce que d'autres vivent déjà, déplore-t-elle.

La militante ne mâche pas ses mots. C'est une vacherie, lance-t-elle.

Si vous faites ça à votre population, c'est une chose horrible que vous leur faites. Moi, je n’ai jamais rencontré personne qui m’a dit « on veut déménager et on se cherche un petit parc industriel à aller s’installer ». Le fracking, on installe un parc industriel autour des gens.

Denise Melanson est préoccupée, entre autres par les risques de contamination de l’eau dans une région où beaucoup de résidents dépendent de puits artésiens pour leur alimentation en eau potable.

L'eau usagée, faut que ça aille quelque part, alors vos puits sont à risque, prévient-elle.

Un contexte technologique différent?

En point de presse la semaine dernière, le ministre des Ressources naturelles, John Herron, a fait valoir que le contexte actuel n’est pas le même qu’il y a douze ans.

Nous savons que la science et la technologie ont beaucoup évolué, a-t-il alors fait remarquer.

Olivier Clarisse, chimiste et professeur à l’Université de Moncton, concède qu’il y a eu certaines avancées, notamment en ce qui a trait à la réutilisation et à la purification de l’eau de fracturation. Cela permet d’économiser environ la moitié de l’eau qui était utilisée il y a douze ans.

Cependant, à son avis, les mêmes risques environnementaux demeurent.

Il y a toujours des inquiétudes et les faits sont de plus en plus démontrés grâce aux autres sites d’exploitation de gaz de schiste à travers la planète. On a toujours des pressions importantes sur les réserves d'eau naturelles, on a encore de possibles contaminations des nappes phréatiques, mais surtout des bassins versants lors des déversements ou lors de l’exploitation des gaz de schistes et on peut avoir aussi l’induction de mini séismes sur l’écosystème, souligne le chimiste.

Des militantes qui comptent faire entendre leur point de vue

La militante Denise Melanson a l’intention de faire part de ses inquiétudes à son député local, Pat Finnigan, qui est aussi ministre de l'Agriculture. L’Alliance anti-gaz de schiste du Nouveau-Brunswick participera aux consultations.

Denise Melanson avec des documents étalés sur sa table de cuisine.

Denise Melanson a l'intention de prendre part au processus.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

De son côté, Susan Levi-Peters affirme que le conseil de bande est mieux préparé aujourd'hui.

Nous sommes prêts et c’est maintenant le temps d’en parler, et si nous ne sommes pas d’accord avec la décision de la province après la révision, nous prendrons les actions nécessaires et si nous sommes en accord, nous ferons en sorte que ce soit développé correctement et durablement , dit-elle.

La province doit remettre son rapport final sur ce processus d’examen public en janvier 2027.

D’après le reportage de Nicolas Steinbach

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